LE SOCLE COMMUN DES CONNAISSANCES ET DES COMPÉTENCES

Voici venu le temps de la rentrée des classes. À ce propos, savez-vous ce qui conditionne tous les programmes que vont ingurgiter vos marmousets ? Figurez-vous que je viens incidemment de tomber sur le poulet et sur son édifiante histoire. Ça s’appelle __ »le socle commun des connaissances et des compétences »__. Tout un programme !

Ce socle commun, c’est l’ensemble des savoirs de base qu’il convient d’enseigner pendant la période de scolarité obligatoire. En soi l’idée est bonne, mais sa gestation douloureuse mérite le détour. Voilà déjà plus d’un demi-siècle que le projet couve. C’est vous dire si l’enfantement fut délicat. En 1977, la réforme Haby s’y est abîmée les dents. Tout le monde voulait le socle mais personne n’était d’accord sur la statue à dresser dessus. Une foule de rapports furent sentencieusement rédigés avec cette impayable glose, aussi ronflante que creuse, qui est l’apanage de nos Diafoirus d’Académie. Inspecteurs Généraux (je mets des majuscules pour ne pas risquer le procès en diffamation), Ministres et Hauts Conseils (majuscules partout !) multiplièrent les solennels conciliabules pour savoir ce que diable il fallait mettre dans ce fichu apprentissage de base et à qui l’enseigner. Je vous épargne les épuisants détails de leurs circonvolutions ampoulées et arrive à la date fatidique du 23 avril 2005 où une loi, enfin, est proclamée. On y lit :  » »La scolarité obligatoire doit au moins » (j’adore ce « au moins »)  »garantir les moyens nécessaires à l’acquisition d’un socle commun constitué d’un ensemble de connaissances et de compétences qu’il est indispensable de maîtriser pour accomplir avec succès sa scolarité, poursuivre sa formation, construire son avenir personnel et professionnel et réussir sa vie en société. » » Très fort, très original, n’est-ce pas, après ces dizaines d’années de réflexions ? Restait plus qu’à mettre la loi en application, à rapprocher les principes des programmes scolaires. C’est le ministre Gilles de Robien qui s’y colle. [Un décret|http://www.education.gouv.fr/bo/2006/29/MENE0601554D.htm] est promulgué le 11 juillet 2006. D’emblée, on se raccroche aux saintes valeurs :  » »Le socle commun est le ciment de la Nation : il s’agit d’un ensemble de valeurs, de savoirs, de langages et de pratiques dont l’acquisition repose sur la mobilisation de l’école et qui suppose, de la part des élèves, des efforts et de la persévérance. » » Sept savantes compétences sont promulguées. Les cinq premières brillent par leur aspect novateur et méritaient à coup sûr tant de cogitations harassantes : maîtriser%%% 1/  »la langue française » ;%%% 2/  »une langue étrangère » ;%%% 3/  »les principaux éléments de mathématiques et la culture scientifique et technologique » ;%%% 4/  »les techniques de l’information et de la communication » ;%%% 5/  »la culture humaniste. »%%% Deux autres, qualifiées de  » »transversales » » répondent à l’air du temps : acquérir%%% 6/  »les compétences sociales et civiques » ;%%% 7/  »l’autonomie et l’esprit d’initiative ». En somme, ABSOLUMENT RIEN DE NEUF ! Des principes si évidents dont la plupart tombaient déjà sous le coin du bon sens à l’époque de Jules Ferry. Pas de quoi fouetter un chat, me direz-vous ? On y trouve pourtant quelques méchants relents patriotards dans les rubriques  » »culture humaniste » » et  » »compétences civiques » ». Et puis une fâcheuse tendance à vouloir transformer les études de nos chérubins en moulinettes à entreprises privées (cf.  »§ 7A, connaissances » du décret précédemment cité). Faut-il s’offusquer des conséquences sur nos chères têtes blondes ? Oui, on le peut à juste titre. Tout autant qu’aux époques antérieures quand on nous mettait la tête au carré à coup de leçons de morale étriquée. L’histoire de ce socle commun illustre une nouvelle fois cette fatuité désopilante des puissants quand ils s’époumonent à se gonfler d’importance. Et s’acharnent à vouloir faire des petits pâtés avec l’avenir de nos mioches. On comprend mieux cette valse incessante des programmes, ces tâtonnements tatillons qui débouchent inévitablement sur des usines à gaz suffocantes de bêtises satisfaites. Garder ses distances vis à vis de cette agitation stérile permet au moins, j’espère, de toucher à cette compétence finale qu’on nous promet en rechignant à nous l’accorder : l’autonomie qui aide les individus à ne pas se laisser engluer dans la farce pompeuse des élites qui les gouvernent. Et qui donne aux plus entreprenants d’entre eux le loisir de leur botter les fesses au besoin.

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.