Du 27 mai 68 aux 22 mars 2018 : éviter à tout prix le syndrome Charléty

Du 27 mai 68 aux 22 mars 2018 : éviter à tout prix le syndrome Charléty

Comme l’explique Frédéric Lordon, le 22 mars 2018 pourrait-être « l’occasion » d’une déflagration sociale et politique subversive. À condition que ne se reproduise pas le syndrome Charléty du 27 mai 68.

Petit récapitulatif historique pour les plus jeunes :

  • Les événements de Mai 68 éclatèrent spontanément début mai après des escarmouches entamées dès le 22 mars 1968. De début mai au 13 mai, les étudiants menèrent seuls le bal. Le 13 mai, les ouvriers, un peu à la bourre sur le coup mais bien décidés, entrèrent dans la danse par un jour de grève générale symbolique. Mais à la surprise générale, et surtout à celle des responsables syndicaux, le mouvement dérapa et ne fit que s’étendre. Grèves et occupations d’usines sauvages se multiplièrent.
  • Le 27 mai 1968, fort des accords historiques de Grenelle (augmentation de 35 % du SMIG et de 10 % en moyenne des salaires réels…), les responsables politiques de gauche (Mendès-France, Mitterrand, dirigeants PCF) et syndicaux (CFDT, CGT, FEN, UNEF…) crurent bon de se réunir au stade Charléty à Paris pour tenter de reprendre le contrôle d’une situation qui leur échappait. Ils n’y parvinrent pas sur le coup, la base rejetant les accords et poursuivant sa fronde. Il faudra la dissolution de l’Assemblée nationale par De Gaulle et des élections législatives anticipées en juin pour qu’une majorité transie de trouille vienne à bout des émeutiers.

22 mars, date ô combien symbolique

Après-demain, le 22 mars 2018 – date ô combien symbolique ! – des manifestations vont éclater aux quatre coins de la France avec pour prétexte principal la remise en cause par ordonnances du statut des cheminots.

Le mouvement, écrit Lordon, dépasse largement le cadre du statut des cheminots qui n’est que « l’occasion » d’une colère bien plus généralisée :

« C’est bien simple : ça craque d’absolument partout. Ehpad, hôpitaux, postiers, inspecteurs du travail, retraités, paysans, profs, étudiants, fonctionnaires bientôt, et surtout l’immense iceberg des salariés brutalisés du privé, dont la pointe a été sortie des eaux glacées par le désormais mémorable Cash Investigation spécial Lidl&Free – et le tout, c’est là l’esthétique particulière de l’époque, pendant que les plus riches sont invités à se goinfrer dans des proportions sans précédent sur le dos de tous ceux-là ! »

Le 22 mars 2018 sera-t-il ce fameux déclic tant attendu où les masses exaspérées débordent enfin « l’offensive générale » des forces réactionnaires conduite par le régime Macron ? Pas impossible, mais à condition d’éviter le syndrome Charléty.

Car vous pouvez être sûrs, absolument sûrs que les directions syndicales ouvrières ou étudiantes feront tout, absolument tout, pour éviter de se laisser déborder par la colère de leurs bases et pour tenter de sauver l’ordre établi qui les protège, aussi exécrable fût-il.

=> Lire aussi : Ordonnances SNCF : l’occasion, par Frédéric Lordon
=> Photo : Gilles Caron

Partager ce billet

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.