Réfugiés à Calais : « C’est comme vivre en enfer »

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Bidons d’eau gazés par la police

Le rapport de Human Rights Watch est sous-titré « Abus policiers à Calais contre les migrants enfants et adultes ». Tu n’y trouveras pas plus de « Fuck Macron ! » dans la version anglaise que de « Collomb l’enculé » ou bien de « sous-préfet nazi » dans la version en français. C’est du travail d’organisation internationale. Irréprochable.

Mais on est glacé à chaque page. En lisant ce rapport on songe à Victor Martin, sociologue belge, qui s’est rendu en Allemagne en février 1943. Pour enquêter secrètement sur ce que devenaient les Juifs qui partaient par trains entiers. Son voyage l’a conduit jusqu’à Birkenau et Auschwitz. En février 1943 ! Eh bien à Calais on est dans la même dimension inhumaine. Dans la même difficulté à croire ce que l’on voit. Dans le même déni de la part des autorités. Dans leur même absence d’état d’âme.

Les auteurs ont fait un résumé qui débute ce rapport si les quarante-sept pages de « C’est comme vivre en enfer » te découragent. Pour ma part je te propose des citations d’exilés.

« Depuis qu’ils ont rasé [le camp de Calais] l’an dernier, il n’y a nulle part où dormir ou manger. C’est comme vivre en enfer. » (Yeakob S, Éthiopie, 29 ans)

« Quand les policiers me trouvent, ils m’aspergent de gaz. Ils prennent ma couverture. Parfois ils prennent mes chaussures. Parfois ils prennent mes vêtements. J’essaie de ne jamais dormir au même endroit. » (Negasu M, Oromo, 14 ans)

«Les policiers sont arrivés. Ils nous ont aspergé le visage, les cheveux, les yeux, les vêtements, le sac de couchage, la nourriture. Il y avait beaucoup de gens endormis. La police a tout recouvert de gaz poivre.» (Moti W, Oromo, 17 ans)

« Les aspersions ont lieu presque chaque nuit. Les policiers s’approchent de nous pendant que nous dormons et nous aspergent de gaz. Ils le pulvérisent sur tout notre visage, dans nos yeux. » (Nebay T, Erythrée, 17 ans)

« Il y a deux jours, je marchais sur la route. Des policiers sont passés et ont utilisé leurs sprays. C’était le soir, peu après 20 heures. […] Ils ont ouvert la fenêtre [de leur voiture], et ils m’ont aspergée. » (Layla A, 18 ans)

« Ils nous ont aspergé depuis la camionnette. Ils n’ont pas dit un mot. Ils ont juste sorti les sprays. » (Biniam T, Éthiopie, 17 ans)

« Vous pleurez. Vous avez très chaud au visage. Votre gorge est contractée. Vous ne pouvez plus respirer. » (Abel G, 16 ans)

« Vous êtes désorienté. C’est comme si vous ne saviez plus rien. Vous n’arrivez pas à réfléchir. Vous ne voyez plus rien. Vous ne vous rappelez plus de rien. Vous avez le sentiment qu’il vaudrait peut-être mieux vous tuer. » (Demiska N, 15 ans)

Un autre extrait éclairant du rapport :

« […] Human Rights Watch a constaté que les policiers à Calais, en particulier les Compagnies républicaines de sécurité (CRS), font un usage courant de gaz poivre sur des migrants, enfants et adultes, alors qu’ils sont endormis, ou dans d’autres situations où ils ne présentent aucune menace ; qu’ils aspergent de ce gaz ou confisquent des sacs de couchage, des couvertures et des vêtements ; et que parfois, ils pulvérisent du gaz sur la nourriture et l’eau des migrants. Les policiers perturbent également la délivrance d’assistance humanitaire. Les abus policiers ont un impact négatif sur l’accès aux services de protection de l’enfance et sur la volonté de migrants et leur capacité de déposer une demande d’asile. […] »

Un rapport pour rien ? Pas si sûr. Gabriel Ash écrivait naguère : « C’est un cliché de journaliste que de souligner le caractère futile de lancer des pierres contre des tanks. Faux. Il est certain qu’il s’agit là d’un acte symbolique, mais pas futile. Il faut beaucoup de courage pour affronter un monstre d’acier de soixante tonnes avec des pierres. L’impuissance du lanceur de pierres à arrêter le tank ne fait que souligner l’impuissance du tank à faire ce qu’il est censé faire : terroriser la population. »

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Un citoyen ordinaire à la rencontre des personnes cabossées par la vie.