Législatives : la mayonnaise Front de gauche ne prend pas

Depuis juin 2012, date de la dernière présidentielle, huit législatives partielles qui se ressemblent :

  • une abstention record ;
  • une UMP qui stagne ;
  • un PS qui s’effiloche à vitesse grand V ;
  • un FN qui grignote ;
  • et un Front de gauche qui ne décolle pas.

Voyons ça de plus près en nous appuyant sur le tout dernier scrutin de Villeneuve-sous-Cahuzac.

L’envolée vers les sommets de l’abstention marque la décrépitude avancée qui frappe le fait démocratique dans notre pays. Les résultats en pourcentage y deviennent bien moins éloquents que le nombre des voix obtenues par les différents candidats. Même si les acteurs politiques et médiatiques affectent de présenter le contraire.

Ainsi, si le candidat FN de Villeneuve-sur-Lot progresse effectivement d’environ 1000 voix par rapport à la “régulière” de juin 2012, le vainqueur UMP de ce premier tour en perd 3 575. Et la victime socialiste du “soleil” en lâche 14 790 (à 7 782 contre 22 572 en juin).

Un scénario à la grecque (ou presque)

Par delà ces comptes d’apothicaires, confirmés d’élections partielles en élections partielles, c’est un scénario à la grecque qui se dessine. Avec un double constat :

  • la chute des duettistes institutionnels, moins marqués pour la droite (qui fait les saloperies qu’elle annonce) que pour la “gauche” socialiste (qui commet les mêmes après avoir promis l’inverse), mais qui finiront tous les deux tristement coalisés pour sauver leur système commun en débandade ;

  • le non-renouvellement de la représentation politique, avec un FN dont la progression ne mord guère sur la part grandissante des abstentionnistes, et un Front de gauche dont la mayonnaise ne prend pas (5,08 % à Villeneuve-sur-Lot, guère mieux ailleurs).

resultatsFdG.jpg

Là s’arrête donc la comparaison avec la situation grecque, où la gauche semble s’être plus électoralement implanté avec Syriza et Alexis Tsipras, et où l’extrême-droite (Aube dorée) se manifeste bien plus par son activisme musclé que pour ses résultats dans les urnes.

Les limites de la stratégie du Front de gauche

Demandons-nous pourquoi le Front de gauche français ne parvient décidément pas à s’implanter sur un terrain de crise pourtant fertile. J’y vois pour ma part trois raisons.

  • Un discours qui reste trop inscrit dans le spectacle médiatique convenu. Jean-Luc Mélenchon a beau pester contre ceux qui ne retiennent que ses petites phrases au détriment du fond, il suffirait qu’il ne les multiplie pas aussi généreusement pour que le prétexte n’en soit pas servi.

  • Un discours qui reste dans un registre encore bien trop réformatif, je veux dire à l’intérieur d’un cadre systémique agonisant (le plein-emploi,  le retour à la croissance, la répartition par l’impôt…) auquel le grand-public ne croit plus. En témoigne, lors de la présidentielle 2012, l’indifférence relative qui accueillit l’annonce d’un SMIC immédiat à 1 700 euros.

  • Cette incohérence de perception économique se retrouve dans la position du FG à propos de l’euro. J’y reste ou je n’y reste pas ? “Pour un autre euro”, proclame une récente tribune publiée dans la revue communiste Économie et politique. Problème : l’euro et sa zone sont moribond et là aussi, le public n’y croit plus.

Si le FG veut dessiner un paysage politique significatif à gauche, il lui faudra adopter une stratégie et des mesures de rupture bien plus prononcée et s’adresser enfin plus directement aux populations concernées qu’aux téléspectateurs. En bref, essayer d’emporter l’adhésion des abstentionnistes plutôt que de s’automotiver au sein de l’habituel carré des convaincus.