NOIRS DESS(E)INS

Dès que j’ai vu les dessins danois stigmatisant le prophète Mahomet, ma première réaction a été une réaction d’agacement. Pourquoi de telles caricatures ? Dans quel but ? Quelle utilité ? Outre que les dessins en question étaient très mauvais, l’attaque, grossière, me paraissait relever d’une insolence de potache inconscient.

Le problème, c’est que nous sommes en guerre. Une guerre sourde opposant les cyniques fondamentalistes libéraux des puissances du Nord aux exécrables intégristes islamistes gangrenant les contrées pauvres du Sud. (cf. article ”[La Fin d’un monde ?|http://www.yetiblog.org/index.php?2005/11/03/16-la-fin-dun-monde]”). Et le problème d’une guerre, c’est qu’elle exacerbe les passions au point de faire perdre tout sens de discernement, même aux plus mesurés d’entre nous. Celles qui, à la suite de ces caricatures stupides, allaient fleurir de par le monde – et sur nos sites favoris – allaient hélas illustrer cette triste constatation. Nos “barbus” se sont engouffrés dans la brèche que leur ouvraient nos potaches imbéciles. Ce n’était plus l’intégrisme islamique qui était dénoncé, c’était l’islamisme tout court, la religion musulmane dans son entier, une communauté. Même les plus modérés des musulmans se sentaient blessés. On aurait voulu les précipiter dans les bras des obscurantistes sanguinaires qu’on ne s’y serait pas mieux pris. Faut-il s’étonner qu’une Leïla Salem capable en d’autres temps de souhaiter une ”[joyeuse Hannoukka|http://bellaciao.org/fr/article.php3?id_article=21149]” au peuple juif en vienne à stigmatiser aveuglément ”[l’idéologie occidentale|http://bellaciao.org/fr/article.php3?id_article=22880]” ? Je suis pour ma part un athée convaincu. L’idée de puissance divine supérieure m’est totalement étrangère; Dieu n’est à mes yeux qu’une invention un peu puérile des humains pour supporter leur condition d’espèce animale précaire et éphémère. Ou à certains pour asservir leurs ouailles et les autres groupes. Je me battrai bec et ongle contre tous ceux qui prétendraient m’imposer leurs lignes de pensées ou me soumettre. Mais de quel droit procèderais-je à l’inverse ? Et qui n’a dans son entourage des proches croyant en toute bonne foi au Dieu des chrétiens, des juifs ou des musulmans ? L’autre problème qui se pose lorsqu’on allume de tels incendies passionnels, c’est que certains des mieux intentionnés d’entre nous se retrouvent précipités à prendre partie pour l’un des deux camps s’affrontant. “Qui n’est pas avec nous est contre nous, et vice-versa !”, beuglent les suppôts de Bush. Ceux-là peuvent toujours courir ! Ce n’est pas au prétexte qu’ils peuvent nous sembler plus acceptables que les extrêmistes d’en face du fait qu’ils procèdent de la même civilisation, que je rejoindrai leur camp. Je n’oublie pas qu’après avoir pillé des continents entiers du tiers-monde, mis à feu et à sang des contrées un peu trop riches en pétrole à leur goût, ils s’attaquent désormais avec la plus impudente sournoisie à leurs propres populations à grands coups de précarisation, de CPE, de protections sociales rognées… Ni Dieu (musulman ou autres), ni Maître (capitaliste) ! Enfin, les caricatures danoises poseraient, dit-on, le problème de la liberté d’expression. Allons, allons ! Qui menacent la liberté d’expression dans cette affaire ? Les “barbus” aux yeux injectés de sang auraient plutôt tendance à bénir cette stupidité qui risque de les alimenter un peu plus en kamikazes désespérés. Personne ne nie le droit à quiconque de s’exprimer. Mais attention aux mots qui tuent ou qui blessent. Doit-on s’étonner si ceux qui se sentent blessés aient envie, à tort ou à raison, d’aller foutre sur la gueule aux insulteurs ? Qui parmi les vertueux défenseurs de cette liberté d’expression n’a jamais eu la même envie quand un chauffard excité a pris la liberté de l’agonir d’injures au prétexte qu’il le retardait en roulant peinard ? Et ils me font bien rigoler nos soudains valeureux croisés des médias microcosmiques qui en d’autres temps vouèrent aux gémonies les pitreries d’un Dieudonné. Vous, cher(e)s volatiles de ma bande, croyez-vous que la liberté d’expression se décrète ou s’exige ? Cessons de gloser. La liberté d’expression se prend, et c’est tout. Aucun d’entre vous, je le sais, ne s’en privera. Alors continuons à nous servir librement de nos mots pour protéger nos territoires contre les prédateurs de tous bords. Et pour conter fleurette aux voisin(e)s qui le veulent bien.

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Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.

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