LES DÉGOULINANTS

((/images/abbePierre.jpg|abbé Pierre|C)) %%%6 h 45, lundi matin, dans ma voiture sur l’autoroute, la radio annonce la mort de l’abbé Pierre. Aussitôt, le vertige, le défilé des onctueux, la sarabande des pleureuses médiatiques, le sirop gluant des puissants compatissants…

D’abord Kouchner sur Europe 1, puis dans la foulée, le même, déboulant sur France Inter avec son Demorand larmoyant entre deux pubs. La suite n’est qu’un mauvais film. Mon esprit perd le sens de la chronologie. Tous, ils y passent tous : Chirac, Villepin, Alliot-Marie, Sarkozy, Royal, Borloo, Giscard … et jusqu’à Jean-Marc Sylvestre, triste chantre de ce monde de nantis dégoulinants qu’exécrait notre abbé. Le lendemain, j’apprends que le chef de l’État, « bouleversé », lui prépare des funérailles nationales à Notre-Dame de Paris. Vont tous débarquer dans la nef, la mine de circonstance, sous les caméras et les sunlights. Prendront comme d’habitude les premières places sur des chaises tapissées de velours rouge, essuieront peut-être une larme pour TF1 ou Paris Match. « Cour des miracles » emperlousée de grimaciers repus. Non vraiment, y a pas qu’Emmaüs pour ce qui est de la récup’ ! J’en ai le ventre qui se retourne ! Dans l’après-midi du même lundi, José Arthur est intervenu dans l’émission de Daniel Mermet. Il a appelé tous les sans-grades, les déclassés, les campeurs du bitume à réclamer la place qui leur est dûe dans l’hommage à notre  »insurgé du bohneur » : « Allez planter vos tentes devant le Val de Grâce où votre ami est mort ». Eh bien, je relaie avec force cet appel. Allez-y, les gueux, les misérables, envahissez l’île de la Cité vendredi 26 janvier, dressez vos toiles aux portes de la cathédrale, franchissez le parvis, engouffrez-vous dans les travées. Chrétiens ou pas, emparez-vous de VOTRE abbé. Et en passant, bottez-le cul à tous ces tartuffes hypocrites !

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.