27 février 2013
Italie : le retour du populisme de gauche, enfin !
par Le Yéti - La politique
Beppe Grillo aura réussi en Italie, ce que les électeurs “utiles” n’ont pas encore permis à Jean-Luc Mélenchon ou à Alexis Tsipras de faire dans leurs pays respectifs. Face à la coalition de droite de Berlusconi et à la coalition de centre gauche de Barsini, son parti Mouvement cinq étoiles (M5S) réussit le tour de force de devenir le premier parti d’Italie. Au grand dam des antipopulistes primaires.
Les adeptes de ce dernier clan vont pourtant devoir ravaler leurs cris d’orfraie et se faire une raison. Oui, c’est une chose fort remarquable et appréciable que le M5S soit un parti populiste. De gauche.
Populisme (du latin “populus”, peuple) : « discours politique favorable aux classes défavorisées, et souvent hostile aux élites » (Wiktionnaire)
Chasses et privilèges gardés
Les élites, surtout lorsqu’elles traversent des périodes de tourmente, ont toujours éprouvé un sombre ressentiment à l’égard de tout ce qu’elles assimilent au populaire. Qu’on en juge au dédain qui entoure le mot “plèbe” (du latin “plebis”, classe populaire), sans même aller jusqu’à parler du “vulgaire” (du latin “vulgus”, la foule).
Nos élites (et les fidèles serviteurs qui aboient dans leur ombre) ont transformé des mots comme “populistes” en mots-couperets censés disqualifier d’avance tous ceux qui s’en réclament… et menacent leur pré-carré d’élites. On y côtoie pêle-mêle les termes infamants de “démagogue” ou de “complotiste”. On y distribue à la pelle des points Godwin pour discréditer de gênantes comparaisons.
Bref, au bout du compte, il s’agit ni plus ni moins que de baliser le domaine du respectable et de l’admissible (le leur), dans lequel ceux-là s’adonneront au doux théâtre de la démocratie entre gens bien (et de biens), en rejetant d’avance les trublions perturbateurs du commun.
D’ailleurs, que la tempête se lève et les joueurs d’importance cessent instantanément leur joute de façade pour se regrouper en coalition d’intérêts bien compris. Ainsi en Grèce, de la Démocratie chrétienne (droite) et du Pasok (socialiste).
Amalgame désespéré
On remarquera que nos antipopulistes primaires, juchés sur leur branche de plus en plus vacillante, amalgament sans nuance le populisme de gauche (Grillo, Mélenchon) et le populisme de droite (Berlusconi, Le Pen). En ligne de mire des deux populismes, le peuple, mais non, pas pour les mêmes raisons, ce n’est pas vrai !
Amalgame finalement assez désespéré parce que les gens commencent précisément à ne plus être dupes. En Italie, les électeurs de gauche ont été finalement 25,5 % à se foutre des rodomontades de nos bras cassés et des injonctions des officines de sondage qui pensaient maintenir l’importun en deçà du cap des 20 %.
En dehors de menacer les intérêts d’une coterie de privilégiés, qu’est-ce qui fait qu’un populisme de gauche puisse être dangereux ? Son absence de programme. Il paraitrait que celui du signor Grillo ait été un peu plus sommaire que les projets du Front de gauche ou de Syriza.
Toujours les mêmes grosses ficelles
Mais enfin, on y trouve de mesures essentielles comme ce revenu d’existence fixé à 1 000 euros par mois. Irréaliste et populiste, braille notre gratin qui ne s’émeut guère quand les saints patrons augmentent annuellement leurs revenus déjà obscènes de 30 % par an.
Toujours les mêmes grosses ficelles faisandées ! N’y a-il pas assez de pâtes en Italie pour nourrir toute la population ? Assez de toits pour protéger le menu fretin du soleil. Non, disent nos oligarques, ce qui manque, c’est “les moyens”. Entendez, le pognon.
Eh bien, si l’argent manque, dit le populiste Grillo, on va aller se le chercher là où les voleurs l’ont planqué. En passant à la nouvelle lire et en enterrant leur euro de malheur.
