Le bashing contre Pierre Rabhi : pétage de plomb à gauche

Le bashing contre Pierre Rabhi : pétage de plomb à gauche

Gros buzz contre le « système Pierre Rabhi » et ses « dérives sectaires » initié par le Monde diplomatique et repris en boucle sur les réseaux sociaux. Mais le choix de la cible et la virulence excessive des propos apparaissent pour le moins discutables.

Qu’est-il reproché au fondateur du mouvement Colibris ? En gros, de soutenir (sans le dire) les thèses de l’anthroposophie développées par Rudolf Steiner dans ses écoles Steiner-Waldorf.

Bornons-nous à constater qu’en 2017, il existait en tout et pour tout 15 écoles Steiner-Waldorf propageant les thèses anthroposophes en France. Quinze ! C’est dire le danger représenté par cette secte tentaculaire, c’est dire l’urgence de dégommer d’urgence son hypothétique gourou « chaussé de sandales en toute saison » !

Je ne connais pas non plus les comptes de l’association Colibris. Mais il ne me souvient pas d’avoir vu figurer ses membres parmi les dangereux prédateurs qui sévissent dans les paradis fiscaux, ni parmi la liste des 1% de multi-milliardaires qui essaient de mettre la planète sous leur coupe réglée.

Ce qui est moins faible par contre, c’est bien sûr le succès non démenti des ouvrages de Pierre Rabhi (1,16 millions d’exemplaires vendus tout titre confondu). Je les ai lus et les trouve plutôt passionnants sur bien des points, quoique peut-être un tantinet trop gentillets et naïfs sur la nature humaine (le retour à la terre nourricière, les « nourris-toi toi-même » ou autre « fais ta part de boulot »…).

Mais nulle mention dans aucun d’eux d’anthroposophie ou de Steiner. Rabhi se défend même expressément de défendre ces thèses. Il en faut plus pour démonter ses accusateurs qui versent dans l’argument imparable :

« Certes, lorsque Rabhi est interrogé, il affirme qu’il n’est pas anthroposophe. Mais cela ne veut rien dire, car beaucoup d’anthroposophes l’affirment également » (La Vérité sur les école Steiner-Waldorf).

Ce petit réflexe malsain de dénigrement revanchard qui s’empare des faibles quand ils sont acculés à l’impuissance

On tombe là au niveau des procès d’intention en sorcellerie maléfique – c’est celui qui ne le dit pas qui l’est ! – intentés jadis par les commissaires politiques du stalinisme ou par les fous furieux du maccarthysme US. Notons d’ailleurs que les procureurs de Pierre Rabhi se gardent bien d’attaquer directement leur cible, se contentant surtout de pointer du doigt son entourage, vérifié ou supposé. Avec toute la glose qui convient à ce genre d’exercice : la rapprochement inévitable avec les professions de foi d’extrême-droite, l’homophobie, j’en passe et des meilleurs (lire à ce sujet ce billet hallucinant de niaiseries publié sur paris-luttes.info).

Le choix d’une cible assez secondaire, l’argumentation douteuse faite d’insinuations malveillantes et de parallèles approximatifs, la violence de l’attaque, en disent plus long sur les procureurs de Pierre Rabhi que sur l’accusé lui-même (qu’il n’est d’ailleurs pas question de défendre ici, celui-ci étant assez grand pour s’en charger lui-même).

Car ce qui ressort de cette histoire, c’est la confusion qui s’est emparée de quelques cerveaux échauffés, prétendument de gauche, pourfendant sans nuance un défenseur, quoi qu’on en dise, de la décroissance (les Monsanto, Bayer, FNSEA et autres chantres du productivisme débridé doivent être pliés de rire devant ce déballage infantile). Ah, ce petit réflexe malsain de dénigrement revanchard qui s’empare des faibles quand ils sont acculés à l’impuissance (on sent dès les premières lignes de l’article de Jean-Baptiste Malet dans le Diplo que l’auteur a envie de « se faire » sa cible).

En bref, c’est un peu comme si le pétage de plomb d’une civilisation capitaliste en voie de dislocation avait contaminé les esprits de ceux qui s’en prétendent les plus implacables pourfendeurs. Sûr hélas que ce n’est pas avec de tels « révolutionnaires » égarés qu’un monde d’après rayonnant risque de voir le jour.

=> Photo : Jean-Baptiste Malet, auteur de l’article « Le système Pierre Rabhi » dans Le Monde diplomatique (NB : photo supprimée à la demande de l’intéressé).
=> Lire aussi le billet de Fabrice Nicolino : « En défense de mon ami Pierre Rabhi ».

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.