Après l’Exodus, l’Aquarius annonce de gigantesques chambardements

Après l’Exodus, l’Aquarius annonce de gigantesques chambardements

L’Aquarius de SOS Méditerranée nous rappelle l’Exodus, un autre navire transportant des réfugiés dont l’histoire a défrayé la chronique et changé la face du monde.

11 juillet 1947. Un bateau quitte le port de Sète. À bord de l’Exodus quatre-mille-cinq-cent-trente Juifs. Rescapés des camps nazis.

Ces Juifs n’ont plus rien. Ni biens, ni logement, ni famille, ni pays. Avec les lois du nazisme et de ses alliés, voilà des années qu’ils mènent une existence de parias hors de la société. Ils vivent dans des « camps de déplacés » depuis la libération des camps nazis. Ils ont attendu. Longtemps. La fin du nazisme n’a pas été la fin des idées et des actes antisémites. Ils n’imaginent plus un avenir quelque part en Europe. Faut reconnaître que la Pologne ou la Roumanie ne sont pas des havres de paix pour eux. Ils ne veulent pas y retourner car on ne veut pas d’eux dans leurs pays natals.

L’Exodus 47 vogue vers la Palestine avec des migrants jusqu’à ras bord. Mais le Royaume-Uni, administrateur-gérant autoproclamé de la Palestine, ne veut pas que ces pauvres gens trouvent un répit et un avenir en Terre promise. Une stratégie de joueur d’échecs où l’on voudrait ménager l’éventuelle susceptibilité des pays arabes.

L’Exodus 47 est pourchassé et arraisonné par huit navires de guerre de sa très odieuse Majesté. Et nos youpins sans arme rescapés des camps nazis ? Enfin, ceux qui n’ont pas été tués par la soldatesque lors de l’abordage ? Navires-prisons, puis trains-prisons pour un retour jusqu’à des camps-prisons. En Allemagne, la juiverie apatride ! Dans la partie anglaise de l’Allemagne.

L’histoire de l’Exodus 47 a un retentissement énorme. Même la presse anglaise condamne vertement la politique du gouvernement anglais. L’indignation est mondiale.

Les leçons de l’Exodus 47 ? Tout d’abord cette ignoble affaire aura un poids considérable dans le partage de la Palestine l’année suivante. Tout à rebours de l’effet recherché… Et puis, à vouloir empêcher l’arrivée en Palestine d’une poignée de pauvres gens, l’administrateur colonial a stimulé un gigantesque courant d’immigration vers Israël. Un gigantesque courant de sympathie aussi, qui ne s’atténuera qu’après la Guerre des Six jours en 1967. Et enfin, ces pauvres gens, les réfugiés de l’Exodus 47, parviendront à tous s’évader des camps allemands et à rejoindre Israël un an plus tard. Albion n’aura su que les faire souffrir plus longtemps.

J’ai songé immédiatement à l’histoire de l’Exodus 47 quand on a appris pour l’Aquarius. Par (in)décision européenne les six-cent-trente réfugiés à son bord vont aller en Espagne, à plus de trois jours de mer, au lieu de débarquer en deux heures dans le port le plus proche. L’un de ces pauvres diables qui attendent depuis trois jours voulait se jeter à la mer tant il redoutait un éventuel retour en Libye.

Et pendant que l’Aquarius va conduire les réfugiés au diable vauvert il ne sera plus à patrouiller dans la zone où tant d’êtres humains risquent leur vie tous les jours. « Tous ces négros qui vont engraisser les poissons, ça sera autant de moins à venir chez nous » se disent tous nos gouvernements Canada Dry. La couleur du fascisme, le goût du fascisme mais ce n’est pas du fascisme. C’est « l’Europe qui protège ».

Pas besoin d’être grand prophète. La leçon de l’Histoire de l’Aquarius sera aussi implacable que celle de l’Exodus 47. Nous ne prenons pas soin aujourd’hui de quelques poignées de nos frères de couleur. Avec le changement climatique, dont nous sommes les responsables mais qu’ils payent au prix fort, avec notre totalitarisme libéral qui ruine leurs pays, les négros seront demain des centaines de millions à exiger le règlement de la facture. Avec intérêt. Au taux d’usure.

=> Photo : Karpov pour SOS Méditerranée. Un envahisseur tenu d’une main ferme par le toubib. Six bébés sont nés sur l’Aquarius.


“En Bandoulière” une chanson culottée de Jules et Jo où l’on est admiratif de la légendaire piété belge. Je te mets un truc rigolo. Rire pour ne pas pleurer.

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Un citoyen ordinaire à la rencontre des personnes cabossées par la vie.