UN INTELLECTUEL NIQUE SA MÈRE !

Je n’écoute, ni ne lis plus les médias officiels. Quand d’aventure je les parcours, ce n’est pas pour l’info, mais pour savoir où en est l’adversaire. Pourtant, un titre en bas de la une de Libération (18/11/2005) a accroché mon regard :  »[Nique ta mère !|http://www.liberation.fr/page.php?Article=339243] » L’auteur : Jean Baudrillard, un intellectuel français très intelligent. Je lis les premières lignes :  » »Une société elle-même en voie de désintégration n’a aucune chance de pouvoir intégrer ses immigrés, puisqu’ils sont à la fois le résultat et l’analyseur sauvage de cette désintégration. » »

Intrigué, j’achète le journal et je découvre un article de Jean Baudrillard. Intelligent et clair comme de l’eau de roche. Jean Baudrillard commence fort :  » »Rassurons-nous » (sic) », ce n’est pas le seul modèle français qui s’effondre, c’est le modèle occidental tout entier qui se désintègre, non seulement sous le coup d’une violence externe (celle du terrorisme ou des Africains prenant d’assaut les barbelés de Melilla), mais encore de l’intérieur même. » » Il poursuit :  » »La question sociale de l’immigration n’est qu’une illustration plus visible, plus grossière, de l’exil de l’Européen dans sa propre société. » » Vous vous sentez concernés ? Moi aussi. Non seulement je ne me sens pas intégré à leur fichu modèle, mais je refuse absolument d’y être. Exilé volontaire définitif. Jean Baudrillard relie le problème des banlieues, et plus largement notre situation de crise intérieure, à la  » »fracture mondiale qui continue, sous le signe précisément de la mondialisation, de mettre face à face deux univers irréconciliables. » » Eh oui, les puissances occidentales contre, grosso modo, le reste du monde. Notre éminent intellectuel affirme que notre modèle capitaliste occidental ne peut exister que tant que l’on peut rêver de pouvoir y accéder. Or tout ça est bien terminé. Non seulement le reste du monde ne désire plus accéder à notre modèle, mais voilà qu’il rêve de le détruire. De l’extérieur comme de l’intérieur. Voilà qu’ils détruisent  » »tout ce qu’elle » (la société capitaliste)  »a à offrir de « mieux », les voitures, les écoles, les centres commerciaux, qui sont incendiés et mis à sac. Les maternelles ! Justement tout ce par quoi on aimerait les intégrer, les materner !… « Nique ta mère », c’est au fond leur slogan. » » Et, sans doute le rêve secret de bien des lecteurs de ces lignes : en finir avec la mère maquerelle capitaliste, sans âme, excluante, ennuyeuse à mourir. Tiens, dis-donc, comme en 68. Jean Baudrillard conclut :  » »Rien n’empêchera nos politiciens et nos intellectuels éclairés de considérer ces évènements comme des incidents de parcours sur la voie d’une réconciliation démocratique de toutes les cultures. Tout porte à considérer au contraire que ce sont les phases successives d’une révolte qui n’est pas près de prendre fin. » » Et il termine :  » »J’aurais bien aimé une conclusion un peu plus joyeuse,­ mais laquelle? »  » Donc, lui aussi anticipe la fin obligé d’un cycle. Lui aussi avoue ne pas savoir quels chemins chaotiques nous allons devoir emprunter avant de voir, sait-on, une lumière « joyeuse ».

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Un "voyageur à domicile" en quête du monde d'après.

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