01 janvier 2013
Vœux 2013 : inverser la "stratégie du choc"
par Le Yéti - Le monde et nous

Dans mon petit bilan de l’année 2012, j’avais entrevu quelques raisons d’espérer : l’évolution palpable des mentalités (surtout chez les jeunes), la montée en puissance de nouvelles forces vives (tant politiques qu’intellectuelles). Que nous souhaiter de mieux pour 2013, sinon une poursuite et un enracinement de la “Grande mutation” en cours ?
Que manque-t-il pour achever leur vieux monde malodorant et précipiter l’accouchement collectif du nouveau. Juste un peu d’audace et un effet de choc, au sens où l’entend Naomi Klein, mais en l’inversant.
“La stratégie du choc”, c’est la façon dont les puissants profitent d’un traumatisme brutal (guerres, crises, cataclysmes…) pour enraciner leur pouvoir, détricoter ce qui reste de démocratie réelle, s’emparer d’encore plus de richesses publiques. Comment retourner la tendance ? N’y allons pas par quatre chemins, deux suffisent, uppercut à l’estomac, direct au menton.
1/ Attaquer les points faibles du vieux monde : les banques, les dettes et les idées reçues
Le vieux système de domination qui, comme le rappelait justement Emmanuel Todd dans une interview au Point, permit aux très riches de s’emparer du monde avec la complicité zélée des politiques, est très mal en point. Après cinq ans de crise ininterrompue, les trois fondations sur lesquelles repose son pouvoir se désagrègent à grande vitesse :
- une arme de domination massive de plus en plus lézardée : le système financier et sa façade principale, les banques ;
- une stratégie à bout de souffle : la soumission des populations par la dette tant publique que privée, que plus personne n’est en mesure de rembourser ;
- un bouclier psychologique cousu de fil blanc, avec sa batterie d’idées reçues censées paralyser toute tentative de subversion (ah, les “petits épargnants”, ces innocentes victimes expiatoires toutes désignées !).
Il suffirait d’un rien pour précipiter la chute de ces citadelles vacillantes. Osez les attaquer et vous verrez que la panique changera de camp. On mesura celle que déclencha l’action pourtant bien maladroite de Cantona fin 2010.
Débarrassons-nous une bonne fois pour toute de notre crédulité nunuche. Nous n’avons pas à rembourser l’argent que les très riches ont volé pour nous le reprêter. Régularisons nous-mêmes les banques en élisant nos “good banks” et en boycottant les autres, celles qui ont des filiales dans les paradis fiscaux par exemple, nos “bad banks” à nous.2/ La “Grande mutation”, ça commence dans la tête
Emmanuel Todd juge à juste titre qu’un nouveau monde est aisément possible s’il est soutenu par une élite dirigeante. Il pense à tort, selon moi, qu’il suffit de faire pression sur les vieux pots pour qu’ils corrigent leurs trajectoires imbéciles. D’où sa foi plutôt naïve en un “hollandisme révolutionnaire” [rires].
Pas de nouveau monde possible sans têtes bien faites, d’accord. Mais comme nous l’avons vu dans mon bilan 2012, la relève, connue ou encore méconnue (les jeunes), est désormais en voie de pouvoir être assurée. On ne réforme pas une élite finissante, corrompue à l’os. On la renouvelle.
La “Grande mutation”, ça commence aussi dans la tête de chacun d’entre nous. Construire un nouveau monde ne relève pas seulement de la mécanique de garagiste ou de l’arrivée heureuse du héros providentiel. Mais d’un changement radical et courageux des mentalités.
Un nouveau monde, un vraiment peinard, pas un truc tordu façon “Grand soir”, ne peut s’envisager qu’après élimination des vieilles scies mentales. Non, la croissance exponentielle n’est pas notre seul horizon. Oui, la valeur-travail a du plomb frelaté dans l’aile et c’est tant mieux. Non, les très riches voyous d’en face ne sont pas voués à demeurer éternellement les plus forts.
Le “choc” cher à Naomi Klein sera inversé dès lors que ces paramètres seront intégrés dans nos schémas mentaux et que nous saurons les faire partager. Foin des braillards, des geignards ou des pétochards, il suffirait de si peu de choses. Un simple éclair de clairvoyance, un zeste de malignité et un brin de panache. 2013, année du choc, ce serait bonnard et sacrément punchy, non ?
“La stratégie du choc” (Naomi Klein interviewée par J.P. Lepers)


Commentaires
Dimanche matin encore, je suis retourné dire bonjour à “un autre monde”, vraiment quelque chose de différent, pas loin d’ici, une dizaine de kilomètres. J’ai même épargné deux heures de marche à un des habitants qui y retournait. Le mot pourrait paraître sec (la ZAD), pourtant il recouvre un havre de camaraderie, d’entraide, sur fond de cette boue qui rend si aberrante la transformation du lieu en plate-forme de béton.
Oui, cette année peut grandir ce bourgeon d’une nouvelle ère loin des grands systèmes basés sur l’argent, le mépris et l’exploitation du Monde entier par quelques malades. Bonne année !
Meilleurs voeux à tous.
je plaisante, l’image est parlante.
Des gants de boxe ? Ca fait pas le poids face à un tonfa !
Attention quand même avec Todd, “élite” médiatique s’il en est…
Il suffirait de presque rien, comme le chantait Reggiani ? Je suis pas sûr.
@un passant :
« Un tonfa… attention quand même… je ne suis pas sûr »
Je crois qu’il y a un moment, quand tu es sûr de ton bon droit, et que la situation devient proprement insupportable, tu ne te poses plus de question existentielle, tu ne doutes plus de tout et de tout le monde, tu cognes et c’est tout.
Mais en même temps, tu essaies de rester malin. Tu tapes sur les points faibles de l’adversaire (les banques). Tu ne t’en prends pas bêtement de face à ce qu’il a de plus fort (les tonfa).
Que vaudront leurs tonfa quand leurs banques seront sur la paille ;-) ?
Bonne année 2013 à tous . Ce message de nouvel an est bien venu , Yeti !
Mais excuse mon ignorance , c’est qui les Tonfa ?
Inverser la stratégie du choc, imprimer une marque positive à la grande mutation en cours, un beau programme à amorcer tout de go !
Bonne Année 2013, à ta santé et à celle de ton blog !
Intéressant ce que dit Naomi Klein à propos du New Deal de Roosevelt: c’est bien sous la pression d’une gauche populaire en actes que Roosevelt a pu dire à Wall Street: “Voyez comme ça gagne, il faut un compromis.” Elle présente le New Deal comme un compromis. Et s’il y a eu des acquis, il y a eu aussi, peut-être surtout, un sauvetage de la machine à récompenser les riches, comme on le voit bien quatre-vingts ans plus tard. L’audace apparente de Roosevelt a été de l’eau tiède à coté du feu qui traversait les villes !
@Boluti23 : Hum…le tonfa n’est qu’un bâton, mais utilisé avec dextérité, çà peut faire mal !
@Le Yéti : Sauf que c’est eux qui viendront te chercher !
En plus, je ne sais pas comment faut s’y prendre pour taper sur le système bancaire, sauf à marcher sur ses dirigeants. Et on se retrouve face aux tonfas. En premier, hein, après, au besoin, face à l’armée.
Bonne année 2013 !
Mardi 1er janvier 2013 :
France : 77 % des ouvriers regrettent le Franc.
Lisez cet article :
http://www.ladepeche.fr/article/201…
Que tous nos vœux de cette grande mutation se réalisent !
Des vœux , comme une magie incantatoire , pour que se réalise ce que nous désirons tellement !
Au moins avons nous le courage de dire , sinon le mystère qui accompagne toute chose dans notre si beau monde mortel , du moins la difficulté de notre combat -
Je persiste à dire que la difficulté majeure de cette-dite mutation vient moins d ‘ elle-m^me , que de ce que nous ne pourrons muter le monde comme nous le projetons car certaines classes de populations ont des façons d ‘ être radicalement différentes –
En gros , va te faire voir J.J.Rousseau : il n y a pas d « être universel » mais des êtres foncièrement différents –
Il ne s ‘ agit pas de classes sociales mais de classes de Cultures -
C ‘ est comme çà –
La classe moyenne hollandiste , comme les classes populaires-FN en sont les témoins - Témoins aux ordres des bienfaits du pouvoir -
Dans ces conditions il n ‘ est pas certain qu ‘ un simple petit rien suffise à faire basculer les choses –
Bon – ceci n ‘ entame en rien notre détermination -
Et cette mutation ?
Nous ne savons pas bien ce que nous voulons de cette grande mutation que nous désirons tous –
Nous savons à peu-près ce que nous ne voulons pas –
Nous devinons que nous voulons les m^mes choses , mais le dire est autre chose -
Disons quel bonheur nous voulons –
Disons quels plaisirs nous voulons –
Disons quelles villes nous voulons –
Quelles campagnes nous voulons -
Quelles fêtes nous voulons –
Quelle amitié nous voulons -
Quelle nature nous voulons –
Quel travail nous voulons –
Quelle répartition des rémunérations et des richesses nous voulons –
Nous sommes pris dans les engrenages de la consommation et ne savons plus dire que ce que nous voulons n ‘ a rien à voir avec celle-ci .
