DESCENTE AUX ENFERS

((/images/Lac gelé.jpg|lac gelé|L))’scusez, j’arrive tout juste des majestueuses cimes enneigées où j’ai essayé d’oublier quelques jours les fracas crépusculaires du monde. J’ai encore bien au chaud la vision de ce lac gelé tapi dans la brume entre deux forteresses rocheuses, cet aigle royal surgissant au faîte des grands pins accrochés aux falaises un lundi matin, le déferlement des couleurs inondant les sommets et les vallées. Mais alors, dites donc, la redescente vers les bas-fonds ! Oh là là, ce capharnaüm, cette chienlit, ces relents nauséabonds qui vous prennent à la gorge et vous retournent l’estomac…

Imaginez qu’après une retraite monacale dans les forêts profondes, vous retourniez soudain à la « civilisation » et constatiez que les grands murs qui protègent les antres humaines se sont tous volatilisés. Soudain, vous avez vue sur les alcôves, les chambres, les arrières-cuisines, les scènes de ménages, la vaisselle grasse et le linge douteux… Cette histoire de l’UIMM, par exemple, les millions mystérieux de sa caisse noire, l’énorme  »golden parachute » accordé à son chef de bande déchu, ce Gautier-Sauvagnac. Aujourd’hui, visite de la tanière de miss Parisot, Ma Dalton du MEDEF, dont le concubinage notoire avec le douteux UIMM est en train de tourner vinaigre. Regardez-les s’invectiver, se mordre, se lacérer en public. Plus la moindre pudeur. La fureur et une congénitale dégénérescence les aveuglent au point qu’ils continuent à s’entredéchirer devant le parterre médusé des spectateurs. Osez donc encore dire que nous ne sommes pas devant une minable affaire de droit commun. On s’étonne que le Parquet ne mette pas plus de zèle à expédier ces voyous rejoindre à l’ombre le trader fou de la Société Générale. Considérez le  » »pauv’ con » » présidentiel résonnant sous la voute du Palais de Versailles et dans les micros des suceurs de roue médiatique. Algarade minable tout juste digne d’une embrouille de cour de récré et qui tient désormais lieu de ciment relationnel entre les « hautes sphères » et la France d’en bas.  » »Après la France d’en bas, voici arrivé le président d’en dessous ! » » proclame un dénommé Nael. Osez donc prétendre que les ors de notre vieille Démocratie représentative sont encore respectables. Prenez l’affaire du Conseil Constitutionnel dont la décision concernant la loi Dati sur  » »la rétention de sûreté » » est balayée d’un revers de main rageur par le défenseur suprême et le garant des lois, soudain pris de furie contre le mikado de nos institutions. Qui osera nier que nous avons affaire là à une tentative de coup d’État larvé ? Tenez, voici dame Mignon dans son déshabillé froufroutant qui adresse ses propos énamourés à de vulgaires Hare Krishna gorgées d’or ! Voilà une petite centaine de voyous (encore masqués mais pour combien de temps ?) qui avaient tranquillement planqué quelques cinquante milliards d’euros (l’équivalent de la dette publique nationale !) au Lichenstein. Et Foutriquet encore qui s’agite en tout sens comme un pantin détraqué pour tenter de sauver son autorité pulvérisée, ne sachant plus à quel sein protecteur de son mannequin se vouer pour échapper à la curée. Car celle-ci est bel et bien commencée. Gardons-nous d’ironiser sur  » »l’appel à la vigilance républicaine » » lancée par l’hebdomadaire Marianne et signée par une cohorte de VIP effrayés par les excès du maître. Elle est signe d’une déconfiture annoncée. Ne négligeons pas les éditoriaux comme celui de Daniel Scheidermann qui, dans son dernier libelle, reprend implicitement à son compte les propos de J.F. Kahn qualifiant l’actuel président de  » »malade » » $$[Libération|http://www.liberation.fr/rebonds/chroniques/mediatiques/312764.FR.php] du 29 février 2008.$$. Et puis ce nouveau livre-pamphlet de l’ex-ministre Léotard, électeur refroidi de Sarkozy, notant que l’état d’exaspération générale  » »peut finir dans la rue » »$$ »Ça va mal », éd. Grasset.$$. Quelle incroyable descente aux enfers ! Les scènes hallucinantes se succèdent, toutes plus vertigineuses et morbides les unes que les autres. La déconfiture du petit chef névrotique, les méchants cris d’orfraies de ses ultimes partisans, la débandade des « élites » ne sachant plus à quel gourou lécher le cul, le retournement de veste prudent de certains, l’érosion continue des places financières, les économies chancelantes, le tremblement incompressible des foules affolées dont on ne sait encore quelle trouble pulsion va les animer… Quand donc tout cela prendra-t-il enfin fin ? Ah, remontons vers nos sommets, notre lac gelé nimbé des brumes du petit matin, l’aigle royal planant au-dessus des grands pins, l’explosion des couleurs déferlant sur les cimes et les vallées ! Beautés inouïes à l’écart des sordides agitations humaines. Attendons avec patience que les crétins des bas-fonds s’étouffent dans leurs torrents de boue. Au mieux, préparons avec soin les avalanches qui emporteront ce ramassis d’imbéciles grotesques.

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.