HUBERT EST MORT

Mon ami Hubert est mort. La nouvelle a fait l’effet d’une bombe dans notre petit cercle. Quand nous sommes arrivés à ce [nouveau séminaire|http://www.yetiblog.org/index.php?2007/09/07/187-le_cadre] de travail, à Paris, certains de mes collègues étaient en larmes et ne s’en cachaient pas. Notre ami et collègue Hubert, parti à la retraite un couple d’années plus tôt, ne s’était pas réveillé d’une des siestes dont il se faisait une jubilante obligation.

Jubilation est le mot qui caractérisait le mieux Hubert, ce colosse à la tendresse fragile de petit enfant, ce type qui tendait obstinément les paumes ouvertes de ses mains de lutteur vers ceux qu’il croisait. Jubilation et élégance. Les veinards qui eurent la chance d’être de ses invités n’en ressortirent que fins saouls après avoir écumé sous sa conduite illuminée les caves de sa région, et partagé avec lui le pain qu’il offrait sans jamais compter. Je n’étais pas un familier d’Hubert. Nous avons toujours gardé, l’un vis-à-vis de l’autre, une sorte de distance. Et si je l’appelle aujourd’hui « mon ami », ce n’est pas par tentative ultime d’appropriation, mais parce que son inextinguible générosité fut toujours un exemple et un modèle pour moi. Deux d’entre nous ont obtenu l’autorisation de se rendre à ses obsèques pour y représenter l’ensemble de l’équipe (c’est-à-dire en fait, au moment où j’écris ses lignes à six heures du matin dans ma chambre d’hôtel, tout à l’heure, ce mercredi 7 novembre de l’an 2007 à treize heures trente au cœur du pays de Bourgogne). Les autres resteront aux réunions de travail prévues au programme. Ils s’y verront présenter les « nouveaux produits », entendront parler de « parts de marché » à conquérir, d' »objectifs » à pulvériser… Oui, Hubert est bien mort, vraiment. Vraiment ? La gorge serrée, je m’accroche comme un forcené à ce minuscule et si fragile point d’interrogation. Quand on emporta le cercueil pour que les flammes transforment le corps de notre colosse en poudre, la musique qui l’accompagnait était le fameux  »Gare au gorille » de Georges Brassens.

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Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation.