Accueil des migrants : une déplaisante guerre intestine à gauche

Accueil des migrants : une déplaisante guerre intestine à gauche

La guerre intestine que se livrent les différentes factions de gauche à propos de l’accueil des migrants a quelque chose de fort déplacée compte tenu de la tragédie vécue par ces derniers.

Il suffit de parcourir le texte de la pétition en cours  « pour l’accueil des migrants » pour comprendre  la récupération politicienne assez déplaisante qu’en font les signataires.

Premier paragraphe :

« Partout en Europe, l’extrême droite progresse. La passion de l’égalité est supplantée par l’obsession de l’identité. La peur de ne plus être chez soi l’emporte sur la possibilité de vivre ensemble. L’ordre et l’autorité écrasent la responsabilité et le partage. Le chacun pour soi prime sur l’esprit public. »

Dernier paragraphe :

« Nous ne ferons pas à l’extrême droite le cadeau de laisser croire qu’elle pose de bonnes questions. Nous rejetons ses questions, en même temps que ses réponses. »

Vous pouvez lire tout le reste du texte débité entre ces deux paragraphes, vous n’y trouverez aucune allusion directe, aucun signe de compassion pour les réfugiés eux-mêmes. La seule préoccupation des signataires, répétée au fil des paragraphes intermédiaires, semble être de faire la nique à l’extrême-droite, à la « financiarisation », à « la ronde des marchandises », au « règne illimité de la concurrence et de la gouvernance », à « la mondialisation telle qu’elle se fait, les capitaux et les marchandises »… et à « une partie de la gauche » (suivez mon regard).

L’urgence d’une politique d’accueil

Mais la France insoumise, visée en filigrane par le texte de “l’autre gauche” si bien pensante, n’est pas non plus exempte de tout reproche. Le mot d’ordre appliqué par ses représentants, outre le leitmotiv obligé sur l’impérieux devoir qu’il y a à « accueillir tous les migrants », est qu’il faut s’employer à créer les conditions pour qu’ils ne partent pas de chez eux.

Un peu trop tard, en l’occurrence ! Les guerres dévastatrices de l’Occident, les ravages économiques de l’impérialisme des pays riches, le désastre climatique qui s’ensuit, ont déjà commis leurs œuvres destructrices. Et quand des naufragés se noient sous vos yeux, vous leur portez secours, vous veillez à ce qu’ils soient réconfortés, à ce que leur nombre ne mette pas en péril votre navire et ses autres passagers, vous ne foncez pas vérifier les conditions de sécurité sur l’épave d’où ils sont tombés.

Or, dans les deux camps rivaux de gauche, rien sur l’absence totale de politique d’accueil indispensable de ces réfugiés, rien sur les mesures à adopter pour les insérer au mieux dans l’urgence, faute de quoi les milieux les plus précaires de la société, effrayés par cette “libre-concurrence” de la pauvreté, se réfugieront dans les bras de mouvements xénophobes régressifs. Ce qu’a très bien vu, soit dit en passant, Sahra Wagenknecht pour son mouvement Aufstehen, et que souligne Théophile Kouamouo dans la dernière émission d’Aude Lancelin, Vraiment politique.

Un petit passage hautement significatif du manifeste de “l’autre gauche”, achève de consacrer la gêne suscitée par cette lutte intestine complètement hors de propos :

« Nous, intellectuels, créateurs, militants associatifs, syndicalistes et citoyens avant tout, affirmons que nous ne courberons pas la tête. »

Eux, rien qu’eux. La seule chose qui semble leur importer, c’est de montrer que leurs têtes à eux, « intellectuels, créateurs, militants associatifs, syndicalistes », ne se courberont pas. Rien sur les ouvriers, rien sur les chômeurs, rien sur les précaires dont aucun ne figure sur leur liste. Rien non plus, vraiment, sur les sort tragique des migrants.

=> À voir également sur le même sujet, l’émission d’Aude Lancelin sur Le Média, Vraiment politique (qui révèle d’ailleurs bien plus la confusion de la gauche – des gauches – qu’elle ne la dissipe).

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Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.