2009 : SOMBRES PERSPECTIVES

”« Nous entrons dans une période difficile qui peut durer un an. »” C’est le dernier leitmotiv à la mode de nos “prévisionnistes” en cour. Il n’y a pas si longtemps, les mêmes annonçaient que la crise était déjà derrière nous. Juste avant, ils déclaraient que la France était à l’abri du cataclysme général. Et en tout début d’année 2008, ils rigolaient ouvertement quand on les alertait sur l’imminence du cataclysme planétaire en vue. Aujourd’hui, en désespoir de cause, ils cherchent à le circonscrire à une petite année. Nul ne sait combien de temps durera la crise en question, mais au train où vont les choses, il serait étonnant qu’elle se limite aux douze prochains mois de 2009.

La situation à fin 2008 est proprement catastrophique. Le pilier financier n’est plus qu’une ruine inopérante. Les milliards de milliards entièrement “inventés” sur le pouce par les pouvoirs publics pour qu’il ne s’écroule pas purement et simplement, n’ont fait que le figer dans un état de profond délabrement. Reculer pour mieux sauter… Les piliers de l’économie réelle commencent eux aussi à s’effondrer les uns après les autres. Les deux plus importants, l’immobilier et l’automobile, sont à l’agonie. Selon des sources notariales sûres, les transactions immobilières se sont contractées de 50 à 70% en septembre et octobre 2008. Et de l’aveu même de nos dirigeants, un million de véhicules neufs végètent dans les parkings des constructeurs français. Le tourisme est également salement touché. Quoiqu’en fanfaronnent nos ministres, le démantèlement de nos services publics, comme l’éducation ou la santé, ne résulte pas d’un projet politique, mais consacre un peu plus la faillite de l’État. Un cadre de la Caisse des dépôts et consignations confiait récemment à un ami, après une nuit blanche, qu’on ne pouvait imaginer à ”« quel point nous en sommes parvenus »”. Il ne faut pas être grand clerc pour anticiper l’enchaînement dramatique qui va suivre dès le début de l’année 2009 : PMI, mais aussi très grandes entreprises au bord du précipice paralysées par le tarissement des liquidités et par l’atonie de la consommation. Commerces contraints de baisser rideau. Collectivités locales exsangues… Tout ceci ne relève hélas pas de la divination, mais du constat dès à présent vérifiable. D’ici la mi-2009, nous avons tout lieu de craindre que l’économie réelle n’ait largement touché le fond. Avec l’inévitable explosion du chômage déjà si sensible et les défaillances d’entreprises individuelles, 2009 sera surtout le moment critique d’une crise sociale majeure, sans précédent depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. Les tensions internationales risquent fort d’être exacerbées par la fragilisation des nations émergentes, le délitement tragique des nations laissées-pour-compte, les bouleversements climatiques, et les dérèglements économico-politiques planétaires. Mais le plus grave, ce qui pousse à considérer que la crise actuelle a toute les chances de se poursuivre bien au-delà de fin 2009, c’est la paralysie de nos dirigeants et de ce qui nous reste d’élite. Totalement incapables d’anticiper la montée d’une crise pourtant aisément prévisible, ceux-ci ne parviennent pas à dépasser les schémas d’un système désormais obsolète, qui vient d’imploser, et ne se remettra pas. Après l’échec des politiques de sauvetages financiers, les récentes mesures de relances économiques, promises à grands cris par nos gouvernants, tiennent tout juste de la stérile et impuissante ”« course aux milliards »”, récemment dénoncée par Angela Merkel. C’est si vrai que dans ses dernières prévisions (très alarmistes), l’OCDE n’en tient même pas compte. Relancer la croissance, cette carotte de plus en plus improbable, témoigne d’une asthénie de l’imagination et d’un nette manque de lucidité. Il est trop tard. La machine est déjà par trop grippée, atrophiée. Quelle relance ? pourquoi ? avec qui ? quand des centaines de milliers de personnes sont priés d’être “volontaires” au chômage ? quand les chaînes des usines s’engourdissent en longues périodes de “chômage technique” ? quand des millions de petits propriétaires américains sont presque à la rue faute de pouvoir rembourser leurs crédits ? quand la mer charrie chaque jour son lot de réfugiés exténués, morts ou vifs, sur les côtes de nos pays prétendument prospères ? Ce n’est pas sur le démarreur qu’il faut s’acharner. C’est à un retoquage complet de la machine elle-même qu’il faut procéder. Mais le véritable problème qui se pose aujourd’hui est l’absence d’alternative crédible pour remplacer nos élites défaillantes, vieillissantes, accrochées comme des perdus à leurs magots, à leurs pouvoirs, à leurs vieux schémas dépassés, rejetant tout ce qui pourraient menacer leurs “avantages acquis”, à commencer par le sang frais des élites nouvelles. Ce faisant, nous entrons doucement dans une gravissime période de régression sociale, économique et, je dirais, philosophique puisque les pulsions irrationnelles et mécaniques tiennent désormais lieu de raison. Je ne connais AUCUN exemple, dans l’histoire de l’humanité, où de telles dramatiques impasses se soient résolues en dehors du conflictuel et de l’affrontement. Cette issue devient désormais, hélas, de plus en plus aussi inéluctablement prévisible que la crise financière au début de l’année précédente. Je ne saurais dire quelle figure elle prendra. Révoltes sociales ? révolution émancipatrice ? émeutes de la faim ? explosions extrémistes ? violences totalitaires et obscurantistes ? guerres ? … Mais elle viendra. Je sais aussi que c’est à cette occasion, parfois, qu’éclosent les nouvelles élites. Que c’est dans ces moments difficiles que sont conquises les plus grandes avancées sociales. On se rassure comme on peut, n’est-ce pas ? À quand l’épilogue ? Je l’ignore. Mais 2009 qui s’annonce sera très probablement une année charnière décisive.

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Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.

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