« Je rappelle à tous ceux qui prônent l’abstention qu’une élection est légitime dès lors qu’elle se tient dans des conditions satisfaisantes », insiste Jacques Sapir avec qui je partage beaucoup d’idées, mais certainement pas celle-ci.

Vu les sommes et les efforts dépensés par les autorités instituées pour éviter le désastre d’une abstention record, il ne semble pas que celles-ci considèrent comme réellement “satisfaisantes” les conditions d’un scrutin probablement boycotté par plus ou moins 60 % des électeurs.

Et le fait que mis devant le fait accompli au soir du 25 mai, les mêmes se tamponnent royalement de cet élément discréditant pour fêter les seuls résultats “exprimés” (encore que, Marine Le Pen…) ne change rien à l’affaire.

De toute manière, ces tristes représentants du monde d’avant se tamponnent de tout ce qui leur est contraire. Ne se fichèrent-ils tout aussi royalement des résultats du référendum de 2005 malgré des conditions de scrutin autrement satisfaisantes (participation : 69,34 %) ?

Un acte grave assumé

En une phrase, Jacques Sapir détruit d’ailleurs toute son argumentation en faveur d’un vote plus utilitaire qu’utile :

« Il faut alors dire qu’un boycott des élections est un acte grave, qui annonce des ruptures politiques importantes. »

Oui, Jacques, c’est bien d’une rupture dont il s’agit. Mais non, il est faux de dire que « telle n’est pas, peut être pas encore, la situation en France ». Toutes tes analyses démontrent le contraire. Le monde d’après ne se construira pas en rafistolant leur monde d’avant, mais sur les ruines de celui-ci. Nous sommes les premiers à le déplorer. Mais personne n’y coupera.

C’est ce que n’a manifestement pas réalisé le Front de gauche qui s’abandonne péniblement à ce marigot en croyant qu’il suffit de crier “désobéissance, désobéissance !” ou “puissance de la France !” pour s’affranchir par avance de toute compromission. Alors que le seul rapprochement Parti de gauche/PCF sur l’Union européenne est déjà une compromission en soi.

Le temps est venu d’inverser le mépris. Nous, boycotteurs de leur monde finissant, n’avons que faire de leur mépris de l’abstention. Qu’ils se réjouissent entre eux ne nous importe plus. Qu’ils aient la légalité du pouvoir ne les légitime pas pour autant. En attendant d’en être débarrassé, nous allons juste vivre À CÔTÉ d’eux. En essayant de nous en protéger au mieux. La vraie désobéissance civile commence par ça.

Oui, nous avons conscience de la gravité de nos actes, des dangers que représentent cette rupture. Mais ce sont les inconséquences dramatiques de leur monde d’avant qui sont responsables de cette inévitable et désolante situation, Ce sont eux qui sont à l’origine de la montée en puissance des forces régressives (le Front national, par exemple).

Il est grand temps, il est vital de nous en désintoxiquer. De passer à autre chose. Ce qu’il en coûte en périls se remboursera en dignité.