Le Grand jeu : histoires de lignes rouges

Si certaines “lignes rouges” surmédiatisées sont devenues proverbiales dans le conflit syrien, il en existe d’autres moins ébruitées, dont la portée géopolitique est pourtant autrement plus importante. C’est dans cette catégorie qu’entre les sommations répétées, en vain, de Bibi la terreur.

Lorsqu’un cessez-le-feu dans le sud-ouest de la Syrie a été trouvé lors de la rencontre Poutine-Trump, Tel Aviv a très vite senti le danger et s’est opposé vocalement, à plusieurs reprises, à ce << très mauvais accord >>. Mais aussi à la présence de la police militaire russe, car il sera désormais bien plus difficile pour ne pas dire impossible d’envoyer ses avions dans la zone. En filigrane, la ligne rouge de Nétanyahou : pas de présence iranienne ou hezbollahie près du Golan, présence sur laquelle Moscou, allié des deux bêtes noires d’Israël, serait susceptible de fermer l’œil.

Pour ce faire, l’État hébreu n’a pas hésité à soutenir pendant des années à sa frontière rebelles “modérés” et moins modérés, dont Al Qaeda et Daech. Cela a été documenté par ce site et d’autres à de multiples reprises et même par la presse israélienne. Le but : repousser le plus loin possible l’axe chiite et créer une large zone tampon occupée par des djihadistes sunnites plus malléables. Et pourquoi pas, à terme, une sorte d’annexion larvée sécurisant le plateau du Golan et repoussant un peu plus loin les limites du Eretz Israël.

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Game over, Bibi !

Les Russes ont commencé à se déployer dans les zones de désescalade en question — régions de Deraa, Qouneitra et Soueida — donc quasiment à la frontière. Moscou a maintenant les clés du sud-ouest syrien, la ligne rouge est restée en plan et la presse israélienne crie à l’abandon américain. Un vrai mur de lamentations.

Le toujours excellent et facétieux M.K. Bhadrakumar ne peut s’empêcher de dresser le parallèle avec un autre fameux coup de menton, qui lui aussi s’est terminé en eaux de boudin : le dossier nucléaire iranien. Hystérisation, menaces d’interventions et, au final, un autre flop retentissant. Bibi l’incompris…

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=> Source : Le Grand jeu

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<p>L’observateur des soubresauts géopolitiques au Moyen-Orient</p>