DEMANDEZ LE PROGRAMME !

((/images/pres07.jpg|présidentielles 07|L)) Ben ça y est, on avance ! Réunis en conclave les 14 et 15 octobre 2006 à Nanterre, les collectifs de la gauche sociale* ont travaillé à partir d'[un document programmatique|http://bellaciao.org/fr/IMG/rtf/cequenousvoulonsV06-021006.rtf] plutôt bien ficelé, même si, comme ils le reconnaissent, ça demande encore discussions, précisions, compléments. D’accord, discutons. J’avais justement deux trois petites suggestions à apporter en guise de grain de sel…

_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ Il y a un truc qui me chiffonne. Poser comme principe comme le font nos vaillants programmeurs que le but est de revenir au plein-emploi (chap. 1 du document) est un leurre d’une autre époque. La communauté humaine s’est attachée tout au long de son histoire à produire les richesses et les services nécessaires tout en échappant précisément à la contrainte du travail. C’est l’une des raisons du progrès technique. Et la communauté humaine est parvenue à ses fins. On peut désormais satisfaire les besoins en biens et services de l’ensemble de la communauté humaine en travaillant moins, sans recourir au plein-emploi. Nulle doute qu’il y a beaucoup d’emplois (ou de fonctions) à (re)créer dans bien des domaines (secteur public, notamment). Mais je ne pense pas que cela suffise à assurer le plein-emploi. __Le but de l’activité économique est de satisfaire les besoins de chaque membre de la communauté. Pas de créer des emplois en soi__. La valeur-travail comme modèle de référence, c’est une vieille lune qu’essaient de nous faire avaler ceux qui justement ne bossent pas et encaissent l’oseille. Que le travail soit nécessaire, bien sûr, que l’on rétribue le travail, bien sûr. Mais il est inadmissible qu’une société riche comme la nôtre ne garantisse pas un minimum de confort pour chacun de ses membres, travailleurs ou non. Sur le même sujet de la déculpabilisation des “sans-emploi”, je pense qu’il faut éviter des termes comme “minima sociaux” ou pire, “revenu minimum d’insertion”. Je leur préfère le terme nettement plus valorisant de “revenu citoyen” ou “universel”. Le document-programme des collectifs le fixe à 1200 €. Très bien. _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ Vous me direz (du moins pour les mieux lunés d’entre vous, parce que les autres parleront d’éloge de la paresse en termes fleuris), si il n’y a pas de plein-emploi, que fait-on des vides d’emploi ? Le document des collectifs évoque en son chap. 2, § n° 45, la nécessité de créer de nouveaux services publics. Un peu plus loin, dans une sous-partie intitulée “Développer l’économie sociale et solidaire”, le texte parle de faire appel aux nombreux réseaux à but non lucratif qui se développent aux quatre coins de notre hexagone (sic pour les matheux). En clair, il importe de renforcer les services publics en s’appuyant et en renforçant le tissu associatif. Excellente idée. Or, comme les mères de famille au foyer, les bénévoles qui s’échinent dans les associations ont une fonction sociale essentielle, mais souvent pas de véritables emplois (au sens salarié du terme), ni surtout de revenus suffisants. Il faut donc repenser la notion de travail, l’étendre à celle de fonction sociale. Le problème n’est pas de travailler plus, mais de travailler mieux. __Un programme de gauche sociale doit s’appuyer sur la valeur de la fonction sociale des individus. Des fonctions sociales rétribuée, pas seulement “aidée”, comme il est dit dans le document des collectifs.__. _ _ _ _ _ _ _ _ _ Un dernier mot concernant la partie économique, sans doute la plus faible du document (que ne font-ils appels à des économistes alternatifs comme Michel Husson ou Jean-Marie Harribey ?) Le document évoque de façon très lapidaire la réforme du système bancaire (chap. 1, § n° 7), pourtant essentielle à mes yeux. Ouvrez l’œil autour de vous et dites à qui vous avez le plus souvent affaire sinon à votre banquier. Dans le capitalisme financier qui nous régit, c’est par les banques que tout passe. La réforme des structures bancaires est chose primordiale et, à propos de service public, on gagnerait à s’inspirer du système des micro-crédits qui viennent de valoir à son créateur le prix Nobel de la paix 2006. Quant à l’entreprise privée, autre plaque tournante des détournements de fonds capitalistes, elle est évoquée par une phrase succincte recommandant la suppression des stock-options (§ n° 8). Un peu court. Si l’on parle (§ n° 60) de redonner du pouvoir aux salariés au sein des instances habituelles (CE, comité de groupe…) on n’envisage guère la modification des règles de fonctionnement de l’entreprise privée, notamment au niveau de la circulation des flux comptables pour éviter qu’une grosse partie des richesses financières produites ne soit captée par une minorité “dirigeante”, à son seul profit et à celui des actionnaires. Il ne suffit pas d’interdire les stock-options. Il faut aussi réfléchir à l’indexation des revenus des dirigeants aux résultats de l’entreprise, au plafonnement de ces revenus pour éviter toute dérive d’auto-attribution goinfresque, à réglementer plus strictement la distribution des dividendes, etc. etc. Et puis, il faut peut-être veiller à ne pas limiter l’entreprise à ces pachydermes financiers du CAC 40 et consorts. Prendre soin de distinguer et de se préoccuper des petites entreprises à taille humaine, ces boulangers, plombiers et coiffeurs indispensables à la qualité de notre vie. Et qui se font de plus en plus rares. Le salariat n’est pas tout. _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ Tiens, à propos de qualité de vie, pendant que vous vous coltinez ma petite contribution fastidieuse, je vais aller me faire rissoler une poignée de cèpes à l’ail. Parce que la politique, c’est peut-être la vie, mais la politique sans les omelettes aux cèpes crépitantes et les petits rouges farceurs, c’est glaçant comme un vent du Nord. Bravo et merci à tous ceux qui ont sué sang et eau pour nous pondre le document dont il fut ici question. Bonsoir. _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __Notes__ * Je DÉTESTE la désolante appellation de gauche “antilibérale” !

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Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.

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