QUAND VIENT LA FIN DE L’ÉTÉ …

((/images/chats sauvages.jpg|derniers baisers|L)) Eh ben dis donc, quel été ! Une litanie de drames, de massacres, d’abominations insupportables, de chairs déchiquetées, de fureurs aveugles, de douleurs incoercibles, sur fond d’explosions de bombes à fragmentations et d’averses de roquettes. Et maintenant le ballet grotesque des “forces de la paix” en train de nous mitonner avec enthousiasme (sic) une bonne petite Finul bien neutre, bien équitable. Les Français ne veulent pas y aller ? les Européens rechignent ? Pas grave, les Syriens ou les Iraniens nous donneront bien un coup de main. (Non, je rigole !) C’est vrai qu’il y a moins de risques à chasser l’immigré, l’enfant, le sans-papiers. Oh, la jolie chasse à courre menée à train d’enfer par ceux-là même qui vantent les mérites de la mondialisation sans carcan.

Oh, la belle curée sur nos eaux saumâtres à nous, à bord d’un rafiot de tocards et de braillards, avec un Sarkozy vociférant en capitaine d’opérette à galons et casquette, et la Ségo en figure de proue ânonnant sur le thème de “la récompense de l’effort”. (Z’avez pas remarqué qu’elle a exactement l’intonation de voix d’Arlette Laguillier, le “travailleurs-travailleuses” en moins ?) Je mélange tout, dites-vous ? Mais non, mais non, tout est lié, vous le savez bien. Ceux qui ont appelé, avec la conviction que l’on sait, au cessez-le-feu au Liban, ceux qui nous finalisent une Finul aux petits oignons sans crainte du ridicule, ils sont dans le rafiot guignolesque dont je vous cause. Nom du rafiot : LE MONDE LIBRE. Oh purée ! Et c’est vrai qu’il est “libre”, ce monde, c’est bien ça le pire. Pas un des dirigeants occidentaux qui n’ait été élu par le peuple, ou du moins une majorité d’entre lui. Voilà ce que la sacro-sainte majorité d’entre nous a fait de notre foutue liberté ! Surtout évitez de me parler de manipulation du peuple ! Le peuple, c’est une agglomération d’adultes responsables. Point. Aucune excuse. Et le fait d’être dans la minorité ne me rassure pas plus que ça. Surtout quand on voit avec quel acharnement cette minorité s’acharne à le rester. La préparation des prochaines Présidentielles en est un exemple assez éclatant. Quel naufrage ! On en reste sans voix. Je ne sais pas comment c’est chez vous, mais lors des dîners entre amis, j’ai remarqué qu’on évitait désormais d’aborder les sujets trop sensibles. Trop, c’est trop. On préfère se raccrocher à quelques anecdotes, aux petits riens de notre vie de tous les jours, à des souvenirs de temps révolus dont on essaie de penser qu’ils furent heureux. Tous les ans, mon ami J… vient en vacances dans ma région. Nous nous retrouvons sur la plage pour des discussions à n’en plus finir. Nous faisons les syndicalistes dans la même entreprise. Il est juif, athée. Cette année, J… n’est pas venu dans ma région. En juin, il m’a dit qu’il allait en Israël, avec ses filles qui elles sont croyantes. Il vient d’en revenir. J’appréhende la rentrée, quand nous nous raconterons nos vacances. Pendant l’été, ma fille cadette a fêté ses vingt ans. Belle comme le jour, troublante comme la nuit, elle trône au bras de son nouvel amoureux. Que pensent-ils de notre “monde libre”, de ce fiasco que nous leur laissons en héritage ? Passeront-ils entre les gouttes de cette folie démente qui s’est emparée de la planète ? Oh cocotte, je t’en prie, toi et tes copains, bougez-vous, coulez-nous ces rafiots de médusards, fabriquez-nous en des nouveaux, des navires tout pimpants, tout joyeux avec de jolies cheminées qui font des ronds de fumée… – Oui, oui, papa, d’accord. Mais en attendant, arrête donc de nous seriner ta chanson idiote ! Ah oui, j’oubliais, il y a un air qui me trotte par la tête en ce moment, une scie dont je n’arrive pas à me débarrasser, que je fredonne à tout bout de champ. ”Derniers baisers” est une ritournelle acidulée des années 60, popularisée par les Chats Sauvages, reprise récemment par Laurent Voulzy, et qui passe en boucle sur les ondes. ”Quand vient la fin de l’été, sur la plage”%%% ”Il faut alors se quitter”%%% ”Peut-être pour toujours”%%% ”Oublier cette plage”%%% ”Et nos baisers” Des baisers, vraiment ?

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Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.

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