Affaire du foulard de l’UNEF : vivre selon son entendement

Affaire du foulard de l’UNEF : vivre selon son entendement

Un étudiante porte-parole de l’UNEF porte un foulard et c’est l’embrasement sur la toile. L’occasion de republier une ancienne bafouille.


Amsterdam avant l’aube. Le thermomètre annonce moins quatre et un vent piquant traverse les vêtements. J’ai du mal à en croire mes yeux.

Il porte un justaucorps riquiqui. Imagine le maillot de bain d’une nageuse olympique ou le string d’un mannequin dans un magazine féminin. Dos nu. Longues bretelles qui soulignent des pectoraux travaillés en salle de musculation. Et le gaillard suit notre tramway sur ses patins à roulettes durant plusieurs minutes. Moi, avec mon gros pull, mon écharpe et ma doudoune dans le tramway, je n’ai pas plus chaud que ça.

Pourtant, des tourneboulés du carafon, j’en ai croisé plus d’un bataillon. Des bizarres, des originaux et des excentriques aussi. Il parvient à m’étonner parce que j’ai froid rien qu’à le regarder ! Nos chemins se séparent. Quelque temps plus tard cette image me revient et je raconte ça aux copines.

— Les filles ! Dans les rues d’Amsterdam Zuid j’ai vu un truc incroyable ! Un gars en maillot fluo riquiqui qui faisait du patin à roulettes. À l’aurore par moins quatre degrés sous abri avec un vent à décoiffer les petits moulins !

— Bof ! Il est toujours habillé comme ça. Été comme hiver. Tu ne l’avais jamais vu ? Il est pourtant connu comme le loup blanc à Amsterdam !

— Ouais, il habite dans mon quartier, je le vois assez souvent le matin quand il part au boulot.

— C’est vrai que c’est un bon patineur !

La réaction blasée des copines me fait songer à une autre anecdote de la même décennie.

Elfstedentocht. Le tour des onze villes. Une course de patin à glace, près de 200 kilomètres, avec quelques 20 000 participants. Qui est aussi une gigantesque fête, 800 concerts en 1997, avec des centaines d’hectolitres de vin chaud. La télé néerlandaise retransmet et la course et la fête. C’est ainsi que je vois un gars patiner deux minutes sur le canal bordé de milliers de spectateurs. Vêtu de ses patins et d’un petit bonnet rouge. La télé filme, non parce qu’il est à poil — si ça ne choque pas grand monde, ça fait bien rigoler — mais parce qu’il fait moins douze sous abri et moins vingt degrés dans le vent comme le précise le journaliste.

On a cette sempiternelle discussion vestimentaire sur le fichu foulard “islamique”. Si on laissait à chacun la liberté de s’habiller et de vivre comme il l’entend ? Même si des vêtements ou des accessoires ne conviennent pas à tes goûts ou tes idées. Même si l’excentricité ravale feu Hara Kiri au rang de publication édifiante disponible dans toutes les bonnes sacristies. Même si le radicalisme vestimentaire te semble un chouïa extraterrestre. Même si tu n’as aucun goût pour telle ou telle chapelle.

Au fond, est-il si grave de porter un maillot de bain fluo dans une rue où il gèle ? De patiner valseuses à l’air pour faire rigoler des milliers de spectateurs emmitouflés ou pour tenir un pari avec des copains ? De porter un chapeau avec une mantille cachant le visage comme en raffolait ma grand-mère ? De porter une jupe longue ou un sarouel, un foulard “islamique” ou un couvre-chef qui ressemble à une toile de tente ?

Causer chiffons ! « Trop couvertes, ce sont des extrémistes, pas assez, des perturbatrices endocriniennes. »

Causer chiffons ! Tu penses qu’il n’y a pas de question plus importante par les temps qui courent ? Si on foutait la paix aux gens sans tenter de faire disparaître le sel de l’humanité ? Sans gommer nos différences ? Si on se décidait à laisser chacun vivre selon son entendement ? Même dans le délire d’une folie, d’une fête ou d’une vision austère.

Regarde ma fidèle collaboratrice (photo). Confiante et décontractée tandis que je tape sur le clavier. C’est ainsi que nous pourrions vivre tous ensemble.


« Non, les braves gens n’aiment pas que / L’on suive une autre route qu’eux » Georges Brassens chante La Mauvaise réputation.

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Un citoyen ordinaire à la rencontre des personnes cabossées par la vie.