04 janvier 2013
Lendemains de fêtes : gueules de bois en série
par Le Yéti - La chose publique
On a beau être habitués aux excès (et même les multiplier pour essayer de ne pas en perdre le rythme), il y a toujours un moment où la gueule de bois vous rattrape. Une simple petite revue de presse de ce début d’année suffit à vous chasser méchamment les derniers lampions de la tête. Florilège…
- France : les magasins Virgin vont se déclarer en cessation de paiement ; 1000 salariés sur le carreau
- Allemagne : recul des ventes de détail en 2012 malgré un rebond en novembre
- États-Unis : les inscriptions au chômage rebondissent
- Chine : censure de deux publications demandant le respect de la Constitution
- Syrie : 60 000 morts depuis le début du conflit, selon l’ONU
Bref, la triste routine de notre triste quotidien de crise. Décidément, cette année 2013 est repartie comme en 40.
Hallucinogènes
Quelques signes rassurants dans cette liste crépusculaire (en dehors de l’impayable appel à la mobilisation du ministre Ayrault) ? Ah oui, les places boursières se sont envolées de plus de 2 % au lendemain du nouvel an et de l’accord bricolé à l’arraché par Obama pour, dit-on, “sauver” l’Amérique du “mur fiscal”.
Peu importe que cet accord n’ait solutionné que 20 % du problème et n’ait surtout servi qu’à repousser en catastrophe de deux petits mois le traitement infiniment plus délicat des 80 % restants (les incontournables réductions drastiques de dépenses publiques). Nos derniers joueurs hallucinés n’en sont plus à un irréalisme près.
Figurez-vous qu’ils se sont autopersuadés que leur petit monde de plus en plus étriqué était toujours trop gros pour que les anges-gardiens des financiers le laissent tomber. Remarquez, ils n’ont pas tort. Trop gros comme un Depardieu au point de ne même plus pouvoir marcher, mais suffisamment pour que des Poutine volent à leur secours.
Depardieu, devenu l’acteur-symbole d’un lamentable univers de paillettes au vernis craquelé. Et dont on entend encore la voix lointaine déclamer ces ultimes vers du Cyrano de Jean Rostand :
« Quelque chose que sans un pli, sans une tache,
J’emporte malgré vous, et c’est… C’est ?… Mon panache. »
Vent d’air frais
Malheureux “panache”. Sonné, trébuchant, un brin hagard sous l’avalanche de tous ces coups au moral, vous constatez que les dernières bouteilles sont désespérément rincées de leurs bulles. Vous essayez de vous donner le change en vous laissant vaguement obnubiler par votre écran d’ordi.
Et puis vous tombez enfin sur la page d’une de vos jeunes amies Facebook, l’âge de vos mioches à vous, celles et ceux dont les croutons rassis déplorent, pour excuser leurs propres abandons, la prétendue nonchalance pâteuse, l’indifférence supposée et l’absence soupçonnée de tout engagement.
Alors que ceux-là et celles-là vivent probablement juste “à côté”, après avoir parfaitement compris, eux, de quel sapin funéraire était fait le vieux monde des chenus donneurs de leçons, revus et corrigés d’importance par Tristan Bernard :
« Marquise, si mon visage
A quelques traits un peu vieux,
Souvenez-vous qu’à mon âge,
Vous ne vaudrez guère mieux.
Peut-être que je serai vieille,
Répond Marquise, cependant
J’ai vingt-six ans, mon vieux Corneille,
Et je t’emmerde en attendant. »(Photo : Za Floyd)

« Marquise, si mon visage
Commentaires
Bilan de Jorion après la fermeture des commentaires sur son blog:
25% de trolls
50% de discussions du café du commerce
25% de contributions sérieuses
Donc 75% de déchets, comme quoi même lorsque l’on est progressiste, il est difficile d’échapper à une certaine forme je ne dirais pas d’élitisme, mais d’entre-soi. Les échanges “sérieux” se poursuivant à huis clos.
Certains disent pour ne pas livrer à l’adversaire les idées qui sont élaborées dans ces échanges, personnellement cet argument ne me convainc pas vraiment.
Ceci dit la raison pour laquelle il a fermé les commentaires, est tout à fait compréhensible: débordement de la modération, plus encore départ du modérateur.
La rançon du succès de son blog, c’est que l’activité de modération était devenue éreintante. D’un autre côté, si l’on excepte l’activité de brouillage des trolls, cela témoigne d’un besoin de s’exprimer, de débattre des “vrais” problèmes, de la part d’un nombre important de nos contemporains, qui supportent de plus en plus difficilement l’uniformité de l’information dans les médias dominants.
Sans compter, tous ceux qui ne s’expriment pas, se contentant de lire, ce n’est déjà pas si mal.
@Macarel :
Je suppose que ton commentaire fait aussi allusion à mon billet d’humeur paru sur Rue89 et où j’ai annoncé ma décision de ne plus participer aux forums des commentaires sur ce support. Non par blessure d’amour-propre, susceptibilité mal placée, élitisme. Mais parce que je les trouvais pour la plupart nuls, chiants et stériles, squattés par une bande de trolls qui pensent faire passer pour de l’humour l’expression assez médiocre de leurs aigreurs et de leurs frustrations.
