LES « TRAÎTRES »

((/images/Sarko Kouchner.jpg|shake-hand|L)) L’affaire des transfuges de « gauche » dans le premier gouvernement Sarkozy, suscitent l’indignation des uns, les sarcasmes des autres, la compréhension un brin compatissante des plus indulgents. Sans doute, ne mérite-t-elle point tant d’opprobres, juste quelques sourires amusés devant un de ces petits travers humains si répandus quand il s’agit de pouvoir et de gloire. Au bout du compte, ne sont mis dans la gêne que les « renégats » eux-mêmes. Et les naïfs qui croient toujours au père Noël.

La photo ci-contre, parue en une de Libération daté du 19 mai, est éclairante à ce sujet. La bouche pincée et le regard cherchant désespérément à fuir (vers sa gauche, ô symbole !) du « traître », témoigne d’une contrainte certaine. À l’opposé, notez le rire triomphant du maître qui emprisonne fermement la main de son nouveau subordonné (vers sa droite, ô symbole, toujours !) au risque de lui démonter l’épaule si ce  »shake-hand » viril, mais certainement pas amical, devait se prolonger. Ce n’est ni la première, ni la dernière fois qu’on assiste à ces migrations empressées et embarrassées d’une certaine élite à l’ego ballonné vers le pouvoir du moment, quel qu’il soit. Les nouveaux ministres ou assimilés — Bernard Kouchner, Éric Besson (infidèle à Royal), Jean-Pierre Jouyet (« pote » à Hollande), Martin Hirsch (ex-président d’Emmaüs-France) — ne sont d’ailleurs pas les seuls à avoir fait le voyage de la honte bue. D’autres les ont précédés : Max Gallo (le forcené de la ‘grandeur’ patriotique), Roger Hanin (le beau-frère bafoué), Pascal Bruckner (grand pourfendeur il y a peu du néo-libéralisme et de la société marchande). Les prétextes invoqués par nos chers transfuges pour justifier leurs ralliements méritent tout juste d’être écartés d’un revers de main gifleuse. Tous de jurer pesamment, main sur le coeur, de leur bonne foi, de leur intransigeance morale, de leur intégrité débordante, n’ayant peur de rien ni de personne, pas même du ridicule. Il faut lire dans les pages  »Rebonds » de Libération daté du 14 mai, le texte de Pascal Bruckner présentant Nicolas Sarkozy comme archétype du [soixante-huitard idéal|http://www.liberation.fr/rebonds/253530.FR.php]. Un monument ! J’entendais ce matin sur France Inter Martin Hirsch, successeur d’un certain abbé Pierre, présenter sa position comme un moyen de lutter de l’intérieur pour faire valoir ses idées et les mesures pour les réaliser. Outre que ces oppositions de l’intérieur n’ont jamais rien donné de positif, il reste que ce monsieur, comme les autres, a accepté de participer à un gouvernement qui présente dans ses rangs un ‘ministère de l’identité nationale’ de sinistre augure. Point. Faut-il maintenant qu’on s’en étonne ou qu’on s’en offusque ? Franchement, la virée de cuti du docteur Kouchner se sentait à plein nez depuis pas mal de temps. Ses prises de positions ambiguës, sur l’Irak par exemple, ne laissaient guère de doute sur le sujet. Idem pour les autres. Tout ça ne vaut pas tripette et gaspillage de bile. Il est étonnant d’entendre dire que ces désertions gênent principalement la gauche. Si le parti socialiste était vraiment de gauche, il n’aurait rien à craindre et il y a longtemps que nos marionnettes en auraient été éloignées. Car enfin, nos transfuges ne représentent au bout du compte qu’eux-mêmes. Leur désertion n’a pas la moindre importance. Elle témoigne juste de la dilution ambiante des esprits. Le réchauffement ne touche pas que la planète. Le plus inquiétant dans l’affaire n’est pas la valse folle de ces dérisoires icônes médiatiques. Non, encore une fois, le plus grave et le plus désolant est de voir que parmi ces ralliés figurent plus de 53 % des électeurs français.

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.