Rupture bête et brutale
Ce que marque l’émergence d’un populisme de gauche, c’est la rupture bête et brutale des citoyens avec ceux qui prétendaient garantir leurs intérêts et qui ne parviennent même plus à masquer leurs collusions avec la finance en folie. Ah, la claque sur la figure de l’austérité personnifiée par le technocrate Monti (10,5 %) !
On renonce à leur demander en pure perte de revenir à la raison, de respecter leurs promesses électorales dont on sait désormais qu’ils ne le feront jamais. On les vire et on se débrouille soi-même.
Oui, le chemin du populisme (de gauche, je précise encore) est semé d’embûches et de chausse-trappes. Mais bien moins qu’en restant englué dans un système malfaisant qui vous entraîne assurément vers le fond.
Voilà pourquoi l’émergence d’un populisme de gauche à la Beppe Grillo est chose bien réconfortante.


Commentaires
Bonjour,
article qui me rassure sur le front de gauche (dont le yéti se réclame)
j’avoue que je commençais à avoir des doutes sur mes camarades.
J’ai lu ça et là des trucs qui le font apparaître nationaliste et xénophobe. Calomnies?
Bonjour,
petite mise en perspective du cheminement politique de nos amis Italiens…
http://ainsurg.blog4ever.com/blog/l…
Bonne journée
Hier matin sur France Culture, Brice Couturier a vilipendé la victoire des bouffons, mettant dans un même panier Berlusconi et Grillo. Il a même utilisé la technique habituelle pour excommunier le gêneur Grillo, en le taxant d’avoir flirté avec des courants xénophobes, et pire d’être un comique “antisémite façon Dieudonné”.
Je ne connais pas vraiment en détail l’histoire de l’ascension de Beppe Grillo, ni si ces accusations sont un tant soit peu fondées, par contre je connais les techniques utilisées par nos censeurs pour se débarrasser des empêcheurs de tourner en rond, ou à tout le moins pour les disqualifier.
Tout comme, lorsque l’on est contre l’UE telle qu’elle est aujourd’hui, l’on ne peut-être que farouchement anti-européen, souverainiste, et pour la guerre. Ces ficelles sont assez usées, mais ils les utilisent toujours, pour couper court à toute tentative de débat honnête sur le fond, et pour garder le monopole de la “bonne parole”.
Cela me rappelle, l’éditorial rageur contre le peuple, de July dans Libération, après le NON au TCE en mai 2005.
Cette Europe, est une Europe des banques et de la finance, certainement pas celle des peuples. Elle est le cheval de Troie de la mondialisation néo-libérale. Et il est clair que cette Europe est de plus en plus honnie par les peuples. Mais la nomenklatura qui est aux manettes s’accroche au dogme officiel, même au prix de la répétition de dénis de réalité.
Jusqu’à quand cela pourra-t-il durer ? Ce qui se passe, montre que l’UE telle qu’elle est, est incompatible avec un fonctionnement démocratique normal. Le vote du peuple n’étant pris en compte que lorsqu’il va dans le sens des intérêts économiques dominants et de la nomenklatura. Ce fonctionnement, est finalement très proche de celui de l’URSS.
Ce qui a changé, c’est l’idéologie au nom de laquelle la nomenklatura impose la politique qui lui profite: hier le communisme, ou en tout cas une forme de communisme dévoyée, aujourd’hui le libéralisme, ou plutôt une forme dévoyée de libéralisme.
@cultive ton jardin :
Au delà du phénomène Grillo (dont je sais peu de chose), la question de la nation et du rapport à l’europe se pose à la gauche.
Il faut trouver une voie pour valoriser “l’Etat nation social” (expression du philosophe marcel gauchet) sans être nationaliste; et combattre l’eurolibéralisme sans être xénophobe. C’est un défi que l’on doit relever sinon, c’est l’extrême droite qui le fera (qui le fait déjà).
Je me réjouis que le Yéti se place dans cette perspective.
