LA NEF DES FOUS

((/images/plaquepioneer.gif|pioneer|L)) L’autre jour, dans une brasserie, une amie retrouvée me disait son désarroi devant le délabrement de notre société, l’absence de perspectives, les angoisses terribles qui la tenaient éveillée au petit matin, son envie de fuir au bout du monde pour tout oublier. Au bout du monde ? Je me rappelle qu’en 1977, nous autres, humains, expédiâmes vers les confins de l’univers, à l’assaut de planètes inconnues du vaste cosmos, un tout petit objet volant avec à son bord, gravés par les nations, quelques témoignages de notre existence terrestre.

Une centaine de photographies d’humains, animaux, végétaux, paysages et constructions, une vingtaine de morceaux de musique dont un concerto de Bach, la Flûte enchantée de Mozart, des choeurs grégoriens, un chant initiatique de jeunes filles pygmées et Johnny B. Good de Chuck Berry !$$Cette sonde, Voyager 2, avait été précédée dès 1962 par la sonde Pioneer 10. Celle-ci avait emporté une plaque gravée par l’astronome Carl Sagan et son épouse (cf. l’illustration du présent article). Détail savoureux : après moult graves discussions entre sommités savantes et morales, il fut décidé de laisser apparent le sexe de l’homme (sans les poils), tandis que fut sévèrement escamotée la jolie fente si attirante de nos compagnes.$$ Tête des extra-terrestres si d’aventure ils découvrirent nos valeureux messages ! Sans doute la même mine abasourdie que la nôtre devant les peintures préhistoriques de la grotte de Lascaux. Ainsi donc, c’était comme ça, tout là-bas, sur cette minuscule tête d’épingle valsant perpétuellement sur elle-même et partagée entre le jour et la nuit ? Je n’ose imaginer leur bouille s’ils recevaient en complément d’informations quelques documents audios et visuels sur ce qui se passait aujourd’hui en France ou ailleurs . Nous étions au bord du flinguage de plomb. Des automates exsangues à la mécanique soudain prise de folie. Nous n’étions plus que confusions, effarements, imprécations, colère furieuse ou soumission résignée face à un futur sans avenir. D’aucuns beuglaient des hymnes en brandissant les oripeaux de leur « identité nationale » et des petits drapeaux. Nous avions basculé de l’autre côté du rationnel, à deux doigts du chaos. Cette mise en perspective intergalaxique de notre humaine condition aurait pu nous inciter à quelque modestie. Que nenni ! Nous avions égaré en route tout sens du discernement. Nous, les maîtres de l’univers autoproclamés, ne maîtrisions plus rien, et c’est ce qui nous rendait fous. Notre manie de vouloir péter plus haut que notre cul faisait que nos machineries tordues nous sautaient une nouvelle fois à la figure. Ah, je les vois, mes cousins de l’au-delà du soleil, oscillant entre la stupéfaction réprobatrice et la franche poilade ! Les cons, ils vont faire cramer leur boutique ! — Hého, cher Yéti, redescendras-tu sur terre ?%%% — Euh… pardonne-moi, mon amie, j’avais la tête vagabonde ! Les rayons du soleil de printemps inondaient son cou délicat, et me retenaient de céder au désespoir ou à la dérision.

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.