« Mais prenez-les chez vous ! » Monument en l’honneur de Cédric Herrou

« Mais prenez-les chez vous ! » Monument en l’honneur de Cédric Herrou

Note du Yéti : ces salopards ont osé condamner Cédric Herrou à 4 mois de prison avec sursis pour aide à des réfugiés ! Du coup, je réédite le billet du Partageux consacré à cet agriculteur résistant de la vallée de la Roya.


Les valeureux de notre temps. Ceux que nos petits-enfants honoreront en gravant leurs noms sur les monuments du futur. #3 Cédric Herrou.

Une Espagnole témoigne qu’en 1939 il y avait près d’elle une femme avec son bébé dans le camp d’indésirables sur la plage. Le bébé pleurait tout le temps de faim et de froid. La jeune mère recouvrait son bébé de sable jusqu’à la tête pour qu’il ait moins froid. Et puis le bébé est mort. Et notre témoin, enceinte jusqu’aux yeux, de dire qu’elle était terrorisée à la perspective d’accoucher sur la plage.

Elisabeth Eidenbenz est passée dans ce camp gardé par les gendarmes français. Et Elisabeth a conduit notre Espagnole à la maternité suisse d’Elne. Où elle a mangé à sa faim, dormi au chaud dans un lit avec des draps propres et donné naissance dans des conditions qui lui auraient paru un luxe inimaginable quand elle vivait sur la plage à barbelés.

C’est à cette histoire lumineuse, relevée sur les panneaux d’une exposition consacrée à Elisabeth Eidenbenz et à sa maternité suisse d’Elne, que l’on songe en lisant tous les faits et gestes de Cédric Herrou.

L’un des nombreux habitants de la vallée de la Roya engagés auprès des réfugiés a pris à la lettre le conseil de tous ceux qui nous disent : « Mais prenez-les chez vous ! » Cédric Herrou a transporté des réfugiés. Il a nourri des réfugiés. Il a hébergé des réfugiés. Et puis sa maison est devenue vraiment trop petite.

Alors, avec les voisins, les copains, les hommes et les femmes de bonne volonté, les associations des Alpes maritimes et Médecins du monde et Amnesty international et la Ligue des droits de l’homme, ils ont squatté une colonie de vacances désaffectée. Cinquante-huit réfugiés y ont pris place le premier soir. Le but était de mettre les pouvoirs publics en demeure de s’occuper des réfugiés au lieu de les pourchasser.

En effet, ne l’oublions pas, c’est aux pouvoirs publics de protéger les êtres humains fragiles ou en danger. Les associations caritatives ou les initiatives privées ne font que suppléer la carence des pouvoirs publics.

Cédric l’agriculteur a passé plus de cinquante heures en garde à vue. Voiture, permis de conduire et téléphone confisqués. Il risque cinq ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende pour « aide au séjour irrégulier ». Ciotti, président du département, et Estrosi, président de la région, condamnent ceux qui ont ouvert chez eux les nouveaux Restos-hôtels du cœur. Mais les politiciens sont désavoués par les habitants de la vallée de la Roya.

« Quand vous voyez qu’ils sont affamés et dans quelles conditions ils vivent, comment voulez-vous arrêter d’essayer de faire quelque chose ? » demande Roger, un habitant de Breil-sur-Roya qui distribue en cachette de la nourriture malgré l’interdiction officielle.

« Depuis deux, trois semaines, de plus en plus d’habitants entrent en contact avec nous, proposent leur aide. Ils ne sont pas du tout militants, mais sont très choqués de voir ces gens dehors, dans le froid, et d’apprendre qu’en les aidant, on est criminalisé. »

Et les militants stupéfaits de dire que des habitants, dont on n’aurait jamais imaginé ça, leur apprennent qu’ils hébergent chez eux des réfugiés. En cachette de la maréchaussée. L’amour, c’est contagieux, et Cédric a inoculé sa belle maladie à toute une vallée. Il passera en justice le 4 janvier au tribunal de grande instance de Nice.

Un jour viendra où Cédric Herrou, comme Elisabeth Eidenbenz, sera très officiellement honoré pour son humanité.

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Un citoyen ordinaire à la rencontre des personnes cabossées par la vie.