18 janvier 2012
Pourquoi la finance n'a aucune chance d'en réchapper
par Le Yéti - La chose publique
C’est encore ce diable d’Olivier Berruyer sur son site les-crises.fr qui donne les clés du problème : par quelque bout que vous le preniez, non, la finance internationale n’a aujourd’hui aucune chance de réchapper à la crise de la “Grande perdition”. Regardez bien le graphique ci-dessous.

En rouge l’évolution de la production des richesses en France, en violet l’évolution du “patrimoine financier”. Vous avez vu le fossé ? Un abîme !
L’argent prétendument en circulation (les actifs financiers) représente plus de 23 fois la quantité disponible de richesses produites (PIB). Au niveau de la planète, le rapport est encore pire, franchissant allègrement les limites du délire !
Dans une économie saine, l’argent n’a de valeur que par les échanges de richesses qu’il permet. C’est-à-dire que la quantité d’argent en circulation doit à peu près être équivalente à la quantité de richesses produites.
Imaginez le taux de croissance qu’il faudrait pour que la petite barre rouge se hisse au niveau des actifs financiers en violet ? Ah oui, ils sont marrants ceux qui voient comme unique solution à la crise une relance de la croissance ! À ce niveau-là, ce n’est plus une relance, mais une explosion atomique qu’il faudrait !
Une bulle bien grasse
Tout ça est évidemment absurde. L’argent créé artificiellement lors de ces trente dernières années vraiment foireuses n’est que le produit obscène de la spéculation éhontée. Un jeu hautement suicidaire, qui ne s’adosse à rien de concret, danse sur un précipice de vide.
Joué par des crétins, défendu par des cornichons, gobé par des gogos (ceux qui croient encore que c’est en faisant payer la petite barre bleue riquiqui du graphique — les salaires — qu’on va combler le trou hallucinant), ce jeu imbécile ne peut évidemment avoir qu’un temps.
Voulez-vous pour finir que je vous en rajoute une couche (toujours grâce à cet animal de Berruyer) ? Regardez bien la grosse bulle bien grasse qui suit. Elle n’est pas le produit d’une imagination gauchiste enflammée, mais des doctes études du BRI et du FMI réunis.
A-t-elle besoin de commentaires, la grosse bulle ? On sait tous ce qu’il advient des grosses bulles trop grasses, n’est-ce pas ? Boum !

Pour aller plus loin:
La déconnexion de l’économie financière (Olivier Berruyer, les-crises.fr)


