09 mars 2013
L’indispensable art du bien-vivre ensemble selon Michel Rocard
par Le Yéti - Les mots des autres
Époustouflante leçon de macroéconomie par Michel Rocard devant 500 professionnels de la plateforme immobilière Cerenicimo (source : La Tribune). Pas la peine de s’exciter, a-t-il dit en substance à son assistance médusée, il n’y aura ni reprise de la croissance en 2013, ni de sitôt une quelconque sortie de crise.
La raison, toute simple : le fric assassin, coupable d’avoir réduit aujourd’hui 30 % de la population française au chômage et à la précarité :
« Une société qui ne s’intéresse qu’à l’argent ne peut pas fonctionner correctement. »
Vers les 15 heures par semaine
Dans la lignée d’un Ivan Illitch (“La convivialité”) et de John Maynard Keynes (“Perspectives économiques pour nos petits enfants”), Rocard cite longuement ce dernier pour rappeler la dégradation alarmante du bien-vivre ensemble :
« Ce seront les peuples capables de préserver l’art de vivre et de le cultiver de manière plus intense, capables aussi de ne pas se vendre pour assurer leur subsistance, qui seront en mesure de jouir de l’abondance le jour où elle sera là. »
Cette heureuse époque d’abondance économique, Keynes la situait aux alentours de 2030, soit environ 100 ans après l’écriture de son livre. Mais l’économiste anglais, toujours cité par Rocard, allait encore plus loin dans son analyse prophétique.
L’homme, qui n’aurait alors plus à se battre pour sa subsistance, ferait « en sorte que le travail qui restera encore à faire, soit partagé entre le plus grand nombre possible. Des postes de trois heures par jour ou de 15 heures par semaine reporteront le problème pour un bon moment ».
L’inadaptation de l’homme à un monde d’abondance
Mais des complications menaçaient cette prédiction du bonheur : l’incapacité de l’homme à s’adapter au monde d’abondance, « son amour de l’argent comme objet de possession » et symbole de réussite individuelle. Pour Keynes (et Rocard), l’appât frénétique du gain ne peut mener qu’à une terrible « dépression généralisée ».
Quelqu’un dans la salle pour contredire cette description clinique de notre “Grande perdition” ? En tout cas, personne ce 10 janvier dans la salle de congrès où nos 500 professionnels de l’immobilier tentaient de dissimuler leur gêne sous des airs d’indifférence polie.
Difficile de s’en sortir, reprend Rocard à son compte, tant que notre élite politique demeurera incapable de « comprendre ce qu’il se passe » (tonton Hollande, pourquoi tu tousses ?).
Rocard dénonce l’ignorance crasse des dirigeants tant politiques que médiatiques, économiques ou financiers, leur court-termisme simpliste, au détriment des visions à long-terme plus complexes.
Le problème avec Michel Rocard, c’est son incapacité chronique à redescendre sur terre, à traduire ses grandes idées en mesures concrètes. Ses considérations sur la loi TEPA (le “paquet fiscal”) de Sarkozy, son approbation du pacte de compétitivité socialiste semblaient bien timorées, à des années-lumières de son ambition pour le retour au bien-vivre ensemble.
Aller plus loin :
- La magistrale leçon d’économie du professeur Michel Rocard sur la situation de la France (La Tribune)
- Perspectives économiques pour nos petits-enfants, par J.M. Keynes (Les-Crises.fr)


Commentaires
Keynes… Au temps où j’étudiais besogneusement la “science économique” à la fac, il était l’archétype de l’économiste capitaliste (il est vrai qu’il prenait Marx pour un parfait imbécile et qu’on lui attribuait tout le mérite d’avoir sauvé le système de la crise de 29)…Milton Friedman passait alors pour une curiosité, tout juste bon à occuper 3 heures de cours sur l’année.
Depuis les disciples de Friedman ont réussi à faire passer Keynes pour un quasi bolchévik aux yeux des “experts” qui inondent les médias de leur suffisante nullité.
Et les discours (contradictoires) de Rocard ne suffiront pas à changer les mentalités.
Je crois qu’il est schizophrène. Il peut se ranger parmi les dirigeants qu’il dénonce. Son passage à Matignon, hormis pour la Nouvelle Calédonie, fut particulièrement calamiteux… Il est à l’origine de la disparition du service public des postes et télécommunications, de milliers d’emplois supprimés, de conditions de travail dégradées.
Non, pas schizo le père Michel. Il utilise simplement la technique du pâté d’alouette : 5 % d’analyse critique pour 95 % d’approbation du système. Un peu comme l’impayable Attali. Ce qui leur permet d’affirmer, quoiqu’il se passe, “je l’avais bien dit !”
Tiens, il y a la même béatitude devant l’exposé de Rocard chez O. Berruyer, et la même volée de bois vert dans les commentaires, pour à peu près les mêmes raisons: Dire ce que dit Rocard ici, aussi juste que ce soit, ne mange pas de pain mais manque cruellement de cohérence après ce qu’il a fait quand il était aux manettes.
Et puis bon, sa ritournelle sur la réduction “indispensable” du taux de chômage en abaissant le temps de travail c’est bien gentil, mais aussi révolutionnaire que puisse paraître cet hypothétique passage aux 15h hebdo, ce ne serait jamais encore que 15 heures dédiées à du travail subordonné au capitalisme. Pas si révolutionnaire que ça en fait…
Ne perdons pas de temps , ni d’ énergie en inénarrables conjectures sur Rocard ou Keynes + audacieux , cette vision du travail semble + importante : travailler moins pour vivre mieux !!