Disons ce que nous voulons –
Dans la gare de ma petite ville , un Tag : nous ne voulons pas de l ‘ argent , nous voulons de l ‘ amour !
Meilleurs Voeux à toutes et tous !!!!!
Malgré cette géniale crise …
Inverser la théorie du choc reviendrait à faire une Révolution, donc.. Est-ce cela qu’il faut comprendre..??
Tous mes voeux au Yéti et aux lecteurs de ce blog !
Peut-être l’Année du vrai changement !
Merci pour cette petite vidéo avec Naomie Klein !
@turandot : ne prenons pas nos rêves pour des réalités. J’ai été tellement échaudé que j’en suis devenu septique. Donc, on verra bien, mais une chose est sûr: ce système est en train de s’écrouler. Il va faire place à une autre civilisation. Putain, il faut que je voie ça avant de crever!
Bonne année à toutes et à tous, mes sœurs et mes frères humains.
Le vieux système de domination n’est pas si mal en point que ça. Sa capacité de survie n’a d’égale que son imagination à guider les esclaves volontaires.
Le système financier en place ne fait pas que des pauvres
La soumission des populations par la dette tant publique que privée a encore de beaux jours devant elle, avec toutes les variantes possibles.
Régularisons nous-mêmes les banques en élisant nos “good banks” ? Il n’y en a plus, le secteur mutualiste est aussi mauvais que celui des banques capitalistes.
Todd ne fait pas du “hollandisme révolutionnaire”, il sait et dit que rien ne sera jouable sans la désertion du camp des possédants, d’un certain nombre de ses membres mus par un idéal ou plus lucides (les révolutions chaudes finissant toujours par la victoire des plus salauds ou des plus retors)
Croire à la relève par les jeunes est une vieille lune – les jeunes traitent les problèmes politiques par la dérision, tant leur mépris pour la classe politique est grand, toutes tendances confondues.
La “Grande mutation”, relèvera de «la mécanique de garagiste» et de l’arrivée heureuse de héros providentiels, s’ils n’ont pas été tués dans le combat (phénomène courant).
La croissance exponentielle est notre seul horizon, sans cela on ne pourra pas faire vivre tout le monde – il va de soi que le gaspi peut ne plus être obligatoire.
Les très riches voyous n’auront plus la possibilité d’être des voyous, sauf si on leur laisse épouser nos sœurs et nos filles (pour éviter les tentations d’arrangements familiaux !)
Naomi Klein ? Jaime mieux Yves !
http://legueduyabboq.blog.lemonde.f…
Salut, nouveau sur ce blog…
J’avais vu le doc de N. Klein et à l’évidence, ce ne sont pas les acteurs politiques actuels qui auront la même audace que Roosevelt d’inciter la population à lui mettre une pression terrible au grand jour pour l’obliger - en fait lui donner la légitimité - d’agir de manière radicale.
Je suis assez d’accord avec l’image des gants de boxe, c’est un gros combat et il commence à y avoir de bons “gabarits” du côté des hétérodoxes.
À ce sujet, je vous conseille vivement de venir assister au prochaines “Rencontres Déconnomiques” d’Aix en provence en juillet prochain, où les Lordon, Kempf, Mordillat, Filoche (encore PS ?), Ruffin, etc. , tiendrons des conférences juste en face des “Rencontres économiques” “orthodoxes” qui occupent sans partage tout l’espace médiatique pour nous sermoner sur les bienfaits du capitalisme financier sans vergogne.
@baillergeau : Voyons Baillergeau ! Les pauvres ne sont pas ceux qu’on croit. Ce n’est pas l’argent qui importe, mais la fraternité et l’entraide. A cette aune-là, les plus pauvres sont ceux qui ont le plus d’argent dans les banques, au détriment du reste. Car qu’est l’argent, sinon un pauvre moyen de paiement de ce qu’on ne peut faire soi-même, c’est une sorte d’aveu d’impuissance. Les “riches” ne sont que des voyous, des inadaptés, des vides. On peut les plaindre. Pas les admirer, à moins d’être aussi vide qu’eux.
@babelouest : Ce que tu dis sur l’argent ne m’a pas échappé. D’Ellul à Jorion,les bons enseignements ne manquent pas.
Cela dit le sujet est ailleurs. Sans “croissance exponentielle” l’humanité ne fera pas face à ses besoins élémentaires - manger - être à l’abri - se soigner - se vêtir - apprendre. C’est aussi la raison d’une R & D maximum pour faire le meilleur usage des matières premières et des énergies disponibles. Le dvlpt des biens communs fait partie de cette lutte.