LES VALEURS

((/images/Philippe_Petain.jpg|Pétain|L)) Il y a un phénomène symptomatique : une bonne partie de la prochaine campagne présidentielle des candidats adoubés par les médias officiels, s’engage résolument sur le thème des valeurs. C’est marrant, la dernière branche à laquelle se raccroche toujours un monde qui s’effondre, c’est à ses sacro-saintes « valeurs ». Comme dans les vieux films de gangsters où les voyous et les tueurs, avant de tomber sous les rafales des gangs adverses, ne juraient que par le sens de l’honneur, la loi du milieu, la fraternité du sang.  »Travailler plus pour gagner plus … revaloriser le mérite … ré instaurer un ordre juste … restaurer l’autorité parentale au sein de la famille… » En résumant, on tombe pile-poil sur le TRAVAIL-FAMILLE-PATRIE si cher au Maréchal Pétain. Ragoûtant !

Voilà que notre Chirac, jamais en retard d’une guerre perdue, vient de se fendre triomphalement d’un projet enthousiasmant : une « journée de la citoyenneté », rien que ça ! Lui qui n’a rien eu de plus pressé que de s’auto immuniser contre une Justice qui menaçait de lui chercher des crosses. Lui qui a nommé lui-même un pote au poste du juge censé éventuellement le poursuivre à la fin de son mandat ! Quelle pitrerie ! Plus personne n’y croit, ni ne les respecte ces valeurs, surtout pas ceux qui les prônent. Ils nous les balancent juste dans les gencives pour qu’on se tienne à carreau et à distance. N’osent même plus parler du reste, l’amélioration des conditions de vie, le progrès social… Tiens, lâchez une bande de jeunes, un groupe de moins jeunes ou un car de retraités dans un hypermarché vide de surveillance et aucun ne résistera au plaisir de faucher tout ce qu’il peut dans les rayons. Comment leur en vouloir puisque c’est le modèle qu’on leur donne depuis des années de néolibéralisme sans foi ni loi autre que celle du plus fort, du plus riche, du plus fourbe. Celui qui pique sans vergogne dans les caisses avec la bénédiction des apôtres du tout compétitif.  »Travailler plus pour gagner plus » ! Quel attrape-couillons ! Demandez donc ce qu’en pense la « ménagère de 48 ans d’origine maghrébine », celle qui, selon une récente étude, n’est jamais reçue au moindre entretien d’embauche du fait de son âge, de son sexe et de son origine. Interrogez donc les 50 % de salariés français qui gagnent moins de 1350 € par mois, avec des contrats précaires à la clef en guise de gilet de sauvetage. Et ceux qui ne sont pas, ou plus salariés parce que vous les avez virés ou jamais admis… Mais ne croyez pas qu’on les rejette toutes en vrac, les valeurs. En attendant que disparaissent les vôtres, dégueulant de leurs vertus judéo-chrétiennes de sacrifice (pour les autres, pas pour vous), on s’en est mis trois petites toutes simples au chaud, presque des gros mots : liberté, égalité, fraternité. Oh, je sais, celles-là non plus vous n’hésitez pas à les beugler. Mais seulement à la fin de vos banquets arrosés. Ou devant les monuments aux Morts. Sans jamais trop vous étendre sur le sujet. Eh bien, vous allez rire, figurez-vous qu’on est plusieurs à vouloir vous les faire avaler de gré ou de force, nos trois p’tits gros mots. Oui, oui, je vous vois déjà ricaner derrière vos gros cigares : « Et, hé hé, vous allez vous y prendre comment ? et surtout vous allez les financer comment, vos valeurs ? » Très simple, mon vieux, si tout va bien, s’il n’y a pas trop de chamaille au sein de la bande des Collectifs (c’est comme ça qu’on s’appelle), on va aller chercher l’oseille là où il est. Dans vos poches et dans vos coffres. On va pas se gêner !

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.