30 janvier 2013
Guerre du Mali : les choses se compliquent
par Le Yéti - Le monde et nous
Finie la promenade de santé qui conduisit notre glorieuse armée française jusqu’à Gao et Tombouctou (objectifs d’ailleurs non prévus au programme d’intervention initial). Il n’y avait guère qu’un Elkabach, journaliste très approximatif, pour prétendre le contraire sur Europe 1 face à Jean-Luc Mélenchon.
« Ce matin, Tombouctou est donc tombée après une vive bataille, comme Gao hier. Deux cents parachutistes, dans la nuit, des forces spéciales qui ont anéantit les combattants bien armés d’en face… »
Interview de Mélenchon par Elkabach (voir à partir de 2:17)
Évidemment (mais un Elkabach n’est plus à une stupidité près pour les besoins de sa cause), pas plus de « vive bataille » que de « combattants bien armés d’en face ». Ceux-là avaient déjà prestement cédé la place, soit en se fondant à la population, soit en regagnant les contreforts inhospitaliers du nord.
De quelques éléments moins reluisants
Ce qu’on apprit plus tard fut en fait nettement moins reluisant. Il y avait déjà eu une alerte à Gao, avec ces exactions de l’armée malienne contre les populations civiles, ces exécutions sommaires dénoncées par Amnesty International et Human Rights Watch.
À Tombouctou, ce fut bien plus malodorant. Pillages en série contre les suppôts supposés des envahisseurs islamistes précédents. En réalité, très probables réactions revanchardes brutales des ethnies noires maliennes contre l’agaçante communauté “arabe” à peau plus claire (pêle-mêle, Algériens, Mauritaniens, Touaregs…)
Ce qu’on apprit aussi, c’est que, bien plus qu’une résistance islamiste, c’est contre les sables du désert que nos blindés durent péniblement lutter pour parvenir dans les deux villes “libérées” de la boucle du fleuve Niger. Qu’en sera-t-il quand il s’agira d’aller délivrer Kidal, bastion présumé des islamistes, dans l’hostile Adrar des Ifoghas ?
« L’expédition de ces trois derniers jours l’a montré : les enlisements notamment des camions transportant la logistique ont été nombreux et la progression très lente » (Journal du Dimanche, 27 janvier 2013)
Un autre avertissement, en apparence lointain et anodin, fut occulté par nos médias : cette attaque islamiste sur un oléoduc algérien, dimanche dernier, qui fit deux morts et sept blessés parmi la garnison placée en défense à Djebahia, 125 km d’Alger.
Premières lézardes
« Nous sommes en train de gagner cette bataille », claironne, peut-être un peu prématurément, le président Hollande à qui veut l’entendre. Bataille (sans combat), oui, mais la guerre ? Voilà nos forces françaises à la croisée des chemins désertiques. Et au pied de murs de sables et de cailloux bien périlleux.
C’est peu de dire que l’envie les démange de remonter plus au nord, jusqu’à Kidal, pour terrasser cet ennemi d’Ansar Dine qu’ils croient à leur portée. Mais déjà les premières fissures dans l’unité des “libérateurs” apparaissent :
Les Touaregs de #MIA et #MNLA annoncent ne pas accepter l’occupation de la région de #Kidal au #Mali par l’armée de la coalition.
— FreeEgypt FreeLibya (@FreeTunis) 29 janvier 2013
Pour info, le MIA (Mouvement islamique de l’Azawad) et le MNLA (Mouvement national pour la libération de l’Azawad) sont deux mouvements touaregs désormais opposés aux dingos d’Ansar Dine… mais pas forcément affidés aux forces “libératrices” occidentales.
Et s’il n’y avait encore que les indigènes locaux pour troubler le débat. Mais voilà que quelques “touristes” importuns viennent semer leur souk : cette base de drônes installée (avec quel mandat de l’Onu ?) par les Américains au Niger, par exemple. Pas sûr qu’elle réjouisse tant que ça nos petits Français en leur chasse gardée d’uranium.
Eh oui, compliqué, n’est-ce pas ? Ce fichu désert a beau être désert, il recèle des tonnes des pièges inattendus, vachards, contradictoires, incontrôlables. Et puis ce sable, cette poussière, ces myriades de petits cailloux qui viennent méchamment gripper nos flamboyantes mécaniques “civilisées”.


Commentaires
Bonsoir,
J’avoue commencer à apprécier cette intervention militaro-humanitaire décidée par notre Abraraccourcis aux ordres des Oursel, Meignié, de Margerie etc…
Pour plusieurs raisons :
1. La France au parfum de Sapin… sait intervenir financièrement pour nous protéger des menaces pressantes de vilains sur notre avenir,
2. L’arrivée exclusive des soldats français à Kidal sans en alerter le gouvernement malien ni ses commandos footballeurs… démontre que le Sahel malien est un nouveau département français,
3. Sous le sable, Y’a bon banania…,
4. L’Europe titrisée aux électeurs comme placement solide et solidaire n’est, s’il convient encore de le préciser, qu’une plateforme boursière administrée par des Friedmaniens,
5. Le dollar reste notre monnaie et votre problème (John Connaly).
Les financiers US comme ceux de la City continuent d’uriner sur nos fesses. Même contre le vent.
Franchement, s’il n’y a pas de quoi y ensabler des soldats américano-anglo-français pour plusieurs années, c’est à désespérer des règles du jeu qui font qu’acheter un élu est bien moins risqué et plus excitant que d’acheter un billet de tombola pour la poignée d’enflures dogmatique néolibérale.
Sous nos yeux grands fermés. Frappés par le syndrome de Stockholm.
Bonne soirée à tous.
Quand on ment c ’ est qu ’ on a quelque chose à cacher .
Quand il n ’ y a plus de confiance alors la vie en commun n ’ est pas possible -
Sans compter que le nord est plutôt montagneux et donc plus propice à la guérilla voulue par les “autres”, affrontement pour lequel une armée classique n’est pas du tout adaptée. De plus en juin la saison des pluies va commencer et là ce sera aussi une autre histoire. Bref contrairement à ce que prétend l’ectoplasme élyséen “nous” sommes encore au Mali pour longtemps. Mais finalement n’était-ce pas le but initial comme pour les autres guerres contre le “terrorisme”, l’ennemi jouant le rôle de l’idiot utile.
Les fournisseurs de l’armée doivent se frotter les mains. Les autres..
La guerre dans le désert, c’est comme faire des ronds dans l’eau : deux minutes après, plus une trace.