Mon passager de covoiturage, Sacha, croupier en casino, avait les nerfs à fleur de peau.

« Je n’en peux plus. Il faut vraiment que les choses changent. Mais dans ma famille, je suis le seul à voter Mélenchon. Un de mes frères est pro-UMP, un autre partisan de Hollande… »

“L’échantillon représentatif” de sœur Zineb

Je l’ai consolé avec le ton patelin de l’aîné revenu de tout. Jusqu’à ce que le soir je retrouve ma famille à moi, celle de ma petite Rue89. Zineb Dryef, ma “sœur de rédaction”, avait signé en une le compte-rendu de l’évènement.

Et, ô surprise, elle y interviewait un “échantillon représentatif” de 6 manifestants… dont seuls deux déclaraient vouloir voter Mélenchon ! Les quatre autres (3 pro-Hollande, 1 Vert) étant juste « venus vibrer » et « voir en vrai ce grand tribun ». Bref, tout de la sortie dominicale à la foire foraine.

Je l’aime bien Zineb. Mais là je trouve que ma sœurette y a été un peu fort. Ainsi donc, selon son “échantillon représentatif”, seul un tiers des quelques 120 000 personnes (selon les organisateurs) venues défiler étaient vraiment des partisans du Front de Gauche. Encore heureux que Sacha le croupier n’ait pas amené ses frères !

De quelques manifestants néophytes

C’est drôle, pendant la manif, j’ai eu la même idée que ma “sœur”. Trouver des manifestants qui n’étaient ni militants, ni habitués de ce genre de démonstration de masse, mais suffisamment convaincus pour venir participer à la teuf, parfois de très loin. Résultats totalement différents, comme si nos deux Bastille n’étaient pas de la même planète.

Amélie, arrivée en car du Calvados, se présentait en indignée de chez indignés.

« Il y en a marre ! Je n’attends rien des politiques. Mais au moins, Mélenchon, lui, je pense qu’il ne nous enverra pas les CRS quand on fera la Révolution ! »

Philippe.JPG

Philippe, sonorisateur venu du Doubs avec son amie et deux copains, a réellement découvert le candidat du Front de gauche en sonorisant son meeting de Besançon le 24 janvier dernier. Au point de se décider à faire à ses frais plus de 800 km aller-retour, huit heures et des poussières de voyage, pour deux/trois heures de soutien.

Marie.JPGMarie et son amie Elsa, élèves en soins infirmiers, ne sont pas des habituées de mouvements politiques — ça se voit à la confection improbable de leur panneau “venceremos” ! — mais veulent un autre monde que celui-ci, dominé par « la folie de l’argent », sans avenir pour les jeunes comme elles. Ce n’est pas tant le candidat Mélenchon qui les intéresse que son programme.

« Pas tout, hein ! Mais il faut faire un choix et pour nous, c’est celui de Mélenchon. »

Une manifestation résolument pour

Ah, Zineb ma frangine, si jamais tu cherches un autre sujet pour tes articles, il y avait une autre chose remarquable dans cette manifestation. Et qui la distinguait des grands raouts syndicaux un peu désespérés, comme ceux sur les retraites par exemple.

Cette originale prise de la Bastille par les gens du Front de Gauche était presque exclusivement une manifestation POUR, pas un baroud d’honneur désespéré contre. Dans une atmosphère bon enfant, quasi familiale. Où l’on se demandait qui, de certains commentateurs perfides ou de vieux militants blanchis sous le harnais, sortaient vraiment de la naphtaline.

Tout au long de l’interminable défilé, on n’entendait presque aucun slogan anti-Sarko, ou anti-Le Pen, juste une immense aspiration festive à un monde nouveau. Que le candidat Mélenchon, du haut de sa tribune s’efforça de mettre en propositions concrètes dans un discours de 25 minutes aux accents solennels et gaulliens.