Commentaires
Merci pour le lien Yéti, je ne le connaissais pas.
C’est hallucinant ces graphiques, ça fait peur en fait! Quand ça va nous péter à la gueule, ça va faire mal, bien plus qu’on ne l’imagine!!!!!
Car, je suis d’accord avec toi, comme toute bulle, elle va forcément péter!!!
Tous à vos potagers les enfants, ça va tanguer dur!!!! Moi je suis prête.
Une remarque Yéti:
Le patrimoine est un montant cumulé alors que le PIB concerne la production d’une seule année. On ne peut pas donc établir un rapport significatif entre deux valeurs temporellement différentes. C’est d’ailleurs ce qu’explique Mélenchon dans une des vidéo que tu as mis en ligne à propos du rapport dette/PIB
Merci Yéti de faire connaître le blog d’OB.
Ce blog est richissime car il aborde beaucoup de sujets dont des elements tres factuels sur le rechauffement climatique par exemple (dernierement un article sur les glaciers hier/aujourd’hui)
@Brutus :
Non, non, Brutus. Cumulés ou non, ces actifs valent pour l’année a. Ils ont juste été retirés de l’économie réelle et surtout… ils n’existent pas ! En effet, par le jeu de la spéculation et de ses effets multiplicatifs, un actif lambda repose souvent sur un autre actif qui repose sur un autre actif qui repose lui-même… etc. Or aujourd’hui ce château de cartes s’écroule.
C’est je pense, le point faible de Mélenchon et du FG que de croire qu’ils vont pouvoir récupérer ces actifs gazeux (et vaseux). Mais je m’apprête à disséquer le programme du FG et nous y reviendrons plus en détail…
Le patrimoine non financier d’une nation existe bel et bien.
Il s’agit de la valeur cumulée de tous les infrastructures d’une nation (routes, autoroutes, voies ferrées, voies fluviales, hôpitaux, écoles, mairies), et de tous les biens immobiliers publics correspondants, auxquels on peut ajouter les forêts, les terrains, le domaine maritime, relevant du domaine public.
Le patrimoine financier c’est de la dette investie si la somme a été empruntée et cela peut effectivement être une bulle si cette dette est une dette….. de dette….. de dette.
Même si l’Etat français est endetté pour une à deux fois le PIB, par rapport à son patrimoine non financier, on peut affirmer que c’est très très peu.
On ne peut donc pas dire que l’Etat est en faillite. Il est là le raisonnement de JL Mélenchon.
L’excellent blog des “Chroniques du Yeti”, nous redit l’envolée incroyable des patrimoines financiers vus par rapport à la production des richesses de 70/79 à 2000/2009 : 23 fois plus.
Il en tire la conclusion que la fin est inéluctable et c’est là que je suis en désaccord.
Les détenteurs du patrimoine financiere ont la main mise sur les médiats, jouent avec “bonheur” sur toutes les peurs et sont loin d’être sur le point de mourir d’indigestion.
La population est encore prête à accepter un vichysme rempant avec l’espoir de passer à coté, elle agit plus par manque de courage que par conviction.
On en sort comment ? Comme en 39/45
La conjonction de forces aux intérêts convergeants rassemblant des gens aux espoirs différents,
A vous de savoir qui vous êtes dans la coalition à venir.
legueduyabboq.blog.lemonde.fr
@le séquane :
Le soucis c’est qu’entre la valeur affichée d’un élément d’infrastructure et sa valeur réelle (pour peu que ce terme ait le moindre sens), il y a un gouffre qu’on peut attribuer à la spéculation.
Un exemple très concret me vient à l’esprit: Celui d’un projet de dos-d’âne dans une commune près de chez moi d’environ 3000 habitants. Outre l’utilité discutable de cet équipement, c’est surtout son prix qui a fait bondir nombre de citoyens dont des membres du conseil municipal: 75000 euros! 75000 euros pour quelques dizaines de mètres carrés de remblais agrémentés d’une couche d’enrobé! 25 euros par tête de pipe!
Ce que révèle une telle anecdote, c’est la forme très particulière de spéculation dont sont victimes les collectivités dans leurs investissements d’infrastructure: Le secteur du BTP notamment étant constitué en oligopole, le système d’appel d’offres s’en trouve biaisé. Les devis présentés sont gonflés de l’héllium des frais de dossiers ou d’études, et autres fariboles qui permettent aux entrepreneurs de se sucrer sur le dos de la collectivité, qui s’équipe qui plus est à crédit.
En clair, si on se contente de calculer la valeur du patrimoine non financier en ne considérant que ce qu’il a couté (intérêts des prêts compris), on peut être à peu près certain d’obtenir un chiffre lourdement sur-évalué. Considérer dès lors que la richesse du pays repose sur un tel tas de sable, c’est s’assurer des déconvenues grandioses.
Par ailleurs, c’est une pente glissante de suggérer que le patrimoine non-financier pourrait être mis en gage contre remboursement de la dette: Le crédit hypothécaire privé a déjà montré toute l’étendue de sa nuisance aux États-Unis, il ne manquerait plus qu’on se retrouve avec un scandale des prêts hypothécaires publics en France.
La belle bande de perdreaux qu’on aurait là, si on voyait des mairies, écoles ou hôpitaux se faire saisir par les banques et les conseils municipaux, personnels enseignant ou soignant se faire exproprier… Ce serait bel et bien le comble de la gabegie.
@Dissonance : Si des banques saisissent des biens publics, le meilleur truc est de saisir les banques. Ainsi les biens restent publics.
F. Lordon ne mâche pas ses mots :
http://www.dailymotion.com/video/xn…
@Tankonalasanté :
Merci TKLS, vidéo effectivement très saignante ! Je pense que je vais en faire un billet.
Très bonne, cette vidéo effectivement. Dommage que Lordon parle un peu vite, ce n’est pas la première fois que je le remarque, et que le micro n’ait pas été fameux.