Affaire Skripal : décryptage de l’interview de Vincent Nouzille sur Le Média

Affaire Skripal : décryptage de l’interview de Vincent Nouzille sur Le Média

Bien curieux “expert” que ce Vincent Nouzille interrogé le 20 mars par Serge Faubert (Le Média) sur l’affaire Skripal, du nom de cet ancien agent double russe retrouvé inconscient sur un banc public de Salisbury.

Le Média nous présente Vincent Nouzille comme un « journaliste spécialiste du monde de l’espionnage », ce que le CV Wikipedia du monsieur ne confirme d’ailleurs nullement, à moins qu’il soit expert en à peu près tout, c’est-à-dire en rien du tout comme semble le démontrer l’inanité de son analyse.

Décryptage :

  1. Le gaz Novitchok utilisé, nous dit Nouzille, est un neurotoxique mis au point par l’armée soviétique et utilisé aujourd’hui par les Russes. Sauf qu’aujourd’hui l’arme du crime ne repose que sur les affirmations britanniques qui n’en ont produit aucun échantillon et surtout pas à l’attention de l’accusé russe qui le réclamait pour sa défense.
  2. On passera rapidement sur les considérations un brin légères de Nouzille sur le goût  prononcé des Russes pour les poisons « depuis toujours » (il cite un « laboratoire des poisons » créé en 1920 par un service secret « qui allait devenir le KGB », le complot remonte à loin !).
  3. On ne sait pas trop, admet Nouzille, pourquoi les soviétiques ont de tout temps eu une prédilection pour les armes du gaz : « Peut-être pensaient-ils qu’elles étaient plus invisibles. » Vu la grossièreté de l’attaque du malheureux Sergei Skripal et la vitesse avec laquelle le Novitchok a été identifié, on en conclura que notre “expert” prend les Soviét… pardon, les Russes pour des cons (et peut-être un peu nous aussi).
  4. Le gaz Novitchok ayant été développé spécifiquement par l’armée russe, continue Nouzille, « quelque part, c’est signé ». Ah, la belle preuve que voilà… sans souci de la contradiction : comment un gaz aussi mystérieux a-t-il pu être aussi vite identifié par les services britanniques (Wikipédia reconnaît que le – ou plutôt les – gaz Novitchok n’ont jamais été utilisé sur un champ de bataille) ?
  5. L’hypothèse qu’une mafia ait pu utiliser un gaz neurotoxique pour faire porter le chapeau à la Russie n’est pas totalement écartée par Nouzille, qui la balaie cependant d’un revers d’argument valant son pesant d’approximations hasardeuses : « Le plus probable quand même, c’est de regarder à qui profite le crime ! » 
  6. Un agent double comme Skripal qui a trahi, poursuit Nouzille, est considéré par les Russes « comme quelqu’un qui doit presque disparaître ». On admirera encore une fois le sérieux de l’argumentation du “spécialiste” qui conclut toujours aussi finement : « Ce mobile est tout de même un indice frappant. »
  7. L’hypothèse finale de Nouzille touche au sublime : le « pouvoir tsariste en quelque sorte de Poutine » sortirait « renforcé » de l’affichage médiatique d’une telle intervention punitive contre un traître à la patrie ! Vu le fiasco de l’intervention, “l’expert” Nouzille  doit considérer le « tsar » comme encore plus con que ses sujets.

Qu’on s’entende bien, je ne suis pas plus spécialiste de la Russie et de l’espionnage que Nouzille, et je me garderai bien d’écarter la possibilité d’une culpabilité des Russes (ou de qui que ce soit d’autres d’ailleurs, follow my look) dans cette affaire. Après tout peut-être Nouzille a-t-il raison : faut-il qu’ils soient très cons, ces Russes, pour être allés amocher aussi grossièrement et maladroitement un agent qui ne doublait plus personne depuis une bonne dizaine d’années et, ô comble de la crétinerie et du hasard, à la veille de l’élection présidentielle de leur pays ? Dans des conditions aussi calamiteuses, et en nouzillant à mon tour, je me poserai moi aussi la question de savoir à qui profite le crime.

J’aime bien le Média. Je suis “socio” et engage le plus grand nombre de gens à faire de même. Je partage tous les soirs son JT sur la page Facebook du Yéti. Mais enfin, qui aime bien châtie bien, j’attends autre chose de mon média favori qu’un défilé d'”experts” à deux balles (comme dans les médias mainstream dont Le Média prétend se différencier) ou la reprise sans précaution de la propagande AFP (comme dans le JT du 19 mars où Navalny fut présenté comme le « principal opposant » de Poutine).


L’interview de Vincent Nouzille commence à la minute 18:44

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Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.