LE POÈTE EXEMPLAIRE

((/images/Char.jpg|le sourire de René Char|L)) S’il y a une chose que je déteste par-dessus tout, c’est de me laisser engluer dans les lamentations et les déplorations lors des traversées de mauvaises passes. À l’issue de cette pénible élection présidentielle, il fallait passer tout de suite à autre chose. Je me suis replongé dans la lecture tonifiante des textes de René Char.

Drôle de type, ce Char. Connu comme le loup blanc par des tas de gens qui ne l’ont jamais lu, jamais vu. Poète, gueulard, amoureux définitif, résistant forcené pendant la Seconde guerre mondiale. Et le reste du temps pareil : en bisbille permanente et furieuse contre le médiocre, le soumis, le tiède. Derrière cette colère dévastatrice, le sourire du colosse, lumineux, droit dans les yeux, irradiant, carnassier. Jamais l’ombre de la moindre compromission chez Char. Toute sa vie, un refus obstiné des paillettes et des honneurs, de la séduction flagorneuse. Un des rares écrivains que Bernard Pivot n’ait jamais réussi à convaincre de venir sur son plateau de télévision. Certains, même parmi ses plus fervents admirateurs, se sentent obliger de prévenir : ce n’est pas une poésie facile. Ils ont tort. René Char, c’est de l’eau de source claire et vivifiante. Pour tous ceux qui s’offrent sans conditions aux sources claires et vivifiantes, sans gueuler comme des putois qu’elles sont trop froides, glaçantes aux esprits étriqués. Les mots de René Char sont comme les galets des plages de Normandie qui roulent et grondent sous l’assaut des vagues, se dérobent méchamment sous vos pieds quand vous les foulez. Âpres et rugueux à l’espadrille du vacancier égaré, mais en même temps doux et sensuels au toucher de celui qui a la curiosité de s’en saisir. Les mômes et les innocents en font des provisions à s’en pulvériser les poches. Récemment, j’ai entendu sur une radio un poème de René Char lu par son auteur. Oh, cette voix, la puissance de ce timbre, ce souffle à vous balayer tous les remparts imbéciles ! Difficile d’échapper à René Char en ce moment. On fête le centième anniversaire de sa naissance. Hommage officiel à la Bibliothèque Nationale de France, chroniques radiophoniques, articles de presse louangeurs… Et même, dans toutes les FNAC, des présentoirs, à lui consacrés, en têtes de gondole ! Piquant de voir ce réfractaire intraitable honoré par les agitateurs du tiroir-caisse. C’est en ceci que René Char est un poète, un homme exemplaire. Être parvenu, par la seule exemplarité de son comportement sans concession, dans sa conduite irréprochable et dans ses écrits, à imposer le respect à tous, à étrangler les médisances dans la gorge des impuissants, ou les sarcasmes des puissants d’opérette. Un chemin d’aubaine tout tracé pour les temps que nous allons vivre. >  » »Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. À te regarder,  »ils » s’habitueront. » »

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.