LA GRANDE GUERRE POUR LA CIVILISATION (suite)

((/images/beirut5.jpg|Beyrouth|L))  »(J’écris ce billet en vacancier affalé dans une chaise longue, à peine abrité de la canicule par l’ombre des grands arbres du jardin, avec une bouteille de soda glacé bien remplie pour lutter contre la déshydratation. Tout pour être heureux et insouciant, en somme. Sauf que non, là je ne peux pas, c’est trop.) » __ »La Grande guerre pour la civilisation »__•, elle, ne prend pas de vacances et se propage inexorablement sur toute notre planète. Les bombes israéliennes s’abattent sur le Liban et sur Gaza, les roquettes du Hezbollah frappent Haïfa. Et le vacarme assourdissant qui en résulte fait oublier un instant, un instant seulement, le bruit des engins de mort qui continuent de meurtrir l’Irak, l’Afghanistan …

Mais isoler ce nouveau conflit israélo-libanais de son contexte général serait une erreur. Tout est lié, Irak, Afghanistan, Iran… Il ne s’agit pas d’un nouvel affrontement entre l’État hébreu et ses voisins, mais de la prolongation de la guerre sans merci qui oppose les nations riches du Nord aux pays exclus du Sud. Le tout sur fond de conquête des richesses planétaires comme le pétrole, et plus sombrement pour des raisons antédiluviennes qui tiennent à la folie des communautarismes humains. L’agression israélienne contre le Liban n’est qu’une opération guerrière entrant dans une stratégie plus générale menée par l’ensemble des États du Nord contre les contrées du Sud. Le soutien appuyé des États-Unis, les tergiversations passives valant approbations des Occidentaux, la désintégration onusienne en témoignent. D’ailleurs, les intéressés ne s’en cachent même pas. Les tracts qui enveloppent en papier-cadeau les bombes israéliennes, dénoncent ouvertement l’axe terroriste Iran-Syrie, véritables ennemis à abattre. Il est clair que le seul responsable de la situation libanaise actuelle est Israël. Le pauvre prétexte de l’enlèvement des deux soldats tient de la farce tragique. Et surtout qu’on m’épargne l’habituelle bouillie culpabilisatrice sur la Shoah, l’antisémitisme, la nécessité de lutter contre l’agression terroriste… ÇA NE PREND PLUS ! Depuis sa création en 1948, Israël n’a cessé de se comporter en puissance colonisatrice agressive. Est-elle seulement autre chose ? Mais on ne saurait oublier qu’Israël est la tête de pont des puissances du Nord dans cette région stratégique du monde, raison probable pour lesquelles celles-ci ont permis sa fondation au lendemain de la Seconde guerre mondiale. Désormais totalement asservie à l’idéologie néo-libérale, les puissances du Nord peuvent être tenues pour également responsables des décombres planétaires actuelles dont le Moyen-Orient est la partie la plus visible. De là à soutenir la position du camp adverse, il y a une marge. L’intégrisme islamique est né sur nos décombres. Il est tout aussi haïssable. Et je doute fort que son objectif ultime soit l’émancipation des contrées du Sud dont il se prétend le héros. Se ranger à ses côtés au prétexte que nous révulsent les prédations des puissances néolibérales conduit à la désolation. Comme le fait justement remarquer Denis Sieffert dans son édito du dernier Politis, « il y a vingt-cinq ans, ni le Hezbollah (créé en 1982) ni le Hamas (né en 1987) n’existaient ». On pourrait même ajouter que les puissances du Nord ont engendré elles-mêmes le venin qui les menace. Qui en son temps, pour d’obscures raisons stratégiques là encore, a mis en selle Ben Laden, sinon les États-Unis ? Mon parti est celui des exclus et des victimes, sans degré de hiérarchisation dans l’horreur, qu’elles soient palestiniennes, israéliennes, espagnoles ou anglaises, ou américaines… Certainement pas celui de ceux qui les utilisent pour leurs desseins sinistres. Aucune solution, ni au Moyen-Orient ni ailleurs, ne sera possible sans une mise hors d’état de nuire de l’organisation néolibérale qui domine actuellement la planète. Celle-ci ne sévit pas uniquement contre les contrées du Sud, elle a commencé à s’attaquer à ses propres territoires en condamnant à une paupérisation galopante une frange de plus en plus importante de sa population. L’urgence impose bien sûr de réclamer avec force un cessez-le-feu immédiat et sans condition au Liban. Mais on ne peut isoler un conflit de son contexte général. Par-delà, les condamnations, les cris de colère ou de douleurs, on ne peut non plus s’engager personnellement si l’on ne s’interroge pas sur le combat quotidien que chacun d’entre nous, à son modeste niveau, peut mener. La question est simple : que puis-je faire, moi qui suis présentement en train de suer sang et eau dans mon transat avec mon soda glacé, pour me rendre utile ? Je ne vois qu’une seule réponse : l’action politique quotidienne au niveau local, régional, national. Le système libéral ne pourra être abattu que de l’intérieur, comme le mur de Berlin en son temps. Le laisser pourrir de lui-même comme c’est en train d’être le cas conduira à mille désastres. Lorsqu’ils se chamaillent pour désigner ce fameux « candidat unitaire » à la prochaine Présidentielle, nos acteurs politiques de la gauche sociale auraient garde de ne pas l’oublier. ++Notes++%%% •Titre ironique d’un livre indispensable du journaliste anglais Robert Fisk (éd. La Découverte). Envoyé spécial du quotidien The Independent, Fisk nous donne dans cet ouvrage-somme un point de vue incroyablement lucide et humain sur le(s) conflit(s) du Moyen-Orient de 1979 à nos jours.

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.