MESSAGE À MES VOISINS

Chers voisins, Vous avez sans doute entendu dire que ça chauffait plutôt, en ce moment, dans notre maison France. La rumeur de notre tapage s’est propagée par les habituels couloirs médiatiques de vos pays respectifs. Mais la rumeur tord parfois le coup aux vérités les plus élémentaires. Nous, Français, aurions  » »l’amour de la révolte et la haine des réformes » » (Daily Telegraph), nous serions  » »une espèce de communauté de rentiers vivant aux frais d’un État de plus en plus endetté » » (ABC). Ne les écoutez pas ! Ce sont des menteurs à langue fourchue, appartenant aux mêmes mafias financières que nos médias à nous. La vérité est que nous leur avons lancé un défi qui les affole : leur reprendre de gré ou de force ce qu »ils nous, ce qu’ils vous ont piqué.

Faut avoir un sacré culot pour traiter de « rentiers » les 3,5 millions de Français vivant en dessous du seuil de pauvreté, les jeunes qui stagnent aux portes des entreprises, les chômeurs en fin de droits. « Rentiers » aussi, peut-être, les Argentins spoliés par les lobbies étatsuniens, les Allemands de l’ex-République Démocratique Allemande, les Italiens du Sud, les Espagnols de l’Ouest, les Africains crevant de faim et du sida, les Américains de New-Orleans jetés dehors par un ouragan et l’incurie de leurs gouvernants … ? Pas « rentiers » par contre, les fonds de pensions américains ou européens, les actionnaires aux dividendes mirifiques, les dirigeants qui s’octroient des avantages équivalents à des centaines d’années de salaires de leurs employés, même quand ils font faillite … ? Non, on ne veut pas « revenir en arrière », vers je ne sais quel Eldorado obsolète, comme le prétend, au nom d’une foutue évolution inéluctable, la bande de gangsters qui s’est emparée de la planète par appât du gain et du pouvoir. On veut juste les virer, les mettre hors d’état de nuire. Vous avez bien entendu : pas composer avec eux, les virer ! Ils ont mis le Moyen-Orient à feu et à sang, saccagés des continents entiers, voilà qu’ils s’en prennent maintenant à leur propre population ! Ça suffit ! Et attention, hého, on ne demande pas la lune, nous autres Français ! On veut juste vivre à notre rythme, peinards, la marguerite aux lèvres, le petit vin blanc au frais. Dites-moi en quoi est justifié un recul des protections sociales, une mise à sac de nos services de santé – n’est-ce pas, voisins anglais ? -, une précarisation de ceux qui travaillent ? Le monde se serait-il appauvri, les progrès techniques seraient-ils en voie de régression, n’avons-nous plus les moyens matériels de nourrir sans problème la totalité de la planète ? Jamais le monde n’a été aussi riche, la science et les techniques aussi performantes. Mais ces richesses ont été confisquées par un ramassis de prédateurs sans foi, ni autre loi que celle du plus fort. Alors voilà, nous avons pensé qu’il fallait reprendre notre avenir en main, ne plus nous laisser tondre la laine sur le dos comme des moutons. Nous venons encore de montrer notre détermination aujourd’hui 4 avril 2005. Nos adversaires sont moins forts que vous ne le pensez, chers voisins. Leur machine infernale a des ratés, même si elle est encore fichue de faire des dégâts. Penchez-vous donc un peu sur l’état des dettes extérieures de vos pays, et rappelez-vous en combien de temps a été balayé le bloc soviétique. Nous, Français, ne nous sentons pas si seuls que ça dans notre combat. D’autres nous accompagnent. Les sous-commandant Marcos a repris son baton de pélerin au Mexique, Hugo Chavez et Evo Morales ont été portés à la tête de leurs pays. Alors, si d’aventure vous souhaitiez nous donner un petit coup de pouce, n’hésitez surtout pas, vous serez les bienvenus. Je vous embrasse.

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.