28 janvier 2013
Face à la crise : le libraire qui voudrait tenir « au moins deux ans »
par Le Yéti - La chose publique
Il s’appelle… Il s’appelle… Appelons-le Victor H. Il est gérant d’une grande librairie d’une des cinq grandes chaînes qui font à elles seules environ 40 % du chiffre d’affaire de la profession : Chapitre, Espaces culturels Leclerc, Fnac livres, Joseph-Gibert, Virgin Megastore. Vous comprendrez, à ce qu’il va nous dire, qu’il ne révèle ni son véritable nom, ni celui de sa centrale.
« Toutes les grandes chaînes de librairies sont dans le rouge aux yeux des assurances qui garantissent leurs paiements auprès de leurs fournisseurs. Et tout va de mal en pis.
Deux centrales sont dans le rouge cramoisi : Chapitre et Virgin [qui vient de déposer son bilan, ndlr]. La Fnac n’est, si j’ose dire, que dans le rouge tout simple, mais parce qu’elle bénéficie d’un vieux traitement de faveur avec un délai de paiement à trois mois.
Les affaires sont calamiteuses. Nous retournons la moitié de ce que les éditeurs nous envoient. Le taux de retour monte à 70 % dans certains rayons, celui des sciences humaines, par exemple. »
Une “cavalerie” qui s’emballe
Les libraires, comme les détaillants de presse, bénéficient d’un petit privilège : le droit de retourner leurs invendus… mais en finançant la “cavalerie” d’avance, c’est-à-dire en payant la totalité de tous les livres reçus, souvent d’office. Une “cavalerie” qui s’emballe et met les libraires en grandes difficultés.
« À fin décembre, quatre chaînes [de librairies] étaient en perte : Chapitre, FNAC, Joseph-Gibert, Virgin. Pour les Espaces culturels Leclerc, je n’ai pas d’infos, mais je ne vois pas comment ça irait beaucoup mieux.
Les éditeurs sont aux abois. Montent des “opé” [opérations] d’urgence pour récupérer les fonds qui ne rentrent plus. Et les représentants rappliquent avec toujours plus de titres. Du délire !
Les Virgin à eux seuls laissent une ardoise de plus de 2 millions d’euros rien que sur la Sodis [Gallimard].
Deux ans, ça va être dur, mais faut que je tienne au moins deux ans. Dans deux ans, j’aurai soldé quasiment tous mes crédits perso. Après… eh bien après, advienne que pourra ! »


Commentaires
Indice supplémentaire de la confusion des esprit que tu évoquais dans ton précédent billet ?
Eh, les petits amis… lorsque l’argent des vrai gens de la vraie vie diminue, faut pas croire que tout le reste qui tourne autour continue comme avant. Des choix sont faits. et les “parents” et “enfants” préfèrent acheter un jeu vidéo à un livre quand il n’y a qu’un truc à acheter et laisser la bibliothèque municipale ou familiale faire le complément.
De plus ces “grandes” maisons font barrages aux petits éditeurs en leur imposant tout un tas de trucs qu’ils n’arrivent pas à gérer, ils se mettent à vendre directement.
C’est la vie. Je ne plaindrais pas la fnac et olivenne pour son action dans hadopi : qu’ils crèvent et changent de métier…
Bien sûr la politique des grands éditeurs est folle. Noyer les libraires sous les offices est une fuite en avant. Tout comme publier des “produits” dont la nécessité est fort discutable. Tout comme augmenter chaque année le nombre de titres publiés. Tout comme ringardiser sa production du trimestre précédent.
Mais si on regarde côté clients on trouve aussi des raisons au marasme. Comme un ménage consacre une part toujours plus importante de ses revenus aux dépenses contraintes (logement, transport, alimentation) les postes secondaires trinquent. Et salement.
Le plus étonnant de l’histoire est que le nombre de livres vendus ne cesse d’augmenter. Avec même une belle progression. Mais ce ne sont ni les grandes chaînes, ni les petites librairies qui en profitent. Un bon vide-grenier par journée ensoleillée doit générer un nombre de livres vendus à faire pâlir d’envie le directeur d’une grosse librairie.
http://partageux.blogspot.com/
Moi je me suis inscrite sur des sites d’échange de livres d’occasion (en autre troczone, bibliotroc). Je me suis fait une bibliothèque en béton: Clavel, René Fallet, J.P. chabrol,Thomas Hardy, E.M. Remarque et bien d’autres). J’ai même trouvé un R.M. du Gard que je ne connaissais pas. Au total j’ai déjà commandé 57 livres, pour beaucoup très anciens. Et j’en ai envoyé autant qui ne m’intéressait plus mais qui ont fait le bonheur de certains. Je ne regrette pas mon inscription. Et n’achète plus de livres. Mais je n’ai jamais aimé les derniers livres sortis. Sauf je vous conseille un Islandais Jon Kalman Stéfanson (Entre ciel et terre et la tristesse des anges: magnifique et émouvant, l’histoire se passe en Islande)
Bonsoir,
Le numérique n’est donc pour rien dans l’affaire.
Tant mieux…
Bonne soirée à tous.
j’ai découvert cette initiative intéressante en région parisienne. Du coup effectivement les gens lisent plus. Même si ça ne génère pas du PIB :D
Notez, ma femme a fini par se résigner à donner quelques-uns de ses livres car il ne me restait plus qu’un étroit couloir dans le bureau pour parvenir à mes ordinateurs. C’est une grande lecteuse.
2 ans, cela parait difficilement possible.
Juste un autre indice qui vient de nous être donné…
Pour ceux qui ne suivent pas trop l’économie en général, vous devriez savoir que la fin de l’année est, dans leur jargon, la période du “rally”. Cela signifie que les bourses montent, des emplois sont créés et les volumes d’affaires sont dopés par le commerce généré par les fêtes. Logique.
Aujourd’hui, la nouvelle est tombée : les US ont eu un PIB en récession au dernier trimestre.
Soit, de toute l’histoire de cette finance, c’est la première fois que ça arrive.