DETTE PUBLIQUE, L’ENTOURLOUPE

Dans le cadre de leur vaste offensive contre le bien public, les prêcheurs de la secte privée usent d’un argument tombant apparemment sous le sens : la croissance excessive de __la dette publique__. Celle-ci serait faramineuse, grèverait le budget de chaque citoyen et hypothèquerait durablement l’avenir de nos chères têtes blondes. Ce faisant, sur l’air dramatisant du  » »on peut pas dépenser plus que c’qu’on gagne » », nos gourous justifient les coupes purgatives dans les dépenses publiques et les réductions laxatives du nombre de fonctionnaires. Un certain Michel Husson, administrateur à l’INSEE et chercheur à l’IRES (Institut d’Études Économiques et Sociales), vient de pondre un petit rapport, [Dette publique, rente privée|http://hussonet.free.fr/detpub7.pdf], qui révèle l’entourloupe. Je résume en clair…

Le problème, à l’analyse, c’est que la dette publique ne vient pas d’une hausse excessive des dépenses (stables depuis des années à un peu moins de 23 % du PIB), mais d’une baisse des recettes (passées de 22,3 % du PIB en 1980 à 18,8% en 2003). Car l’État dispose d’un moyen dont les particuliers que nous sommes sont dépourvus : il fixe lui-même ses recettes (l’impôt), alors que c’est pas nous qui décidons nos salaires ! Or vous n’avez pas été sans remarquer qu’ils n’ont pas hésité à couper sérieux dans les impôts versés par les plus riches et qu’ils épargnent outrageusement les revenus du capital. Et quand on limite soi-même ses propres recettes, faut bien trouver d’autre source de financement aux dépenses : c’est l’emprunt. Et à qui emprunte-t-on sous forme d’obligations du Trésor ? Aux plus riches évidemment, à la couche étroite des « épargnants » privilégiés (10% des ménages français les plus riches détiennent 40% de la richesse nationale !) Et à qui paie-t-on les intérêts juteux de l’emprunt ? Aux mêmes, aux plus riches ! Vous avez compris la canaillerie ? La petite clique des « ménages » les plus aisés gagnent sur tous les tableaux : la baisse des recettes (diminution des impôts), et la possibilité de se faire payer des intérêts juteux (non révisables !) par l’État. On assiste ainsi à un transfert éhonté de la richesse publique vers les couches sociales les plus privilégiées. Et où ils sont, les couillons de l’affaire, à votre avis ? Car ce qui coûte cher et est payé, non pas par nos enfants plus tard, comme ils disent, pour nous enfoncer le coin de la culpabilité, mais par les contribuables de maintenant tout de suite, c’est l’intérêt de la dette. Avec effet « boule de neige » garanti : pour payer ses intérêts, l’État ré-emprunte, etc. etc. On en sort pas ! J’arrête là la démonstration, je vous vois bailler. Que les plus curieux se reportent au rapport sus-cité du père Husson. N’empêche qu’il nous faudra bien trouver une solution à ce cycle infernal. Lorsqu’elle était au pouvoir (1997-2001), la gauche « plurielle » (sic) avait réussi à stabiliser la dette publique, mais en diminuant les dépenses (politique de rigueur frappant les plus modestes), pas en s’attaquant au problème des recettes (bénéficiant aux plus fortunés). Je livre à la sagacité des postulants politiques de gauche la solution préconisée par Michel Husson : >  »Il existe un autre moyen de stabiliser la dette publique que les coupes budgétaires, sous la forme d’un prélèvement exceptionnel sur les patrimoines les plus élevés qui reviendrait à annuler en partie une dette qui n’est autre chose que le fruit empoisonné de la contre-réforme fiscale. » Qui qui s’y colle ?

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.