CAUSER DANS LE POSTE

((/images/tf1.jpg|tf1|L)) Devant la raréfaction saharienne des oasis politiques à la télévision, les acteurs politiques se posent fréquemment la question de savoir s’il faut accepter ou non de passer dans des émissions dites « grand public » pour tenter d’y toucher un maximum de gens. « Pour quel public et avec quel impact ? » se demande Clémentine Autain dans un récent billet. Essayons de répondre précisément à la question. Vouloir toucher le plus de monde possible, échapper à la confidentialité militante, peut aisément se comprendre. Mais on peut aussi douter que le souci d’animateurs comme Ruquier, Ardisson ou Fogiel soit de permettre à leurs invités de s’exprimer. On peut surtout se demander si le public de TF1, de Ruquier, Ardisson ou Fogiel, aussi nombreux soit-il, a le moins du monde envie d’être convaincu par des arguments de qui que ce soit ?

Ce public-là me semble surtout intéressé par le coup d’éclat qui pourra survenir au cours de l’émission, par les saillies qui bousculeront un invité, en clair par toutes les détabilisations spectaculaires des « vedettes » de passage, qu’elles fussent du monde médiatique, artistique ou politique. Un invité qui parviendrait à imposer son discours, et a fortiori un discours politique lors d’une de ces émissions, consacrerait de fait l’échec de l’animateur et de l’émission dont le but, comme l’a dit un certain Patrick Le Lay, est de « procurer du temps de cerveau disponible » pour Coca Cola et consorts. Inutile de dire que nos responsables de chaînes et nos animateurs survitaminés ne sont pas prêts à lâcher le juteux morceau. Et qu’ils ont les moyens techniques de faire taire les trublions (complicité tonitruante des invités de plateau, maîtrise du son des micros, etc.). Pire, le PUBLIC de téléspectateurs lui-même serait sans doute à même de se sentir frustré dans son attente, puisqu’il n’est pas là pour être convaincu, mais pour assister à un bon gala de boxe avec quelques KO bien saignants à la clef. On se fait une idée bien fausse de l’impact de ces grands raouts médiatiques sur le PUBLIC. On en retient la plupart du temps que le négatif, le graisseux, le scandaleux. Et les « hommes politiques » (mâles ou femelles) qui s’y aventurent dans l’espoir de quelque reconnaissance, en ressortent à chaque fois plus marris que grandis. À l’opposé, toucher des sympathisants convaincus à travers des supports en apparence plus confidentiels — ou du moins, moins « paillettes » — peut paraître fastidieux et ingrat. Or le problème de ces convaincus qui, eux, sont attentifs aux discours, c’est qu’ils manquent souvent d’argumention claire pour convaincre leur auditoire. Fournissez-leur ces arguments dont ils sont friands, donner-leur du grain à moudre, et ils mettront tout leur zèle à les diffuser autour d’eux. Chaque responsable marketing, chaque directeur de promotion, chaque petit ponte de la communication sait bien qu’un bon « bouche-à-oreille » vaut mieux que n’importe quelle campagne publicitaire tapageuse. Dans le domaine politique, on a pu le vérifier lors du dernier référendum sur le projet de constitution européenne. Alors qu’on n’a JAMAIS vu un seul leader politique d’envergure se révéler lors d’une émission de variété.

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Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation.