LE SILENCE DES PANTOUFLES

((/images/autruches.jpg|autruches|L)) Retour sur les émeutes qui ont ensanglanté la cité de Villiers-le-Bel fin novembre. Une nouvelle fois, de quelque bord qu’on se trouve, qu’on explique la colère des jeunes de banlieues (en se pinçant le nez), ou qu’on cherche à se réfugier sans réfléchir derrière les véhicules meurtris de la police et de l’ordre, un seul mot pour qualifier l’explosion de violence :  » »inacceptable ! » » Osons émettre un avis différent : une réaction de survie.

Les violences des banlieues sont juste aveugles, suicidaires, vaines. Une énergie non canalisée qui éclate en pure perte, faute de buts et de perspectives pour la dépenser. Les buts et les perspectives ont été depuis longtemps cadenassés. À défaut de pouvoir les justifier (pour les raisons données dans le paragraphe précédent et uniquement pour celles-ci), on peut parfaitement comprendre ces inévitables violences du désespoir qui éclatent sporadiquement. Les tenir à l’écart en les qualifiant prudemment d’inexcusables, revient à repousser le problème en l’envenimant. Gardons-nous de condamner la violence du désespoir, pas plus que la violence de résistance. Dites-moi un peu ce qui a été obtenu dans ce monde sans manifestations de violence ? Et que fait la Nature avec ses ouragans et ses catastrophes à répétition, sinon se défendre violemment contre les agressions que lui font subir des sociétés humaines prises de folie ? Ce qui est étonnant, c’est que les émeutes des banlieues soient encore restées cantonnées aux « quartiers », qu’elles n’aient pas encore déferlées sur ceux, faussement paisibles, des masses dociles et des autruches repues. Quand cela se produira, celles-ci poseront une nouvelle fois aux victimes indignées et hurleront à l’insupportable. La seule violence qui soit inacceptable, condamnable, c’est la violence oppressive, celle qui cadenasse et enferme. Et qui est à l’origine des autres. Dans nos démocraties dites représentatives, elle n’est même pas seulement le fait des puissants, ceux qui ont été élus pour représenter la population. Elle est celle, anesthésiante et faux-cul, de ces masses molles qui les ont portées au pouvoir. Faut-il s’étonner que ces masses prudemment silencieuses aient les puissants qu’elles méritent ? Faut-il s’étonner que dans ce système essouflé qui les mène au précipice, les peuples aient porté à leur tête des malades à l’image de leur société, relevant au propre comme au figuré de la psychiatrie ? Qui sème le vent… Terminons par une citation$$Merci au site [Résurrection|http://resurrection.over-blog.net] sur lequel je l’ai relevée…$$ de Georges Bernanos, ce chrétien insoumis :  » »Je pense depuis longtemps que, si un jour les méthodes de destruction de plus en plus efficaces finissent par rayer notre espèce de la planète, ce ne sera pas la cruauté qui sera la cause de notre extinction, (…) mais la docilité, l’absence de responsabilité de l’homme moderne, son acceptation vile et servile du moindre décret publié. » » Et cette autre$$… et au site [Terre sacrée|http://terresacree.org] pour la formule pantouflarde.$$, de l’auteur suisse Max Frisch :  » »Il y a pire que le bruit des bottes, le silence des pantoufles. » »

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Un voyageur à domicile en quête d'une nouvelle civilisation.