20 janvier 2013
Guerre au Mali : la voix discordante de Jean-Luc Mélenchon
par Le Yéti - La politique

Comme Eva Joly et Dominique de Villepin, Jean-Luc Mélenchon apporte à propos des évènements du Mali une voix qui tranche avec le consensus national, vanté pourtant sans distinction en une de tous les médias. Selon le leader du Front de gauche, l’intervention de l’armée française au Mali est tout simplement « discutable ».
En un communiqué et une chronique explicative, Jean-Luc Mélenchon affiche ses réticences et détaille ses quatre objections.
1. L’intervention s’est faite sans mandat de l’ONU
« Les paragraphes 10 et 11 de la résolution 2085 de l’ONU, demandaient d’ailleurs expressément aux parties engagées dans la planification militaire des opérations (Cédéao, Union africaine, pays voisins du Mali, autres pays de la région, partenaires bilatéraux et organisations internationales) de retourner devant le Conseil de sécurité “avant le lancement des offensives”. »
Le mandat de l’ONU était de fait attribué à la seule Mission internationale de soutien au Mali (Misma), placée sous conduite africaine. Et non directement à l’ancienne puissance coloniale.
2. L’appel à l’aide directe du pouvoir malien actuel n’a aucune légitimité
Selon Jean-Luc Mélenchon, le chef de l’État français ne peut se prévaloir de la demande d’aide d’un “gouvernement ami” (article 51 de la Charte des Nations Unies) pour la bonne raison que le pouvoir malien est exercé depuis le coup d’État de mars 2012 par le capitaine putschiste Sanogo, sans qu’aucune date pour une élection promise ne soit toujours indiquée.
3. Les intérêts de la France n’étaient pas en cause
Jean-Luc Mélenchon affirme encore que la France ne pouvait justifier son engagement par la menace de ses intérêt fondamentaux (… à moins de penser que les gisements miniers du Mali et des pays limitrophes constituent des intérêts propres à la France).
4. Une décision prise sans consultation du Parlement
Enfin, il apparaît que la décision d’intervention a été prise par le seul président Hollande, non seulement sans consultation préalable du Parlement, mais même sans que le gouvernement de Jean-Marc Ayrault en ait été officiellement saisi.
Le risque d’enlisement
Il ressort de l’argumentation de Jean-Luc Mélenchon que le principe d’un soutien aux populations africaines sous la férule d’islamistes fous furieux ne saurait être remis en cause.
Mais un vrai soutien, oui, pas ce qui paraît avoir toutes les chances de passer pour une nouvelle guerre d’occupation. Un soutien mené avec un peu plus de préparation, de doigté diplomatique, un peu moins de naïveté politique et surtout sans cette arrogance balourde et précipitée qui fait si souvent de nous la risée de nos voisins.
Car le principal risque est celui de l’enlisement, comme en Afghanistan ou en Libye. Voilà pourquoi la France de François Hollande se retrouve aujourd’hui isolée en première ligne, mal préparée aux évènements qu’elle affronte, avec pour toute aide le seul soutien moral de ses prudents alliés.
Le soutien de l’ONU est tout aussi ambigu. Convoqué par l’ambassadeur français Gérard Araud, le Conseil de sécurité a pris acte des intentions de la France de faire appliquer la résolution 2085, mais a assorti son avis de ses doutes quant à la capacité des forces africaines de la Misma à intervenir avant plusieurs mois. On ne saurait donner plus de crédit à l’analyse de Jean-Luc Mélenchon.


Commentaires
N’a-t-on pas l’impression que Guy Mollet est revenu ? Des similitudes apparaissent avec les tragédies de 1954 qui dureront jusqu’en 1962. A noter un homme qui à l’époque était sur la même longueur d’onde, ce qui explique beaucoup de choses : François Mitterrand.
« La présence française sera maintenue dans ce pays » (L’Algérie)
Oh Yéti, trouver l’intervention “discutable”, c’est plutôt faux-cul, non ? Surtout quand on justifie sa position par des pinaillages légalistes. La guerre n’est pas une question de pure rhétorique : on l’accepte ou on la désapprouve…
@Magnus Pym :
« La guerre n’est pas une question de pure rhétorique : on l’accepte ou on la désapprouve… »
Eh bien, la guerre de Hollande, telle qu’il la mène, avec stupidité et arrogance, je la désapprouve totalement. Elle s’apparente aujourd’hui pour moi à une vulgaire guerre d’occupation décidée unilatéralement.
Par contre, j’approuverai une aide matérielle et financière à la MISMA, assortie même le cas échéant d’un soutien logistique sur le terrain, une fois les détails de l’opération finalisés (là, c’est du grand n’importe quoi !) et approuvés par l’ONU et les autorités africaines concernées.
Sinon, l’armée de Hollande aboutira dans la guerre du désert au même enlisement et au même lamentable fiasco que l’Otan en Afghanistan et en Lybie, ou les Américains en Irak…
(PS : merci en tout cas pour votre intervention, elle me permet d’éclairer un peu la seconde partie de mon billet que je modifie en conséquence.)
Jean-Luc Mélenchon sur son blog, à partir de § “Si le Mali m’était conté”
http://www.jean-luc-melenchon.fr/20…
On subit une propagande inouïe.
