LE MUSÉE DES CIVILISATIONS

ALLO, ALLO, ICI LONDRES, LES FRANÇAIS PARLENT AUX FRANÇAIS … ((/images/British Museum.jpg|La rotonde du British Museum|L)) Eh oui, je vous parle de Londres où je me suis offert un petit séjour aératif. Je sors tout juste d’une visite au ”British Museum”. Vous connaissez le ”British Museum” ? C’est le musée de TOUTES les civilisations ! À chaque fois que j’y mets les pieds (tous les vingt/vingt-cinq ans environ), je me dis que cette fois, non c’est fini, je ne me laisserai plus ébaubir, hors de question … et paf ! j’en sors étourdi comme après une soirée de griserie au bar du ”Fou de Bassan”.

Le ”British Museum” abrite, sous sa rotonde araignesque, une profusion de ces trésors millénaires que les humains érigent pour ne pas mourir. Fragile ”pierre de Rosette” gravée de trois écritures pattes-de-mouches sorties de la nuit des temps, statues colossales de pharaons égyptiens en marbre immaculé, monumentale frise du Parthénon (piquée sans vergogne par les Anglais, comme la plupart des chefs-d’oeuvre ici présentés$$N’oublions tout de même pas les exactions de notre Napoléon national au profit du Louvre.$$), vestiges grandioses comme le cheval du mausolée d’Halicarnasse ou les taureaux ailés de la cité de Khorsabad (en Irak, chez Saddam !), quantité d’objets précieux en or, argent, lapis-lazuli, grenats, ou même en simple verre fulgurant de beauté comme le vase Portland … Mais quels que soient leurs chefs-d’oeuvre impérissables, les humains ne parviennent toujours pas à ne pas mourir. Que reste-t-il de ceux qui étaient à l’origine de ces splendeurs bouleversantes ? Des momies ! Encore fallait-il qu’ils fussent puissants et non esclaves. Regardez-les, ils sont là, dans les salles 62 et 63, offerts aux regards des visiteurs dans leurs bandelettes épuisées qui épousent au plus près leurs visages, leurs ventres, leurs doigts de pieds si frêles qu’on s’attend à les voir tomber en poussière dans l’instant. Celui-ci n’a même plus de bandelettes. Sa chair noirâtre, tannée par le temps, semble tendue à se rompre sur le squelette presque intact. Se put-il qu’autrefois des mains caressantes glissent sur cette peau ? J’essaie d’en imaginer les frissons. Je n’ai pas lu le nom de ce personnage figé dans sa pose hiératique. J’en ignorerai même le sexe puisque une serviette dérisoire masque encore son entrejambe, plusieurs milliers d’années après. Combien, pour bâtir ces richesses défiant les siècles, fallut-il de souffrances, de guerres, de sacrifices ? L’Histoire qui nous est comptée ici est une histoire d’affrontements sans fin entre les peuples, les civilisations, une histoire de grandeurs et de décadences illustrant l’écartèlement des humains entre leur désir d’absolu et leur terreur de l’éphémère. Regardez la statue lumineuse de Ramsès II : le marbre clair de la tête glorifiant l’esprit jure avec le marbre sombre représentant le corps. La Beauté ne peut-elle naître que de l’effroi, comme ces cathédrales, ces mosquées, ces synagogues enfantées par des croyants fuyant les flaques d’eau de l’existence terrestre pour tenter d’atteindre des éternités illusoires ? Pris de vertige, je suis ressorti à l’air libre, avec ma gazelle et ma loupiote, la petite dernière pour la route qu’on s’était fabriquée en guise de monument à nous. Un vent d’est glacial le disputait à un radieux soleil de fin d’hiver. Les rues bruissaient de bruits et de gens aux couleurs disparates. Londres est devenue une des villes les plus cosmopolites qui soient. Le regard de la loupiote fut attiré par un groupe de collégiens et collégiennes anglais. Leurs rires et leurs pépiements joyeux tranchaient avec leurs uniformes gris, leurs cravates verrouillées, et ces affreux bas de laine sombres qui recouvraient les jambes des filles, sinistres comme des ”burqas” grillagées. Qui allaient gagner, des têtes joyeuses ou des uniformes moroses ? Le vent glacial ne pouvait-il épouser le soleil ? Quand donc les couleurs de la rue allaient-elles se fondre ? Allez viens, ma petite louve, t’affole pas, et surtout offre toujours tes boucles sauvages au vent, ton bout du nez au soleil. Que restera-t-il de nous, plus tard, qui mérite de figurer dans le glorieux ”British Museum” ? Je suis ému, c’est vrai, par ces trésors des temps passés. Mais je le suis tout autant par le château de sable qu’emportent les vagues. Il est temps de rentrer au pays, de rejoindre les volatiles de notre bande. Et de bâtir nos ouvrages grandioses à nous, sans nous préoccuper de savoir s’ils seront passagers ou éternels. ALLO, ALLO, ICI LONDRES, VOICI QUELQUES MESSAGES PERSONNELS : ”LES SANGLOTS LONGS DES VIOLONS DE L’AUTOMNE …”

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Un "voyageur à domicile" en quête du monde d'après.

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