L’ENTREPRISE, UNE FORTERESSE À CONQUÉRIR

((/images/entreprise.JPG|entreprises-forteresses|L)) La première des forteresses à conquérir par un pouvoir de gauche alternatif me paraît être l’entreprise privée. L’entreprise privée est le point d’ancrage central du système libéral, celui par lequel tout passe : emplois, production de biens et services destinés (prétend-on) à satisfaire les besoins de la population, flux financiers qui aboutiront à la répartition des richesses (de façon équitable ou non). Or, dans le système libéral, l’entreprise tend à devenir une dangereuse zone de non-droits. Droits sociaux de plus en plus remis en questions, syndicats marginalisés, opacité totale sur l’utilisation des flux financiers engendrés, omnipotence des actionnaires et des cadres dirigeants qui n’ont pas le moindre scrupule à s’emparer de la cagnotte. Sans contrôle strict de cette entité, point de salut.

Dans les quelques programmes que j’ai pu me procurer, je suis surpris de ne pas voir de propositions satisfaisantes en ce sens. Les partis politiques de gauche entendent bien s’attaquer aux privilèges de l’entreprise privée, mais – comment dire ? – en restant à l’extérieur de celle-ci. Je ne crois pas qu’on parviendra à un contrôle de cette entité en se contentant d’annuler les mesures prises par le gouvernement précédent, en lançant des formules à l’emporte-pièce comme l’interdiction des licenciements, ou même en se contentant d’agir sur les seules règles sociales. Il faut, je crois, des actions bien plus en profondeur, portant sur les secteurs comptables et financiers.  »(Oui, je sais, merle moqueur, ce n’est un sujet très sexy. Mais des fois, faut accepter de plonger les doigts dans le cambouis !) » Une fausse solution serait à mon avis celle des nationalisations. On peut justifier celles des richesses naturelles d’un pays et des services publiques de base (transports, santé, eau, électricité …) Pour le reste, on a vu vers quelles pesantes dérives pouvaient conduire les étatisations bureaucratiques. Un remède insuffisant, et surtout trop tardif, est celui de la taxation des profits et des revenus financiers captés par la caste des dirigeants/actionnaires. Une telle mesure vise à corriger les inégalités créées par le mode de fonctionnement des entreprises privées. Elle est nécessaire, mais intervient après, quand le mal est fait. Elle n’empêche pas la création de ces inégalités qui, corrigées ou non, restent un fait accompli. Et un fait déjà accompli peut facilement échapper à toute tentative de corrections. La piste de conquête la plus sérieuse passe, je pense, par une action en amont, pour empêcher que se creuse le fossé des inégalités. Que le monde économique fonctionne sur le mode privé, soit, admettons-le. Mais à condition de respecter des règles de fonctionnement rigoureuses. Car si une entreprise est privée, elle ne peut fonctionner qu’en ayant recours au « public », à la collectivité (salariés,travailleurs extérieurs, sous-traitants, etc.) C’est là que le politique public est en droit de réclamer des comptes à l’économique privé. Chaque entreprise doit choisir un statut : SA, SARL, EURL, SAS … C’est en réformant en profondeur ces statuts que l’on pourra réguler le fonctionnement des entreprises privées. On veillera bien sûr à restaurer un droit social équitable, mais aussi et surtout à réglementer plus sévèrement la circulation des flux financiers au sein de l’entité privée. Ceci afin d’éviter qu’une caste de dirigeants continuent à faire main-basse sur le butin, captant ainsi la richesse publique en toute impunité, à coups de stock-options massives, de dividendes mirifiques et d’explosions des salaires  »(je parle uniquement du salaire des dirigeants, hanneton ahuri !) » Limitation du coefficient d’échelles de salaires, indexation des émoluments des dirigeants aux résultats d’exploitation, pourcentage des profits à rediriger vers l’impôt… La liste des mesures possibles est longue et tombe sous le sens. Voilà les pistes qu’un modeste yéti indique aux spécialistes en leur laissant le soin de démêler tout ça. Reste bien sûr à avoir le courage politique d’appliquer de telles mesures, et de trouver le moyen de franchir les obstacles que les forces libérales ne manqueront pas de leur opposer. Mais c’est là une autre histoire sur laquelle nous reviendrons peut-être.

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.