LE PRISONNIER POLITIQUE

Ils s’y sont repris à deux fois mais ils ont fini par y parvenir, en appel, sur insistance obstinée du Parquet qui, en matière de justice, représente le Ministère public, c’est-à-dire le  » »pouvoir politique par le biais du Garde des Sceaux, ministre de la justice et de la Direction des affaires criminelles et des grâces. » » (Wikipedia). Jérôme Kerviel, le trader fou de la Société Générale, est en prison.

Qu’on s’entende bien, il n’est pas question de compatir ici au sort de l’individu Jérôme Kerviel, un de ces personnages falots et décervelés qui flambent des paquets de fric en bourse comme d’autres zombies agitent frénétiquement les manettes des machines à sous dans les casinos. Il a joué, il a perdu. Tant pis pour lui ou pour ses consorts. Non, c’est l’attitude de ceux qui se sont acharnés à l’expédier à l’ombre qui retient notre attention. Parce qu’évidemment, Jérôme Kerviel et consorts n’agissent pas seuls, mais sous l’ombre tutélaire et pressante de leurs commanditaires. Que n’eussent-ils pas hurler de gratitude, ceux-là, si leur trader avait joué la bonne martingale. Manque de pot, il l’a cassé (le pot). Alors, au gnouf, le vilain canard ! À l’ombre, dans la ténèbre ! Il faut absolument l’écarter du troupeau, le coiffer tout seul du méchant chapeau. Ou alors le cacher, le nier, l’empêcher de couiner. À peine révélée la magistrale plantade, nos « vertueux » lançaient leur haro sur le pauvre baudet. Avec d’autant plus de férocité qu’il illuminait crument leur propre pusillanimité, leur nullité crasse, leur incompétence confite. En quarante-cinq, après la guerre, ils l’eussent volontiers tondu. Sans trop de précautions, encore moins de discrétion (ça sentait l’affolement), d’honorables crétins nationaux volèrent au secours de leurs congénères marris du privé. Un ministre, un président  »just married », un directeur de banque nationale… Tous s’engouffrèrent dans le couloir du ridicule. Las, en première instance, deux juges « irresponsables » enrayèrent leurs tentatives de réduire le vilain grain de sable au silence, sinon en bouillie. Apoplectiques, ils tentèrent alors d’isoler le « coupable » en l’entourant d’un mur de « protection » (protection de qui, contre quoi ?). Las encore, le vilain canard parvint tout de même à accorder une interview à une agence de presse dans laquelle il noya allègrement toute la bande dans le même marigot. C’en était trop. Les volatiles envasées finirent par avoir les plumes de l’importun. Sous des prétextes hautement fantaisistes (le dissuader de fuir à l’étranger, l’empêcher de comploter avec d’improbables complices…), ils l’expédièrent derechef au cachot. Voilà comment, sous la lumière incrédule des sunlights, avec l’aide dévolue du « Ministère public », une bande d’abrutis gonflés d’importance outragée, réussit la gageure de transformer en spectaculaire prisonnier politique un pâle benêt totalement dépourvu d’opinion.

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.