La guerre entre le vieux monde et le monde d’après est déclarée (et il nous faut la mener)

En lançant de manière concertée et brutale une agression caractérisée contre l’opposition de gauche, le vieux monde finissant vient de déclarer la guerre aux partisans du monde d’après.

Je ne sais pas vous, mais je me sens presque soulagé de ce déclenchement des hostilités. Nous savions tous, plus ou moins consciemment, que nous devrions en passer par là. Désormais la situation apparaît comme fort claire, les deux camps antagonistes nettement distincts, les forces et faiblesses de chaque camp assez aisément perceptibles.

Deux camps face à face, plus une masse d’observateurs passifs

LE VIEUX MONDE a clairement de son côté :

  • l’institution politique ;
  • les médias du microcosme (Mediapart compris !)
  • la Justice qui n’a évidemment rien d’indépendante puisque qu’elle est censée protéger les vieilles institutions en appliquant des lois votées… par les politiques du monde failli (cf. la loi sur le secret des affaires, par exemple) ;
  • la police ;
  • les lobbies ;

LE MONDE D’APRÈS dispose de forces alternatives non négligeables d’autant qu’elles montent en puissance :

  • une opposition politique structurée : la France insoumise ;
  • les réseaux sociaux qui font de plus en plus la nique aux médias mainstream du vieux monde ;
  • les ZAD qui ont démontré, sur NDDL notamment [photo], leur redoutable et durable pouvoir de subversion ;
  • l’économie alternative, basée sur le commerce de proximité très localisée, qui creuse son sillon en marge d’une économie productiviste à bout de souffle ;
  • les explosions sporadiques de colères populaires qui éclatent de plus en plus à mesure que la précarisation sociale se répand.

LES MAJORITÉS SILENCIEUSES assistent aux conflits de façon très passive, en se tenant prudemment à l’écart du fracas des affrontements. Les majorités silencieuses n’ont que très peu d’influence en période de conflits ouverts. Avoir leur soutien au plus fort des batailles n’est pas d’une importance capitale. Ce sont les minorités agissantes qui influent sur le cours de l’Histoire. À l’issue des conflits, les majorités silencieuses penchent toujours du côté du vainqueur.

Forces et faiblesses des belligérants

LES ÉLECTIONS : chaque camp cherche à s’attirer les faveurs des majorités silencieuses, souvent atones, sujettes à la crainte, ce qui explique sans doute pourquoi jamais une élection ne changea jamais le cours de l’Histoire (sauf peut-être en Amérique latine). Les élections sont une arme qu’on ne peut négliger, mais jamais vraiment décisives, et même sans effet en période de conflits ouverts. Elles revêtent une réelle importance en fin de conflit lorsque les majorités silencieuses se rallient au vainqueur et lui permettent de contrôler les institutions du pays.

Contrôler les INSTITUTIONS n’est qu’un avantage mineur lorsque celles-ci se délitent, ce qui est assurément le cas aujourd’hui. La puissance des institutions tient à la confiance et au respect que leur accordent les majorités silencieuses. Il est clair qu’aujourd’hui cette confiance et ce respect sont plus que largement entamés.

L’atonie durable de l’ÉCONOMIE, l’extrême fragilité d’un SYSTÈME FINANCIER qui vit sous perfusion depuis son fatal AVC de 2008, la dégradation des CONDITIONS SOCIALES de vie des milieux populaires, les conséquences douloureuses d’un DÉRÈGLEMENT CLIMATIQUE contre lequel les autorités du monde failli ne peuvent, ni ne font ni ne feront rien, sont autant d’autres très sensibles points de faiblesse du vieux monde.

En période de conflits ouverts, les faiblesses de l’un sont la force de l’autre. Mais l’autre doit aussi contenir ses propres faiblesses. S’il veut avoir des chances de l’emporter, LE MONDE D’APRÈS doit :

  • s’affranchir des vieilles armes de lutte désormais inopérantes : les manifestations Bastille/République stériles avec slogans à la con, l’attente vaine d’une grève générale, rendue illusoire dans un monde du travail marginalisé, précarisé, et dont est exclue une part de plus en plus considérable de la population (jeunes, chômeurs, retraités…) ;
  • ne plus s’encombrer des vieilles forces obsolètes qui tentent de raccrocher leurs wagons vermoulus à un train qui les dépasse (PCF, socialistes recyclés, organisations syndicales plus préoccupées de leur survie que de l’intérêt de leurs adhérents…) ;
  • faire au contraire bloc en fédérant les nouvelles forces alternatives décrites ci-dessus ;
  • renforcer son implantation locale auprès des populations et recruter des forces vives parmi les majorités silencieuses, en particulier dans les milieux les plus précaires…

En attaquant l’opposition politique de front de manière grossière et fort maladroite, le vieux monde témoigne de sa fébrilité et de son désarroi. À son corps défendant, il clarifie le champ de bataille et rend un fier service à l’opposition en charge du monde d’après. Celle-ci doit en tirer les conséquences de manière radicale et accepter d’aller au conflit sans plus faire de quartier. Plus aucun compromis, ni aucune perte de temps ne sont possible.

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Un voyageur à domicile en quête d'une nouvelle civilisation.