Ce qui est important dans le succès du Mvt5*, c’est ses élus, majoritairement jeunes, diplômés, non compromis dans les magouilles politiques. Ou ils se rangent derrière les consignes d’un homme dont les talents de tribun ont permis leur élection, ou ils se comportent en élus(e)s du peuple et inventent une nouvelle façon de faire de la politique
A ce jour, tout est ouvert et la situation en Italie est passionnante à suivre. Elle vaut mieux de toute façon que la victoire des eurocrates béats de tous bordsConcernant la Grèce, il me semble que Syriza, s’il n’a pas dépassé la droite, fait 28%, c’est à dire autant que le PD et Berlusconi, et donc plus que le M5*, il est vrai après trois élections
Décidément, tout bouge très vite sur les bords de la Grande Bleue, sauf en France pour l’instant
@Macarel : Très bien, camarade, j’ai beaucoup apprécié ton commentaire, et celui aussi du yéti, car c’est exactement ce que je pense. Pour ce qui est du populisme, le PG (Parti de Gauche) a sorti un petit bouquin là-dessus qui remet les choses en place et surtout les mots dans leur véritable sens et dans le bon sens. Mais il est vrai que dans cette époque putride qui sent la fin d’un monde, on fini par faire dire aux mots le contraire de ce qu’ils veulent dire, ce qu’on appelle la novlangue. Ce système aura réussi à pourrir et à corrompre la langue.
@Coma81 : Combattre l’eurolibéralisme est facile, dans la mesure où ces gens de Bruxelles qui malaxent le lisier financier sont des apatrides de fait, donc la xénophobie ne peut entrer en compte. Il s’agit d’éliminer des “techniciens” du capitalisme, de bâtir autre chose quitte à bloquer aux frontières (y compris et surtout dans les réseaux) les flux de capitaux, sources de toutes les compromissions, de tous les ennuis. Les circuits financiers ont des filières particulières, qu’on peut stopper si nécessaire, seulement jusqu’à présent cela n’a pas été fait.
@babelouest :
Hello,
une citation de Keynes : “Mais produisons chez nous chaque fois que c’est raisonnablement et pratiquement possible, et surtout faisons en sorte que la finance soit nationale.”
http://et-pendant-ce-temps-la.eklab…
@Coma81 : Finance nationale ? C’est ce que font les Japonais. Quant à la production “nationale”, Keynes la voyait sans doute ainsi parce que cela raccourcissait les déplacements de denrées et de matériels. Si on veut éviter ce mot, remplaçons-le par “régionale” et tout est dit.
@Coma81 :
Je voudrais savoir ce qu’il a vraiment dit, je n’ai pas trouvé de citation précise. Nationaliste, je me méfie, on est sur la mauvaise pente. Xénophobe, c’est NIET!
Bon, ben, oui, même si - peut être - Bepe Grillo a quelques trucs pas net dans son programme, de toute manière il ne peut pas faire pire que les Monti ou Papandreou …. au hasard.
Un Grillo incorect politicaly … oh my god !
Qu’ils prennent ça dans leurs mirettes !
Pour moi, c’est du tout bon.
@babelouest :
Faut pas flipper comme ça dès que vous voyez le mot national. LOL.
La nation c’est le lieu de la souveraineté, et donc du choix collectif, par opposition à la régultion aveugle du marché.
Donc dans l’espace national, keynes voyait la possibilité de décider collectivement de notre modèle économique.
@cultive ton jardin :
“Je me sens donc plus proche de ceux qui souhaitent diminuer l’imbrication des économies nationales que de ceux qui voudraient l’accroître. Les idées, le savoir, la science, l’hospitalité, le voyage, doivent par nature être internationaux. Mais produisons chez nous chaque fois que c’est raisonnablement et pratiquement possible, et surtout faisons en sorte que la finance soit nationale. Cependant, il faudra que ceux qui souhaitent dégager un pays de ses liens le fassent avec prudence et sans précipitation. Il ne s’agit pas d’arracher la plante avec ses racines, mais de l’habituer progressivement à pousser dans une direction différente.
Pour toutes ces raisons, j’ai donc tendance à penser qu’après une période de transition, un degré plus élevé d’autosuffisance nationale et une plus grande indépendance économique entre les nations que celle que nous avons connue en 1914 peuvent servir la cause de la paix, plutôt que l’inverse. De toute façon, l’internationalisme économique n’a pas réussi à éviter la guerre, et si ses défenseurs répondent qu’il n’a pas vraiment eu sa chance, son succès ayant toujours été incomplet, on peut raisonnablement avancer qu’une réussite plus achevée est fort improbable dans les années qui viennent.”
http://www.les-crises.fr/de-l-autos…