Démission du général de Villiers : début d’une grave crise de régime

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La démission du général Pierre de Villiers, chef d’État-major des Armées, ce mercredi 19 janvier, sans même attendre la date de sa convocation par l’Élysée le 21, ne constitue pas seulement un précédent dans toute l’histoire de la 5e République, elle illustre une nouvelle étape décisive dans la descente aux enfers d’un système constitutionnel en fin de vie.

Résumé des épisodes précédents :

  • la présidentielle 2017 s’est déroulée au détriment de toutes les règles démocratiques minimales, avec un candidat littéralement créé, porté et imposé par une vieille élite politico-mediatico-financière aux abois ;
     
  • l’élection d’un président complètement déligitimé a fait exploser les deux vieux partis institutionnels qui se partageaient jusqu’alors le pouvoir en alternance, obligeant les rescapés “républicains” et “socialistes, soit à se réfugier au sein de la coalition de fortune macronienne, soit à croupir sur leurs barcasses naufragées.
     
  • les législatives de juin ont été boycottées par plus de 55% des citoyens français, avec une “majorité” élue par toute juste 15% des électeurs inscrits.

Et voilà que le chef d’État-major des Armées claque la porte au nez d’un “président” à peine deux mois après l’intronisation de ce dernier. L’évènement est d’une gravité telle qu’elle fait passer notre pays d’une simple crise politique à une véritable crise de régime.

Quand la Grande muette ouvre sa gueule

Après avoir lâché son cinglant << je ne me laisserai pas baiser comme ça >> en constatant la baisse drastique du budget de la Défense, le général de Villiers ne s’est pas privé d’enfoncer le clou en justifiant en termes sans équivoques les raisons de sa démission :

<< Dans les circonstances actuelles, je considère ne plus être en mesure d’assurer la pérennité du modèle d’armée auquel je crois pour garantir la protection de la France et des Français, aujourd’hui et demain, et soutenir les ambitions de notre pays. >>

Pire, au sein de la Grande muette d’autres voix ont déjà osé s’élever pour soutenir les propos mutins du général de Villiers. Ainsi, le général Vincent Desportes, parlant de << plus haute crise politico-militaire en France depuis le putsch des généraux [contre De Gaulle] en 1961 >>, n’hésite pas à prendre la défense de son confrère :

<< Il a raison de défendre ses moyens et de démissionner. Son rôle est d’assurer la défense des Français. Le président Macron n’a pas tenu ses engagements. >>

Les réactions des personnels de l’État-major des Armées lors du départ de leur chef furent à l’avenant :

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Un double aveu de faiblesse

Pas sûr que notre nouveau président par défaut et son équipe de branleurs parlementaires aient la carrure d’un de Gaulle pour résister à une tentative de putsch, ne fût-elle encore que verbale. Car en forçant le général de Villiers à démissionner, Emmanuel Macron fait un double aveu de faiblesse : ce n’est pas par volonté ni souci d’efficacité qu’il baisse le budget des armées de quelques 850 millions d’euros, mais pour se soumettre aux exigences budgétaires de Bruxelles.

Dans son dernier billet, Jacques Sapir rappelle le vieil adage romain qui veut que << les armes [militaires] ne cèdent à la toge [impériale] qu’à la condition que cette dernière soit digne >> :

<< Ce que le général de Villiers appelle la confiance n’est rien d’autre que la légitimité, un principe sans lequel il n’y a plus de démocratie. S’il [Macron] manquait à le faire, il ouvrirait de fait une période de grande incertitude quant au fonctionnement des institutions, y compris le mandat présidentiel qui pourrait, dès lors, s’en trouver abrégé. >>

De là à souhaiter un coup d’État militaire, n’exagérons pas ! Mais, avec des trous du cul au pouvoir, toutes les pires extrémités deviennent hélas envisageables.

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<p>Un “voyageur à domicile” en quête du monde d’après.</p>