LA FAILLITE DE LA DÉMOCRATIE

[((/images/souviens-toi.jpg|souviens-toi|L))|http://blog.monolecte.fr/public/vote-page1.jpeg]La démocratie parlementaire à l’occidental a durablement déposé son bilan. En l’état de décomposition où elle se trouve, plus rien n’est à attendre d’elle, certainement pas un espoir de liberté, ni une aspiration à l’égalité, encore moins une perspective de fraternité. La démocratie représentative, ce  » »pire des régimes à l’exception de tous les autres » »*, est aujourd’hui une idée inéluctablement  » »corrompue » »**. Non au sens où l’entendait la vieille extrême droite parlementaire ( » »tous pourris » »), mais parce que les garde-fous qui en garantissaient le bon fonctionnement ont cédé : des « représentants » qui ne se soucient plus de représenter qui que ce soit sinon quelques commanditaires privés, des contre-pouvoirs (médias, justice…) affidés ou jugulés, un « peuple » qui cède aux peurs les plus primales ou dont on nie les quelques velléités de révolte.

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/// Le fossé entre les représentants du peuple et ceux qu’ils sont censés représenter n’a jamais été aussi grand. Nos chambres ne sont plus que des antichambres d’enregistrement soumises et serviles, ne tenant plus le moindre compte de la volonté populaire dont elles sont redevables. En témoigne la forfaiture versaillaise du 4 février 2008 où une immense majorité de ces « représentants », de droite comme de gauche, entérinèrent sous des prétextes fumeux ce qu’un référendum populaire avait auparavant refusé. Rien à attendre de la droite, bien sûr. Mais rien non plus de cette prétendue gauche socialiste qui a fondu comme le fer dans la forge néo-libérale ; rien à attendre d’un Parti communiste définitivement momifié ; rien à attendre des groupuscules de l’ « autre gauche » (LCR, LO), alibis médiatiques consentants et totalement inoffensifs brandis par la « société du spectacle » pour sauver la face d’un système délétère. Au lendemain de la Seconde guerre mondiale, en 1945, le Conseil de la Résistance promulgua des ordonnances capitales pour ériger les indispensables contre-pouvoirs à la représentation politique : souveraineté de la justice, indépendance de la presse… Ces ordonnances ont cédé sous la pression du politique gangrené et des lobbies privés triomphants : justice bâillonnée par un Parquet (représentant le Ministère public), presse tombée sous le joug de la haute finance. Dernier exemple en date : Alain Minc, président contesté et hautement contestable du comité de surveillance (sic) du quotidien Le Monde, vient d’être remplacé par Louis Schweitzer, ex-PDG du groupe Renault. Face à eux, plus rien de légalement possible. De contre-pouvoirs, ils sont devenus les gardiens zélés de l’ordre établi, filtrant à l’envie le bon grain convenable de l’ivraie inacceptable pour leurs intérêts bien compris. Rien qui ne puisse se glisser entre leurs mailles. Reste le « peuple », cette nébuleuse incertaine et hautement agaçante. Le « peuple », hélas, a cédé à ses terreurs et à ses démons. Ou du moins aux terreurs et aux démons qu’on veut bien lui désigner pour détourner son attention (ou qu’il se désigne lui-même !) : l’Étranger, la « racaille » des banlieues, le Juif, le Musulman ou le Noir. L’immense majorité du « peuple » reproduit comme lors de toutes les fins de cycles ce qu’Alain Badiou nomme le syndrome du « pétainisme ». Ce veule abandon à l’effarement, cette peur de perdre ce statut de privilégiés qu’on voulait croire indélébile, cette phobie furieuse du bouc-émissaire pointé du doigt : l’Étranger, la « racaille » des banlieues, le Juif, le Musulman ou le Noir ; cette épouvante incontrôlable qui le jette dans les bras de ceux qui le conduisent à sa perte et l’humilient. Voudrait-il s’exprimer autrement, le « peuple », via un référendum par exemple, qu’on lui coupe le sifflet. Exprime-t-il une idée différente (l’élection du Hamas en Palestine) qu’on en nie le résultat. Assiste-t-on à un déni de démocratie qu’on en félicite le frauduleux vainqueur (Poutine) pour peu qu’il ne heurte pas les prérogatives de l’Empire. Entre ses effrois et ses aspirations contrariées, le « peuple » est bel et bien ligoté. La chute de ces trois remparts de la démocratie s’aggrave de l’emballement effréné d’une machine économique prise de folie qui happe tout un chacun dans son engrenage infernal. Que plus personne ne contrôle. Qui dépasse largement notre contexte national pour couvrir le domaine planétaire. Qui nous entraîne dans un mur de désolation. C’est la communauté humaine dans son ensemble qui est menacée. Aucune solution par les urnes démocratiques n’est désormais plus à attendre. C’est pourquoi, tout en restant fermement attaché au droit de vote (car ce n’est pas l’idée de démocratie elle-même qui est critiquable, mais sa confiscation par les forces obscures), je m’abstiendrai, sauf cas réellement exceptionnel que j’ai du mal à voir poindre, de toute participation à tout scrutin électoral national. Je me refuse absolument à me résoudre au moins pire, au placébo éphémère, à l’illusion désespérée des chances enfuies. ///html

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/// Au point où nous en sommes, quiconque pourrait aisément céder à l’abattement. Il aurait tort. Il faut se fier à l’instinct de survie de l’espèce. (D’ailleurs, avons-nous le choix ?) Le fait majoritaire est un pis-aller. Vaut-il quitus de toutes les décisions prises en son nom ? Justifie-t-il le rejet de l’Étranger, les exclusions, les expulsions, la précarisation, la soumission à son ordre… ? NON, MILLE FOIS NON ! Dans les épreuves dramatiques similaires, « pétainistes », que nous avons dû affronter dans notre Histoire, JAMAIS nulle solution ne sortit des urnes, jamais le salut ne vint de la volonté majoritaire. Mais de la rue ou du clandestin, de ces petites minorités agissantes, ces résistants isolés mais déterminés que d’aucuns nomment les justes, ou les transparents. Nous en sommes là. Ne sombrons pas dans le romantisme plus ou moins suicidaire des épopées héroïques sans lendemains. Nul n’est besoin d’essayer de précipiter les évènements. On ne le pourrait pas et ceux-ci sont appelés à s’écrouler d’eux-mêmes. Il faut seulement se tenir prêts, attendre le bon moment, ne rien lâcher de nos convictions, ne pas céder aux tièdes compromis. Garder intacte notre résolution à faire prévaloir la dignité, la liberté, l’égalité, la fraternité. —- ///html Notes

* Winston Churchill.
** Alain Badiou, De quoi Sarkozy est-il le nom ? (éditions Lignes).

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Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.