LE CUL SUR LE PERRON

((/images/Le cul sur le perron.jpg|Le cul sur le perron|L)) Après les moments forts, intenses, on éprouve toujours comme un trop-plein. On voudrait que l’euphorie dure, que l’enthousiasme persiste. Mais non, l’énergie manque. Ne nous restent que quelques ultimes soubresauts qui éclatent en pétards mouillés. On se sent coupables d’impuissance, furieux de n’avoir pas mené l’action aussi loin que l’on aurait voulu, conscients d’avoir gagné une bataille mais pas la guerre, exaspérés par les inévitables corbeaux de mauvais augures qui voltigent au-dessus du champ de bataille en comptant les points. C’est ce qui arrive, je pense, aux étudiants et aux lycéens récemment insurgés contre la stupidité du monde qu’on leur offre.

Pourtant, rien que de très naturel dans ce besoin de décompression. On ne livre pas une bataille d’un seul tenant, on multiplie les coups de boutoir jusqu’aux victoires finales. Mais entre ces coups de boutoir, il faut prendre garde à renouveler ses forces, à garder maîtrise de soi. Pour préparer l’assaut suivant. Quand la fatigue se fait sentir, moi, c’est très simple, je sors sur le pas de ma porte et pose mon cul sur le perron. C’est ce que j’ai fait ce soir, après avoir jeté à la corbeille une bonne dizaine d’articles dont je n’arrivais pas à venir à bout. La nuit tombe. Au loin, sur le marais, un coucou nargue de son chant agaçant l’oiseau auquel il a piqué le nid. Derrière les grands arbres qui cernent la maison, le soleil rougeoie. Les rossignols et les mésanges se sont tus. Chouettes hulottes et effraies des clochers ne vont pas tarder à entrer en scène. Tout à l’heure, sur le clavier de l’ordinateur, j’essayais de trouver des mots apaisants à vous dire, des mots qui bercent. Mais impossible, j’avais au creux des coudes comme une crispation qui me paralysait l’esprit. Cette tension, je l’ai senti aussi dans les derniers articles et commentaires qui fusent sur mes sites web favoris depuis la fin du conflit anti-CPE et les élections italiennes. Plus des brèves que des articles, pour la plupart. Des cris de colère marqués par l’épuisement, des halètements rageurs. Dehors, la pénombre commence à liquéfier les formes. Roberto a installé les tables du  »Fou de Bassan » devant le perron. Hého, vous êtes là ? Oui, oui, je ne vois plus goutte, mais j’entends bien vos respirations, désormais calquées sur le calme de la nuit. Le bruissement de vos conversations me parvient étouffé. Madame Rose a amené la banquette de skaï rouge sur son dos, l’a déposée sous le tilleul. Elsa la passionaria, dix-sept ans –  » »On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans/Un beau soir, foin des bocks et de la limonade/On court sous les tilleuls verts de la promenade » » – y dort sur l’épaule d’une Franca Maï étonnamment maternelle. Une certaine Léa danse un tango lascif avec une chaise en paille… C’est drôle, tout de même, les mots ! Ils servent à tout, à expliquer, crier, gémir, faire rire, raconter des histoires saugrenues, interloquer, amadouer, aimer… Tiens, vous connaissez la définition du langage que donnait Roland Barthes dans ses  »Fragments d’un discours amoureux » ? La voici : >  » »Le langage est une peau, je frotte mon langage contre l’autre, c’est comme si j’avais des mots au bout de mes doigts, des doigts au bout de mes mots, mon langage treeemble de désir ! » » Dans la ténèbre, les oiseaux nocturnes, hibou Nose et chevêche Francesca, entament leur sarabande. On entend palpiter le coeur du vaste monde : tatoum-tatoum, tatoum-tatoum. Soudain, une chanson traverse la nuit :  »Le cul sur le perron » de Moussu T$$extrait de l’album  »Mademoiselle Marseille » (Harmonia Mundi), de Moussu T & lei Jovents, que je vous conseille vivement d’acheter. Et qui m’a inspiré cette chronique.$$. Allez, je vous l’offre et rentre terminer au chaud mon verre de sauvignon  »L’arpent des Vaudons » 2004. ///html

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Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.