Le Grand jeu : le dragon arrive dans la Baltique

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Dans ce qui peut être vu comme un évident pied de nez à l’empire américano-otanien, les marines russe et chinoise commencent aujourd’hui des exercices navals communs en mer Baltique. C’est la première fois que Pékin envoie sa flotte dans la zone et c’est tout sauf un hasard.

Un expert militaire russe nous en donne un intéressant éclairage :

« Depuis 2015, les exercices russo-chinois s’approchent de plus en plus des “points chauds” potentiels aux frontières des deux pays. Ce processus se déroule parallèlement à l’augmentation de la présence militaire des alliés européens des États-Unis en Asie […]. L’ingérence européenne dans des litiges à l’autre bout du monde serait loin de plaire à la Chine qui a décidé d’envoyer ses navires en mer Baltique.

Les deux pays soulignent le caractère humanitaire et antiterroriste des manœuvres, mais on sait que lors des exercices Joint Sea précédents, les marins des deux pays se sont entraînés à mener une guerre locale, notamment à parer des attaques aériennes, à combattre les sous-marins et à utiliser des missiles anti-navires. »

De fait, la deuxième partie des manœuvres, d’une plus grande envergure, se déroulera dans les mers du Japon et d’Okhotsk en septembre prochain tandis que celles de l’année dernière avaient eu lieu en mer de Chine méridionale, autre point chaud s’il en est. À cette occasion, l’agence officielle Chine Nouvelle s’était d’ailleurs amusée des réactions occidentales : « Il est possible que les liens militaires de plus en plus étroits entre la Russie et la Chine agissent sur les nerfs de certains. » En 2015, les deux flottes s’étaient retrouvées dans le port russe de Novorossiïsk sur la mer Noire pour aller ensuite manœuvrer en Méditerranée.

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On le voit, toutes les zones de friction entre l’empire maritime US et le duopole continental sino-russe sont concernées. Poutine vient d’ailleurs de parapher la nouvelle doctrine navale russe, en vigueur jusqu’en 2030 et qui, pour la première fois, range explicitement dans le champ des menaces << l’intention de plusieurs pays, particulièrement les États-Unis et leurs alliés, de vouloir dominer les océans du monde >>. Ambiance, ambiance…

Dans les mers de Chine, méridionale et orientale, les accalmies alternent avec les brusques flambées de tension. En filigrane évidemment, la volonté du Heartland eurasien de s’ouvrir les portes de l’océan-monde et, au contraire, la tentative américaine d’encercler et contenir l’Eurasie.

Pékin commence à établir un énorme système de surveillance sous-marin dans les deux mers conflictuelles qui, sous couvert de raisons difficilement discutables (environnement, pêche, alerte au tsunami), comportera évidemment une facette plus secrète (renseignements, surveillance militaire). Dans l’inextricable dispute de la mer de Chine méridionale — où pas moins de six pays ont des revendications croisées –, le dragon a tranché le nœud gordien des Spratley.

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Les îlots inhabités voient pousser comme des champignons pistes d’atterrissage, stations radars et silos à missiles, et Duterte, le sémillant président philippin plus ou moins passé dans le camp sino-russe, n’y trouve apparemment rien à redire.

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À 10 000 kilomètres de là, la Baltique voit se succéder depuis des années provocations et autres joyeusetés entre l’OTAN et l’ours : interceptions d’avions, survols acrobatiques de navires…

Dans ce contexte, les exercices sino-russes sont évidemment porteurs de message :

« En envoyant ses destroyers lanceurs de missiles téléguidés les plus avancés, la Chine exprime sa sincérité envers la Russie et envoie un signal à d’autres pays qui nous provoquent. »

Les vassaux européens de Washington y ont répondu comme à leur habitude, par des coups de menton médiatiques, à l’instar de leur réaction infantile lors du passage de l’armada russe en route vers la Syrie il y a quelques temps — on se rappelle les Britanniques affirmant sans rire encadrer la << flotte de Poutine >> et << ne pas lui laisser un millimètre >>.

De même, les navires chinois ont été << escortés >> par les marines anglaise, néerlandaise et danoise (Copenhague avait sans doute peur d’être attaquée…) Petit couac dans la communication tout de même, la Royal Navy a envoyé une croulante frégate presque aussi défraîchie que la vénérable reine d’Angleterre. Le contraste avec ce que la Chine produit maintenant était saisissant. Le monde d’hier et de demain en quelque sorte…

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=> Source : Le Grand jeu

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<p>L’observateur des soubresauts géopolitiques au Moyen-Orient</p>