Attention école fragile ! Attention campagne fragile !

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Il est instituteur dans une petite commune perdue dans la campagne. Il me raconte l’inquiétude pour son école et pour la commune où il vit.

Les sols sont pauvres. Alors les fermes, bien qu’elles couvrent de grandes surfaces, ne génèrent que de maigres revenus. L’agriculture semi-extensive nourrit mal son homme.

L’emploi salarié est éparpillé entre de toutes petites entreprises. Une dizaine de personnes seulement pour le plus gros employeur de sa commune.

— L’école est en danger. Il suffirait que trois élèves partent pour que l’Académie supprime une de nos deux classes. Cela veut dire qu’un seul artisan qui ferme les portes peut mettre l’école en péril. Nous nous plaisons bien ici et nous aimerions rester. Mais nous partirons si l’un de nous deux doit aller enseigner ailleurs.

Je ne te l’ai pas encore dit mais c’est sa compagne qui est l’autre instit de l’école…

— Il y a encore un aspect qui montre à quel point l’équilibre est fragile. Si nous partons, évidemment, nos enfants suivent. Et zou ! Encore deux petiots de moins à l’école… Cela veut dire que la dernière classe risque aussi de sauter dans la foulée. Il est fort probable en effet qu’on nous colle un regroupement pédagogique intercommunal. Un bus va trimballer les derniers gosses. Et comme les distances sont grandes à cause de la faible densité de population, les écoliers vont se taper des heures et des heures de transport…

Madame l’instit a passé son enfance dans le bus pour aller à l’école. Et on ne peut pas dire qu’elle soit vraiment enthousiasmée par ce souvenir…

On comprend bien que chaque année qui passe est un sursis avant la condamnation à mort. Mais notre instit, lui, que propose-t-il pour enrayer ce qui semble inéluctable ?

— La solution ? Je n’en vois pas s’il n’y a pas de volonté politique. Dans notre commune on dispose d’au moins trente à cinquante maisons vides qui seraient habitables à peu de frais. Et il y en a sans doute plus du double qui demanderaient un peu d’investissement pour être réhabilitées. Si nous avions des emplois à proposer, sûr que des gens seraient heureux de venir chez nous. Mais les emplois partent à l’autre bout de la planète où on paie les gens avec le dos de la cuillère. Ce n’est qu’une question de volonté politique…

Comment, en partant de la fragilité de son école, l’instit en vient à parler de toute une société.


« Mes ancêtres ont connu la trique et puis la guerre / Moi, c’est à coups de statistiques que l’on m’enterre. » Frédéric Bobin chante « Singapour ».

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L'observateur des soubresauts géopolitiques au Moyen-Orient