Quand Paul Jorion s'en prend à la propriété privée

Carrément subversif le dernier billet-vidéo de Paul Jorion intitulé Le grand mystère des choses enfin révélé. À coup sûr, certains de ceux qui l’entendront auront tôt fait de lui glisser un couteau entre les dents. Car remettre en cause la propriété privée et sa transmission par héritage, fallait oser !

Mais écoutons la bonne parole de notre frère Paul en son sacrilège évangile :

« En ce moment même, au niveau des instances européennes, financières, économiques, politiques, beaucoup de gens sont en train de s’agiter, de prendre des mesures pour essayer de sauver la zone euro. Alors, est-ce qu’ils vont y arriver ? Non, ils ne vont pas arriver à sauver ce système dans l’état où il est. »

Le système et les germes de sa destruction

D’accord, pas très catholique un prêcheur qui déclare le miracle impossible ! Mais l’animal insiste, remonte au fondement même d’un système, des systèmes (car Jorion ne parle pas spécifiquement du seul système capitaliste), portant en eux les germes de leur destruction.

« Nous vivons dans des systèmes qui conduisent à la concentration du patrimoine entre les mains d’un petit nombre de personnes. Le principal mécanisme est celui de la constitution d’intérêts, les sommes manquent à l’endroit où elles doivent se trouver, on les prête et on rétribue ce prêt par le versement d’intérêts. Si bien que ceux qui ont de l’argent en trop au départ, en reçoivent encore davantage qu’ils vont pouvoir prêter et ainsi de suite. »

Lorsque la concentration du patrimoine atteint un point culminant, la machine économique et politique s’en retrouve totalement grippée.

« Les revenus pour la grande masse des gens ne sont pas suffisants pour faire marcher la machine économique à plein. Des marchandises sont produites, mais le pouvoir d’achat de la population n’est pas suffisant pour acheter, consommer l’ensemble de ces marchandises produites. »

La spéculation contre l’ankylose de l’argent

Tenues prudemment à l’écart de la machine économique, les sommes accumulées et immobilisées par le clan des privilégiés tentent de vaincre l’ankylose en s’adonnant à un passe-temps pervers : la spéculation. Laquelle ne fait qu’achever la machine économique exsangue.

Seule possibilité de relancer l’engin crachotant : la redistribution du patrimoine. Trois moyens utilisés jusqu’à présent :

  • la guerre, mais celle-ci a montré par le passé plus d’inconvénients fâcheux que d’avantages heureux ;
  • la fiscalité, qui suppose d’atteindre d’abord le capital à redistribuer et de la part du percepteur, une capacité, une opiniâtreté et une volonté qu’il n’a guère démontré à ce jour ;
  • la révolution, qui procède par confiscation brutale (les biens du clergé en 1789, par exemple), mais qui finit toujours par déboucher sur la reconstitution d’une nouvelle aristocratie (bourgeoise, soviétique…), qui entreprend de s’approprier à son tour richesses et pleins pouvoirs, etc.

Pour couronner le tout, notre espèce s’est engagée comme une folle furieuse dans une fuite en avant — la croissance — qui la conduit à l’épuisement suicidaire (celui des ressources de la planète, pour commencer).

La propriété, c’est le vol !

Je vous entends déjà poser la question qui brûle : mais alors, que faire ?

Pour casser ce cadre général, celui qui pousse à la concentration des richesses et à l’épuisement de notre espace vital, Paul Jorion, citant Marx, préconise de s’attaquer à ce qui en assure l’étanchéité au fil des temps : la propriété privée et sa redistribution par l’héritage, qui permet à certains, mais certains seulement, de se transmettre le capital de génération en génération.

« En 1789, dans la Constitution, on introduit d’abord le grand principe de “liberté, égalité, propriété”. Et comme “propriété” fait quand même trop visible, on le remplace par “fraternité”, un cache sexe pour les questions qu’on n’a pas résolues. »

Pourtant pas d’alternatives, pour Paul Jorion, si l’on ne s’attaque pas aux racines du mal.

« Est-ce que les “indignés” d’aujourd’hui, les gens qui crient qu’ils sont les 99% aux États-Unis sont prêts à revoir véritablement ce principe de croissance ? Est-ce qu’ils sont disposés à véritablement réfléchir à cette question du capital et du prêt à intérêt ? Est-ce qu’ils sont prêts à envisager que le problème de l’héritage et la définition même de la propriété privée soient remis en question ? »

Car ce ne sont bien sûr pas les pauvres sommités dépassées, errant dans les arcanes du pouvoir mondialisé, en Europe ou ailleurs, qui sont aujourd’hui en mesure ou en volonté d’y procéder. (Voir la vidéo)