Effectivement, que cette guerre soit illégale touche au détail eu égard aux déboires qui risquent fort de s’en suivre. A mon avis, cette percée militaires des islamistes n’aurait jamais été possible si les Touaregs n’avaient pas fait alliance avec eux. Maintenant ils s’en mordent les doigts, disent qu’ils se sont fait bernés. Z’ont fait une méga connerie, c’est tout, et c’est pas à la France de la réparer. Sauf si elle veut vendre des Rafales et jouer avec le feu.
Point 3 :
Le Canard Enchainé écrit que le Qatar aurait des vues sur le sous-sol du Mali. Info non directe de ma part ET à confirmer.
@Le Yéti : Puis-je troller ? (très léger le troll… Et puis ça fait avancer la discussion).
Je voulais ajouter que si la MISMA ne pouvait être prête avant l’automne, on peut se demander si le statu quo aurait pu être conservé jusque là. Je crois que l’urgence pour les pays de la CEDAO était moins de se préparer à intervenir au Nord que d’obtenir le retrait de la junte au pouvoir.
Par exemple, les autorités maliennes demandent justement depuis plus d’un an une aide logistique. Elle leur a été refusée au motif (compréhensible) que ces autorités ne donnaient pas de gages quant à la restauration de l’ordre institutionnel (des armes et munitions achetées par le gouvernement ont été bloquées plusieurs mois dans les ports des pays voisins).
Donc, il est peut-être un peu tôt pour se prononcer sur l’opportunité de la décision de Hollande (d’autant plus qu’il est resté vague dans la définition de ses objectifs), non ?
http://www.youtube.com/watch?v=LoSR… (1/2)
http://youtu.be/jMa2fxvES4w (2/2)
2 bonnes vidéos de Michel COLLON
@mouly28 :
Merci. Tellement bonnes que je vais d’ailleurs leur consacrer mon prochain billet
Puis je vous donner une citation de G.B.Shaw que je viens de voir dans le roman de Bernard Clavel : la table du roi où il reste fidèle à son esprit pacifiste.
Elle est longue et je ne suis pas très rapide pour taper. Je la reprends donc sur Wikipédia :
“Wikipedia sur la table du roi de Bernard :” On retrouve dans ce roman la plupart dClaveles grands thèmes chers à Bernard Clavel et qui parcourent toute son œuvre. D’abord, la guerre et la paix, le recours à la violence avec cette citation de George Bernard Shaw : « Jusqu’à la fin des temps, le meurtre engendrera le meurtre, toujours au nom du droit, de la justice, de l’honneur et de la paix, jusqu’à ce qu’enfin la soif des dieux soit rassasiée et qu’ils créent une race qui comprenne. »
Comme quoi, hélas rien ne change!
@mouly28 : j’aime beaucoup les analyses de Michel Collon, mais depuis qu’il a osé dire que Google Earth affiche des vues satellites prises avec 30 minutes de retard à l’émission “ce soir ou jamais” j’arrive plus à le prendre au sérieux.
@Le Yéti : Je sais que mon point de vue ne vous convient pas (cf échange de l’autre jour sous un de vos billets), et vous laisse donc avec plaisir le soin de le ridiculiser. Je remarque simplement que votre position ici revient à dire que la seule action française que vous recommandiez consistait à envoyer une bafouille aux leader d’Ansar Dine (courrier rapide? recommandé? ou écopli?) pour leur demander de bien vouloir avoir l’obligeance d’attendre deux ou trois mois que la MISMA soit prête à venir leur foutre sur la gueule, parce que nous, français, n’entendions pas intervenir en première ligne.
Je comprends et trouve tout à fait estimable la volonté de mener une politique étrangère pacifique, non agressive, néanmoins il me semble nécessaire d’être capable de réagir rapidement face à une agression extérieure, d’autant que dans le cas présent, ce qui existe de gouvernement malien était demandeur de l’intervention. S’il faut être deux pour négocier, il suffit d’un seul agresseur pour déclencher une guerre.
Cela ne préjuge en aucun cas de la politique qui va suivre dans les années à venir, et il me semble que l’intervention militaire au Mali est tout à fait compatible avec la résolution ONU prévoyant l’organisation d’élections pour rétablir un gouvernement légal dans ce pays. J’irais même jusqu’à penser que la présence sur place d’un état occidental (le nôtre) devrait permettre de limiter -à défaut d’empêcher- les exactions de l’armée malienne sur les populations touaregs du nord en cas de reconquête.
@Javi :
« Je remarque simplement que votre position ici revient à dire que la seule action française que vous recommandiez consistait à envoyer une bafouille aux leader d’Ansar Dine… »
Euh, hum, à ce niveau-là, pas la peine que je me charge de vous ridiculiser
Plus sérieusement. Primo, il y a des règles internationales à respecter, point.
Secundo, parti comme c’est (isolement diplomatique, impréparation, stratégie puérile), la France va perdre la guerre et renforcer le terrorisme. Comme en Afghanistan et en Libye, comme l’Otan en Irak.
Tout ça, non pas pour éradiquer l’islamisme et protéger des populations sans défense (cf. mon prochain billet), mais pour préserver les mines d’uranium, d’or et les gisements de pétrole.
@mouly28 : Collon à des fréquentations douteuses ( Solal et autres Dieudonné) certes, cela n’empêche pas d’écouter ce qu’il a à dire, ça contre-balance la bouillie insipide que les médias nous servent sans discontinuer.
La première victime d’une guerre, c’est la vérité. Rudyard Kypling