Gérer des fils de commentaires est assez pénible et bouffeur de temps. Entre trolls et déferlantes de spams, j’ai déjà fait un sacré ménage sur mon propre blog perso (ici, donc). Mais si la moyenne du nombre d’interventions a considérablement baissé ici, l’audience n’en a pas souffert et a même augmenté au fil du temps. C’est d’ailleurs ce que constate aussi Jorion à l’issue de sa première semaine d’expérience sans commentaire.
Alors mépris ? Refus du dialogue ? Égocentrisme forcené ? Chacun est libre de juger. Pour ma part, de même que je ne me sens pas obligé de faire table ou comptoir commun avec tout le monde, que je choisis les livres que je lis et les musiques que j’écoute, je ne me sens pas non plus contraint de taper la bavette avec tout le monde. Ce n’est pas pour cela que j’éprouve du mépris ou de la condescendance pour ceux avec qui je n’entretiens pas de rapports directs.
Ceci dit, au ton de ton intervention, tu es bienvenu, Macarel
Bonjour Yéti. A propos de la Syrie.
Il faudrait que tu m’expliques pourquoi l’OTAN fournit les rebelles en armes. (oui, rebelles, car s’ils étaient contre les intérêts d’un gouvernement “légitime”, ils seraient appelés “terroristes”, comme d’habitude lorsque les dirigeants veulent éviter de les appeler par leur vrai nom, soit, opposants politiques…)
@Le Yéti
A vrai dire, Paul Jorion m’a rendu service. Car lorsque l’on a le goût de suivre l’actualité et de la commenter, on se laisse prendre au jeu de poster des messages. Parfois, d’entrer dans des débats avec d’autres participants, et cela devient un peu comme une addiction.
Et ce, d’autant plus que j’ai - comme la plupart d’entre nous -, pas mal de choses à faire par ailleurs.
Donc, merci à Paul Jorion, pour cette cure de “désintoxication” imposée.
Ceci dit, je crois que: “Chassez le naturel, il revient au galop…”, la preuve, je m’exprime sur d’autres blogs.
Mais, c’est vrai j’essaye de le faire dans un état d’esprit constructif. Il est tellement plus facile de détruire, de démolir, que de construire. Et l’agacement, pour ne pas dire plus, est vite là, lorsque l’on a affaire à des participants qui n’interviennent que pour semer la zizanie. A ce sujet, j’ai en effet, vu ton billet d’humeur sur Rue89.
Ce qui m’intéresse, c’est de mettre en perspective les événements que nous vivons, tout en les reliant entre eux, au contexte, je dirais spatio-temporel. Tout l’inverse de ce que font les journaux au quotidien, télévisés en particulier, qui déversent une avalanche d’informations, dispersées comme les éclats d’un miroir brisé: mais il est vrai qu’ils font davantage appel à l’émotion du spectateur, qu’à sa raison.
@yvan : Mais Yvan, au nom du vrai bon droit, ces combattants de toutes provenances arrivant par la frontière turque sont effectivement des terroristes. Au même titre que les succursales de la CIA nommées ici AQMI ou là Al Qaida tout court. Ou autrefois ceux qui allaient devenir les talibans, mais qui étaient dans le jargon international des “combattants de la liberté” vu qu’ils avaient alors leurs armes tournées contre Moscou. Les “éléments de langage”, ce n’est pas nouveau.
C’est bien connu, la Centrale du terrorisme n’arme logiquement que des terroristes, qui ont toutes les qualités aussi longtemps qu’ils lui obéissent.
Macarel : je suis le même parcours que toi .
Je reviens sur le blog de Jorion pour me concentrer sur ce qu ‘il dit , avec Leclerc et les autres intervenants .
Et me passe des commentaires .
En écho à un article plus bas concernant la musique et les jeunes générations douées je vous donne un lien sur A. Ginestera compositeur argentin que j’ai découvert il y a relativement peu , à travers l’opus 2 et ses trois danses argentines : http://www.youtube.com/watch?v=C1Ps…
@babelouest : bonjour.
Ce n’est pas le langage que me préoccupe. Mais surtout de savoir ce qu’Assad a pu faire pour que l’occident décide de le virer.
Car c’est cela qui est en train de se passer.
Pétrole? A nouveau?
Pas assez coopératif avec les gentils US?
@yvan : Pétrole ? Mais oui, bien entendu Yvan. C’est un leit-motiv de Washington. A la fois pour en avoir, et (surtout) pour éventuellement compliquer l’approvisionnement… de la Chine, à long terme.
Je m’explique. “Avoir” la Syrie, c’est couper certains débouchés à l’Iran par exemple. L’Iran abattu, économiquement et/ou militairement, c’est la Chine qui est directement menacée par la maîtrise du détroit d’Ormuz.
La Chine est la bête noire des USA, depuis très longtemps sans doute. Maîtresse de la plupart des terres rares, et de bien des richesses, réservoir de démographie, de main-d’œuvre assez bon marché, de talents et d’avenir, son seul talon d’Achille est l’or noir. Et la Chine possède la majeure partie de la dette US, même si elle n’y investit plus désormais si j’en crois ce que j’ai pu lire.