AU-DELÀ DE L’INDIGNATION

Ce qui se passe en France aujourd’hui, au niveau de la chose publique, a franchi si allègrement le seuil du ridicule et du pitoyable qu’on est partagé entre le fou rire sarcastique et l’indignation outragée. Mais les débauches d’ironie et les cris de colère, tels qu’on les voit de plus en plus fleurir dans les commentaires, ici ou là, sans même plus s’encombrer du masque de la convenance, tiennent surtout de l’aveu d’impuissance et du désarroi stérile.

Je me suis juré sur ce blog de ne pas marquer à la culotte les exactions — archi-prévisibles — des trous du cul qui prétendent nous piloter. Je me suis promis de ne pas submerger les visiteurs de cet endroit d’un déluge d’exemples censés démontrer la pertinence de nos analyses. Franchement, ceux qui n’ont pas encore pris conscience de la déliquescence qui frappe notre pays, ne le sauront jamais autrement que sous la pression des coups de pieds aux fesses ou des catastrophes qui ne vont pas manquer de leur arriver. Qu’ils marinent dans leur triste jus ! La compassion et l’indulgence ont des limites. N’empêche qu’au-delà de leurs pitreries bouffonnes, les salauds qui tiennent le gouvernail conduisent tout droit le pays à la désolation et à la guerre. Rien de moins ! Il nous faut dépasser le stade du persifflage asthénique, de l’indignation convenue, et nous rendre à l’évidence : nous avons atteint un point de non-retour. Personne ne parviendra désormais à dévier ou à corriger la trajectoire mortifère dans laquelle nous nous sommes laissés entraîner. Il nous reste à presser cette chute. Dans une envolée contre le grand capitalisme financier, le chroniqueur Bernard Langlois (Politis) écrit :  » »On n’aménage pas un système totalitaire, on ne cherche pas à l’améliorer par petites touches, on le combat frontalement jusqu’à ce qu’il s’effondre. » » Nous en sommes là. Tout ce qui pourra désormais participer à l’effondrement du pouvoir et du système en place, à saper son action par tous les moyens, est un acte de salubrité publique. Car seul le gogo peut encore imaginer que ce pouvoir agit dans l’intérêt général. Il est au service dévoué d’une coterie de privilégiés sans scrupules. En témoignent les premières mesures qui furent prisent, ce fameux paquet fiscal, par exemple. Il n’y a plus à discuter, surtout pas à composer, comme le font encore des syndicats se prêtant aux jeux de « négociations » là où il n’y a manifestement rien à négocier. La seule solution : cogner là où ça leur mal, dès que l’occasion se présente. Il ne s’agit pas là d’envisager quelques actions violentes et désespérées. Celles-ci, même parées de l’aura improbable du romantisme révolutionnaire, conduisent inévitablement à l’amertume et aux cendres. Non, la stratégie à suivre est celle du grain de sable, de l’acte de résistance au quotidien ; collectif : les manifestations publiques, la grève (celles qui s’annoncent en octobre seront le signe probant d’un début de réaction) ; organisé à travers des associations telles RESF ; personnel, par une désobéissance civique de chaque instant.  » »Oui mais » (me rétorquera-t-on)  »la majorité soutient… » » Le fait majoritaire vaut sans doute durant les périodes de quiétude et d’épanouissement économique ou social. Il devient vite hors-sujet lorsque la paix civile — je pèse mes mots — s’annonce vacillante à terme. Les majorités suivent de toute façon les vents dominants. Collaborateurs hier, résistants héroïques de la dernière heure quand il s’agit de tondre leurs femmes. C’est ainsi. D’aucuns nous abreuveront que la comparaison avec les années 40 est outrée. Ceux-là disaient la même chose à l’époque des accords de Munich où on aurait trouvé pittoresque tout rapprochement avec les années précédents 14-18. Les autruches ont encore de beaux jours devant elles. À nous de semer notre tempête.  » »Oui mais qui, pour remplacer ceux qui nous gouvernent ? » » s’obstineront les effarés. Les forces oppositionnelles en place, j’en suis bien d’accord, font pâle figure. Le Parti socialiste a tout du gag éculé. Et le nouveau mouvement Riposte, pour volontaire qu’il soit (ce qui reste à démontrer), manque hélas singulièrement d’envergure : anti-libéraux hier, anti-Sarko aujourd’hui, anti-quelque chose toujours. Non, aucune impulsion n’est véritablement à attendre de ce côté-là. La solution ne pourra venir que de la société civile, ou de quelques rescapés solitaires de la débandade politicienne.  » »Résister, c’est créer ; créer, c’est résister » », clamaient les grands résistants du Conseil National de la Résistance en évoquant l’époque d’aujourd’hui. Lise London, Raymond Aubrac, Henri Bartoli, Philippe Dechartre, Stéphane Hessel, Maurice Kriegel-Valrimont, Georges Séguy, Maurice Voutey, gloire à vous, vraiment. Il est plus que temps de vous entendre aujourd’hui, froidement, obstinément, sans sarcasmes inutiles ou jérémiades déplacées.

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.