40 ans après « Les Limites de la croissance », la dernière alerte de Dennis Meadows

Dennis Meadows présente "Les limites de la croissance" (1972)
Dennis Meadows présente « Les limites de la croissance » (1972)

Cette fois, je me suis fait avoir. Un « twitto » m’a prévenu un jour trop tard. De même que la 5 avait diffusé à une heure indue le documentaire de Gilles Balbastre sur les « Salariés sans frontières », c’est passé minuit, en catimini, qu’Arte a diffusé la passionnante « Dernière alerte » lancée par Dennis Meadows.

Dennis Meadows, si si, vous vous rappelez, ce visionnaire de génie qui, avec ses compagnons du MIT (Massachusetts Institute of Technology) annonça dans un rapport resté célèbre, publié en 1972, les définitives « limites à la croissance ». Osant même alors fixer celles-ci à une quarantaine d’années. 1972 plus 40 égal 2012, si si !

Des lapins pris dans les phares d’une auto

Nous y voilà. Mais Dennis Meadows et ses compagnons eurent beau mettre en équations savantes leurs sombres prédictions, celles-ci eurent beau se confirmer au fil du temps, le succès planétaire de leur ouvrage fut à la mesure de la négation farouche que lui opposèrent les « décideurs » de toutes époques.

<< Nous avons toujours été convaincus qu’il n’y a pas de limites à la croissance et au progrès humain. L’Histoire nous a donné raison >> (Ronald Reagan, 1985).

<< Il y a vingt ans, on parlait de limites à la croissance. Aujourd’hui, nous savons que la croissance est le moteur du changement et l’alliée de l’environnement >> (Georges Bush, 1992).

<< La croissance reviendra >> (François Hollande, 2014).

Des lapins demeurés, paralysés devant les phares du bolide qui leur fonce dessus et qui va les tuer !

Du développement durable au développement de survie

Aujourd’hui, de conférences en déclarations publiques ou privées, Dennis Meadows et ses compagnons continuent à donner l’alerte, mais n’ont plus guère d’illusion. Non, le capitalisme, avec sa quête de profit à court terme, est bien incapable de trouver les solutions au désastre qui menace le monde.

Plus grave, et indépendamment de tout jugement moral, tient à préciser Meadows, la démocratie elle-même est impuissante à enrayer la chute du système dans laquelle elle évolue. Car les électeurs ne privilégient hélas, eux aussi, que leurs intérêts immédiats.

Les équilibres ne reviendront donc que par une force qui les dépasse. La survie de l’espèce ne tiendra qu’à cette résilience qui permet aux humains d’affronter les pires chocs en assurant in extremis leur minimum vital. Dennis Meadows (à un auditoire européen) :

<< Nous sommes actuellement dans une période révolutionnaire. Je crois toujours que d’ici vingt ans, disons d’ici à 2030, l’Union européenne connaîtra plus de bouleversements que nous ne pouvons en imaginer. Il y en aura plus en 20 ans que durant les 100 dernières années. Des mutations d’ordre politique, social, écologique et également économique qui seront décisives. Il faut arrêter d’espérer atteindre un développement durable et privilégier la résilience, le développement de survie. >>

Combien de petits lapins insomniaques pour entendre ces implacables anticipations ? Bon, au moins là, Arte aura eu la bonne idée de laisser la vidéo en replay. Mais décidément, il est dit que les révolutions se fomenteront toujours dans l’ombre. Aussi vrai que les maîtres du monde et les masses asthéniques sont incapables d’anticiper les catastrophes qui leur pendent au nez.

[EDIT 5/02/2014 : la vidéo a déjà été retirée du replay par Arte. Regardons-là désormais sur YouTube]

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.